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Posts Tagged ‘territoire’

Nous avons confié l’amour à la terre (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Rigaud Benoit  Damballah-Wedo-and-his-Consort-ca.1967

Nous avons confié l’amour à la terre,
Extrait de l’arbre le secret de sa fleur,
Une mère terrible éparpillée
Dans le souvenir de son sang,
Un territoire mêlé dans le jeu inquiet
Des regards qui se manquent.
Notre ressemblance est un
Accident renouvelé.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Rigaud Benoit

 

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Une autre nuit liquide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Alexandre Podgorny
    
Une autre nuit liquide
envahit le territoire de la nuit.
Les vagues du noir
n’ont pas besoin de plage
mais simplement d’un lit
de leur propre substance
qui contienne la question invraisemblable.

Les vagues du noir
cherchent une réponse
qui ne se trouve que dans le noir,
mais dans un noir distinct,
différent du noir.
Un noir aux ailes basses
et quiétudes extrêmes.

Questions et réponses
sont des substances dissemblables
qui ne se rejoignent presque jamais.

Les vagues du noir
unissent les deux substances
en rassemblant dans son noir

les noirs différents :
les liquides, les solides,
celui de derrière la vie,
celui de derrière la mort,
celui de toute question,
celui de toute réponse.

***

Otra noche líquida
invade el territorio de la noche.
Las olas de lo negro
no necesitan playa
sino tan sólo un lecho
de su mima sustancia
que lleve la pregunta inverosímil.

Las olas de lo negro
buscan una respuesta
que sólo esta en lo negro,
pero en un negro distinto,
diferente del negro.
Un negro de alas bajas
y quietudes extremas.

Preguntas y respuestas
son sustancias desiguales
que no se encuentran casi nunca.

Las olas de lo negro
juntan las dos sustancias,
al reunir en su negro

los diferentes negros:
los líquidos , los sólidos,
el de atrás de la vida,
el de atrás de la muerte,
el de toda pregunta,
el de toda respuesta.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il n’y a pas de saut dans le vide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019




    
Il n’y a pas de saut dans le vide.

Même si les anges n’existent pas pour nous soutenir
ni non plus des traverses de la pensée,
ni des relativisations ou des absolus
qui puissent nous retenir par les bras.

Il faut par avance gagner le vide,
le coloniser avec nos abandons
comme s’il était un territoire dépouillé
ou une nouvelle liberté jamais exercée.
Et cultiver à l’intérieur ses fragments flottants
qui s’entremêlent aux choses
pour leur apprendre à ne pas être.
Et presque sans le savoir
arriver à aimer le vide.
Ce qui est aimé nous soutient,
même si cela nous pousse vers l’abîme.

Un vide aimé
ne peut pas nous abandonner.
Et dans un vide non aimé
il n’est même pas possible de sauter.

***

No hay salto al vacío.

Aunque no existan ángeles para sostenernos,
ni tampoco travesaños de pensamiento,
ni relativizaciones o absolutos
que puedan retenernos de los brazos.

Hay que ganar el vacío desde antes,
colonizarlo con nuestros abandonos
como si lisera un despojado territorio
o una nueva libertad nunca ejercida.
Y cultivar adentro sus fragmentos flotantes,
que se entreveran con las cosas
para enseñarles a no ser.
Y casi sin saberlo,
llegar a amar el vacío.
Aquello que se ama nos sostiene,
aunque también nos empuje hacia el abismo.

Un vacío que se ama
no puede abandonarnos.
Y a un vacio que no se lo ama
no es posible ni siquiera saltar.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Entre la zone des questions et la zone des réponses (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Entre la zone des questions
et la zone des réponses,
il y a un territoire où guette
une étrange pousse.

Toute question est un échec.
Toute réponse en est un autre.
Mais entre les deux défaites
souvent émerge comme une humble tige
quelque chose qui est au-delà des soumissions.

(Roberto Juarroz)

Illustration: Île Nancy

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La page est un territoire (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau
    
La page est un territoire,
routes et hameaux, espaces lacunaires,
la rumeur alentour de la terre d’extase.

Tu ne t’attardes pas aux images,
errant dans la végétation flottante

Des heures, tu es entré dans le regard
intense des mots, parcourant le jour aveugle
par des chemins d’oiseaux tumultueux.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



    

J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE

J’ai cherché dans cette ville une rue parfaite
pour son silence et la splendeur de ses pierres,

dans cette rue, la maison la plus simple, habitée
d’un peuple calme et désinvolte

d’artisans, d’ombres, d’oiseaux de nuit.

