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Une nuit, sous la terrible lune (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Yuri Dubinin - (13)

Une nuit, sous la terrible lune
Qui saignait parmi les brumes roses,
Tu parlais, ô soeur, de tristes choses
Comme une enfant prise de rancune.

Au loin les appels des mauvais hommes
Nous montaient des vergers de la plaine
Où les arbres tordus par la haine
Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.

Tu n’entendis pas le bruit des roues
Rapportant vers les petits villages
La récolte des moissonneurs sages
Qui peinent le temps où tu te joues.

Tu cueillais les pavots de la route
Pour en festonner, plein tes mains molles,
Notre maison où l’on voit les folles
Mendier, soeurs du deuil et du doute.

Comme devant une étrange auberge
Tu fis, vocatrice de désastres,
Le signe qui flétrit les bons astres
Dans le jardin d’azur de la Vierge.

Puis effeuillant au seuil de la porte
Les fleurs de l’ombre l’une après l’une,
Tu chantas quelque chose à la Lune,
Quelque chose dont mon âme est morte.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

 

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CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Nous avons confié l’amour à la terre (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Rigaud Benoit  Damballah-Wedo-and-his-Consort-ca.1967

Nous avons confié l’amour à la terre,
Extrait de l’arbre le secret de sa fleur,
Une mère terrible éparpillée
Dans le souvenir de son sang,
Un territoire mêlé dans le jeu inquiet
Des regards qui se manquent.
Notre ressemblance est un
Accident renouvelé.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Rigaud Benoit

 

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INSOMNIE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Irina Kotova

INSOMNIE

La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.

***

DESVELO

Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Irina Kotova

 

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Verveine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Verveine

En France nous possédons une fleur nationale
dont personne ne peut contester les droits;
son origine se perd dans la nuit des temps.
Cette fleur, c’est la verveine.

Elle me rappelle Velléda, la pâle et touchante prêtresse,
les mystérieuses profondeurs des forêts où vivaient nos pères.
Je vois la druidesse danser autour de la plante magique,
puis se baisser et la couper avec une faucille d’or
qui brille aux rayons de la lune,
j’entends les champs des Eubages se mêlant au bruit du vent dans les bois.

Qui dirait, à voir cette petite plante
si simple, si gracieuse, si timide aujourd’hui,
qu’elle a joué autrefois un rôle si terrible, si important?

(J.J. Grandville)

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NATARAJA (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




NATARAJA

I

TEMPS, rythme
De formes qui s’ouvrent,
Formes qui passent,

Parfaites ou manquées,
Le pied du Dieu
Est sur le monde,

Danseur terrible
Dont la lourde foulée
Écrase le mal et le bien,

Le flot de son fleuve
Est dans notre sang,

Fin et commencement,
Un battement du coeur
Notre tout, notre néant.

Destructeur des mondes,
Le purificateur,
Indifférent son pas,
Rouge son vêtement.

II

Comment
Sinon écrasés par ce pied
Peuvent être effacés
Nos cités de cauchemar,
Les voies sans issue, le dédale,
Les culs-de-sac,
Les pièces verrouillées, les prisons
Sans fenêtre, les esprits fermés,
Les positions retranchées,
Les coffres-forts, les caves,
Les abris à l’épreuve de la mort,
Les tours d’habitation de la solitude?

Qui
Sinon le destructeur du monde
Peut nous délivrer de cet état
Et lieu de non-retour,
La conséquence inéluctable,
Impasse, fin de la route.
Nous, déchus, ne pouvons déchoir
Plus avant, espoirs et craintes
Convergent en ce
Terme de ce qui est fait,
Pensée, parole et action finissent ici
Dans l’entropie. Il n’y a nulle part où s’enfuir.

Moi, qui suis devenue
Ce que je suis,
Suis ce que j’ai fait,
Le libre-arbitre est parvenu à ce point.
Au pied du mur
Je parle pour tous ceux
Qui, aux abois,
Se trouvent in extremis:
Seule cette Force peut
Qui nous détruira, nous délivrer.

Qu’il efface notre trace, le feu,
Le purificateur!

***

NATARAJA

I

TIME, rhythm
Of forms that open,
Forms that pass,

Perfect or marred,
The foot of the God
Is on the world,

Terrible dancer
Whose trampling tread
Crushes evil and good,

The flow of his river
Is in our blood,

End and beginning,
A beat of the heart
Our all, our nothing.

Destroyer of worlds,
The purifier,
His step indifferent,
His garment red.

II

How else
But by that trampling foot
Can be effaced
Our nightmare cities,
The dead-ends, the maze,
The culs-de-sacs,
The locked rooms, the windowless
Prisons, the closed minds,
The entrenched positions,
The safes, the cellars,
The death-proof shelters,
The high-rise towers of loneliness?

Who else
But the world-destroyer
Can free us from this state
And place of no return,
The inescapable consequence,
Impasse, end of the road.
We, fallen, can fall
No farther, hopes and fears
Converge in this
Term of what’s done,
Thought, word and deed here end
In entropy. There is no-where to run.

I, who have become
What I am,
Am what I have done,
Free-will has come to this.
Back to the wall
I speak for all
Who, at bay,
Stand in extremis:
Only that Power can
Who will destroy us, free us.

Obliterate our trace, the fire,
The purifier!

(Kathleen Raine)

 

 

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Le faisan (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018



Il mange les serpents,
M’a-t-on dit du faisan. Terrible
Me paraît maintenant son cri.

(Bashô)

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LE VOLCAN (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



LE VOLCAN

Adorables, les maisonnettes de vignerons sur les coteaux aux belles grappes.
Une chèvre étonnée regarde celui qui regarde le tableau.
Et les foulards multicolores d’un petit peuple heureux s’activent dans la vigne.
Voici le cratère qui laisse errer au ciel sa fine écriture de fumée.
Tout beau, tout beau, mais la principale présence est invisible :
c’est la terrible lave qui va déborder d’un instant et l’autre
et dévaster tout ce bonheur napolitain.

(Norge)


Illustration

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Je crois que Dieu, quand je suis né (Henri-Charles Read)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



Je crois que Dieu, quand je suis né,
Pour moi n’a pas fait de dépense,
Et que le coeur qu’il m’a donné
Etait bien vieux, dès mon enfance.

Par économie, il logea
Dans ma juvénile poitrine
Un coeur ayant servi déjà,
Un coeur flétri, tout en ruine.

Il a subi mille combats,
Il est couvert de meurtrissures,
Et cependant je ne sais pas
D’où lui viennent tant de blessures :

Il a les souvenirs lointains
De cent passions que j’ignore,
Flammes mortes, rêves éteints,
Soleils disparus dès l’aurore.

Il brûle de feux dévorants
Pour de superbes inconnues,
Et sent les parfums délirants
D’amours que je n’ai jamais eues!

O le plus terrible tourment!
Mal sans pareil, douleur suprême,
Sort sinistre ! Aimer follement,
Et ne pas savoir ce qu’on aime.

(Henri-Charles Read)

Illustration

 

 

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