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Posts Tagged ‘terrible’

IDOLES (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Philippe de Champaigne
    

IDOLES

Amour, je t’ai d’abord
Gavé de chair et d’or
Comme un César farouche;
Incube au sein pesant, Ton
baiser épuisant A fatigué
ma bouche.

Je t’ai revu, sanglant, Tu
marchais, chancelant
Sous la terrible équerre;
Messie au flanc percé,
À tes pieds j’ai versé

Tout le nard de la terre.
Tu souris, pâle et beau : Ta
chair m’est un flambeau Fait
de cire et de flamme;
J’étreins, délice nu,
Ton visage inconnu
Identique à mon âme.

Je te verrai, pensif,
Sur le dernier récif,
Doux naufrageur des choses;
Sombre dieu sans dévots,
Quelque nuit tes pavots
Me guériront des roses.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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La mort la vie (Guy Allix)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2022




    

La mort la vie

1

La mort toujours à l’affut

Et cela qui bat
Fragile
Vertigineux
Tout au-dessus du vide

Le cri remonte avec la terre
Te convoque à l’urgence
Tu replies tes mains
Au-dedans de l’amour

2

Cela vient de si loin
Cela fuse au-dedans
Du non-sens

Tu pars en quête
De ce que tu ne sauras pas

3

Seul ce sens-là
Au dépourvu

C’est si peu
Si terrible pourtant
Le nom de vivre

(Guy Allix)

Recueil: Nous, avec le poème comme seul courage
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il y a en moi (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2022




    
Il y a en moi
un tumulte
terrible

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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Le terrible n’est pas le néant (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2021



Le terrible n’est pas le néant, l’abîme.
Ce n’est pas que peut-être il n’y a rien,
qu’il y a le Rien,
mais qu’au contraire,
en dernière et fatale instance, au fond,
à l’extrême qu’on ne peut éluder, il y a.

(Roger Munier)


Illustration

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SOMMATION IRRESPECTUEUSE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Danielle Duer

SOMMATION IRRESPECTUEUSE

Rire étant si jolie,
C’est mal. O trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison !

Rire étant si charmante !
C’est coupable, à côté
Des rêves qu’on augmente
Par son trop de beauté.

Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C’est qu’à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,

Qu’avril commence à luire,
Que la mer s’aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.

Belle aux chansons naïves,
J’admets peu qu’on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le coeur très froid.

Vous saurez, attendrie,
Le charme de l’instant
Terrible, où l’on s’écrie :
Ah ! vous m’en direz tant !

Vous saurez, vous qu’on gâte,
Le destin tel qu’il est,
Les pleurs, l’ombre, et la hâte
De cacher un billet.

Oui, — pourquoi tant remettre ? —
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d’une lettre
Que tiédit le corset.

Vous riez ! votre joie
A Tout préfère Rien.
En vain l’aube rougeoie,
En vain l’air chante. Eh bien,

Je ris aussi ! Tout passe.
O muse, allons-nous-en.
J’aperçois l’humble grâce
D’un toit de paysan ;

L’arbre, libre volière,
Est plein d’heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendants d’oreilles
Deux cerises des bois.

(Victor Hugo)

Illustration: Danielle Duer

 

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Il souffle un vent terrible (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



 

trou coeur1

Il souffle un vent terrible.
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible…
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi
et impuissance :
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons,
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide…

(Henri Michaux)

Illustration

 

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Je t’ai je terri terrible passio je (Ghérasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2021



Illustration
    
je t’ai je terri terrible passio je
je je t’aime
je t’aime je t’ai je
t’aime aime aime je t’aime
passionné é aime je
t’aime passionném
je t’aime
passionnément aimante je
t’aime je t’aime passionnément
je t’ai je t’aime passionné né
je t’aime passionné
je t’aime passionnément je t’aime
je t’aime passio passionnément

(Ghérasim Luca)

 

Recueil: Ne pas détacher le vide du sol
Traduction:
Editions: Gallimard

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Solitude (Miroslav Antić)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



     


    
Solitude

Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à résister à la solitude.

Les étoiles géantes sont seules
en marge de l’espace.
Les petites et les confuses
se tassent en galaxies.

La semence du séquoia choisit les clairières
riches en soleil, ouragan et oxygène.
La semence des fougères se niche dans les forêts vierges.

L’aigle n’a jamais eu besoin
de faire la connaissance d’un autre aigle.
Les fourmis ont inventé les peuples.

Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à surmonter l’instant présent,
car l’instant présent est plus dur,
plus terrible et plus long
que le temps, que l’éternité.

***

Самоћа

Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да издржиш самоћу.

Џиновске звезде самују
На ивицама свемира.
Ситне и збуњене
Сабијају се у галаксије.

Семе секвоје бира чистине
Са много сунца, урагана и ваздуха.
Семе папрати завлачи се у прашуме.

Орао никад није имао потребу
Да се упозна са неким другим орлом.
Мрави су измислили народе.

Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да пребродиш тренутак,
Јер тренутак је тежи
И страшнији и дужи
Од времена и вечности.

(Miroslav Antić)

 

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

et … lui-même ici: serbica.u-bordeaux-montaigne
Recueil:
Traduction: Traduit du serbe par Boris Lazić
Editions:

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Le regard qui plonge vers moi (Georges Chich)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



    

Le regard qui plonge vers moi
Un regard que seul un enfant peut avoir
Qui cherche quoi
Un regard qui pourrait être terrible
S’il venait d’un adulte
Car il ne porte aucune intention
Aucune pensée mais qui est intense
Simplement intense
Un regard qui brûle ou donne la joie.

(Georges Chich)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Numéro 128
Traduction:
Editions: Arpa

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