Une femme oppose au mur laiteux de ma chambre
le miel de ses jeunes épaules.

Insolite dans le grand deuil de son immense chevelure,
bougeant parfois comme une voile,
caressant la fenêtre, un livre,
un couteau
de ses doigts légers comme plume,

intouchable, intouchée,

elle occupe armée le mince territoire où je vaque.

L’ai-je vraiment élue ?
M’a-t-elle vraiment choisi ?
Une autre ne saurait-elle aussi bien, aussi mal, ouvrir et
fermer tour à tour mes yeux qui cherchent un miroir ?

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Maintenant, mon Amour, nous retournons chez nous (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Maintenant, mon Amour, nous retournons chez nous
là où le liseron grimpe par les échelles :
en ta chambre déjà, bien avant ta venue,
est venu l’été nu aux pieds de chèvrefeuille.
Nos baisers voyageurs ont parcouru le monde :
Arménie, goutte épaisse et miel déterré,
Ceylan, verte colombe et Yang-Tsé séparant
les jours d’avec les nuits de sa vieille patience.
Maintenant, bien-aimée, par la mer crépitante
comme deux oiseaux aveugles nous revenons
vers notre mur, notre nid du lointain printemps,
puisque l’amour ne peut voler sans s’arrêter :
notre vie va au mur, aux pierres de la mer,
les baisers sont rentrés à notre territoire.

***

Amor, ahora nos vamos a la casa
donde la enredadera sube por las escalas :
antes que llegues tú llegó a tu dormitorio
el verano desnudo con pies de madreselva.
Nuestros besos errantes recorrieron el mundo :
Armenia, espesa gota de miel desenterrada,
Ceylán, paloma verde, y el Yang Tsé separando
con antigua paciencia los días de las noches.
Y ahora, bienamada, por el mar crepitante
volvemos como dos aves ciegas al muro,
al nido de la lejana primavera,
porque el amor no puede volar sin detenerse :
al muro o a las piedras del mar van nuestras vidas,
a nuestro territorio regresaron los besos.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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L’expérience du désert (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



L’expérience du désert a été, pour moi, dominante.
Entre ciel et sable, entre le Tout et le Rien,
la question est brûlante.

Elle brûle et ne se consume pas.
Elle brûle pour elle-même, dans le vide.
L’expérience du désert, c’est aussi l’écoute, l’extrême écoute
(…)

J’ai, comme le nomade son désert,
essayé de circonscrire le territoire de blancheur de la page ;
d’en faire mon véritable lieu ;
comme, de son côté, le Juif qui, depuis des millénaires,
du désert de son livre, a fait le sien ;
un désert où la parole, profane ou sacrée, humaine ou divine
a rencontré le silence pour se faire vocable ;
c’est-à-dire parole silencieuse de Dieu et ultime parole de l’homme.

Le désert est bien plus qu’une pratique du silence et de l’écoute.
Il est une ouverture éternelle.
L’ouverture de toute écriture,
celle que l’écrivain a, pour fonction, de préserver.

Ouverture de toute ouverture.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leila Horchani Destination Désert

 

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Maintenant, mon Amour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018


 


Hannah Giffard  crowslookingup460

Maintenant, mon Amour, nous retournons chez nous
là où le liseron grimpe par les échelles :
en ta chambre déjà, bien avant ta venue,
est venu l’été nu aux pieds de chèvrefeuille.

Nos baisers voyageurs ont parcouru le monde :
Arménie, goutte épaisse et miel déterré,
Ceylan, verte colombe et Yang-Tsé séparant
les jours d’avec les nuits de sa vieille patience.

Maintenant, bien-aimée, par la mer crépitante
comme deux oiseaux aveugles nous revenons
vers notre mur, notre nid du lointain printemps,

puisque l’amour ne peut voler sans s’arrêter :
notre vie va au mur, aux pierres de la mer,
les baisers sont rentrés à notre territoire.

(Pablo Neruda)

Illustration: Hannah Giffard

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La croix (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    

La croix

Ne régnait là que le simple, le jaune
et le vert ; une paix de soleil
que les plantes prodiguaient en poussant
vers la lumière comme si jamais
ne devait ternir cet or de la terre.
Des couleurs pour des saisons sans nom
qui régissaient le coeur de l’homme
— à n’en pas finir — une langue
en somme de régularité
un projet d’immédiateté
de perfection et de durée,
un territoire ordonné pour la joie.
Et puis ce fut la brisure d’une croix
une blessure, humble, qui moissonnait
le temps soudain, et qui l’arrêta.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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