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Poésie

Posts Tagged ‘têtu’

BLOC-NOTES (Michèle Garant)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



BLOC-NOTES

Dire au vent : qu’il retienne sa course
Aux bourgeons : d’éclater la lumière
Dire au grésil, dire au ciel bleu
Giboulée chante, giboulée vente.

Dire au ruisseau : sauter vert, glisser frais
Dire aux pluies : laver à grande eau les trottoirs
Et les âmes des hommes vieux
En faire lessive qui claque.

Dire aux hommes : d’être petit comme une graine
Têtu et simple, retenu confiant
Rester au fond de la terre
Attendre patiemment.

(Michèle Garant)

 

 

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RETOURNE SUR TES PAS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



RETOURNE SUR TES PAS

Retourne sur tes pas ô ma vie
Tu vois bien que la rue est fermée.

Vois la barricade face aux quatre saisons
Touche du doigt la fine maçonnerie de nuit
dressée sur l’horizon
Rentre vite chez toi
Découvre la plus étanche maison
La plus creuse la plus profonde.

Habite donc ce caillou
Songe au long cheminement de ton âme future
Lui ressemblant à mesure.

Tu as bien le temps d’ici la grande ténèbre ;
Visite ton coeur souterrain
Voyage sur les lignes de tes mains
Cela vaut bien les chemins du monde
Et la grand’place de la mer en tourment

Imagine à loisir un bel amour lointain
Ses mains légères en route vers toi

Retiens ton souffle
Qu’aucun vent n’agite l’air
Qu’il fasse calme lisse et doux
À travers les murailles

Le désir rôde vole et poudre
Recueille-toi et délivre tes larmes
Ô ma vie têtue sous la pierre !

(Anne Hébert)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Printemps (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Illustration
    
Printemps

Il flotte sur les quais une haleine d’abîmes,
L’air sent la violette entre de lourds poisons,
Des odeurs de goudron, de varech, de poisson ;
Le printemps envahit les chantiers maritimes.

Ce jour de pluie oblique a doucement poncé
Les gréements noirs et gris qui festonnent le port ;
Eaux, docks et ciel unis par un subtil accord
Inscrivent dans l’espace une sourde pensée.

En cale sèche on voit des épaves ouvertes ;
En elles, l’âme vit peut-être… Oiseau têtu,
Oiseau perdu, de l’aube au soir reviendras-tu
Rêver de haute mer, d’embruns et d’îles vertes ?

Je rôde aussi, le coeur vide et comme aux abois,
Un navire qui part hurle au loin sous la brume ;
Je tourne dans la ville où les usines fument,
Je cherche obstinément à me rappeler, quoi ?

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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Amour (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018


Un homme
Est devenu jaloux des murs,
Et puis, têtu, c’est des racines
Qu’il ne peut plus se démêler.

Il assoit à l’écart
Un corps habitué,

Exclut les portes,
Exclut le temps,
Voit dans le noir

Et dit: amour.

(Guillevic)

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AVANT-SOMMEIL (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Helen Masacz  200

AVANT-SOMMEIL

Attendez je ne suis pas prêt
La lampe lentement vrille dans ma poitrine
Mon sang fait battre au loin le poumon des collines
Voici l’ombre et les fleurs berceuses de mes pas

Quelques instants encore dans l’ouate des mensonges
Les derniers frets du soir pour les ruelles du songe
Une étoile allumée portée à bout de bras
Le vent frais musicien dans les orgues du soir
La bouche enfin tarie
Bon voyage en enfer sous la tapisserie

Dix heures dans les feuillages têtus de mon enfance
Dix heures
Et le manteau troué de la souffrance
Pour poser mon regard pas un coin de ciel bleu
Chacun de mes retours plus triste qu’un adieu
Tous ces demi-silences

Vous êtes là je sais
Au plus clair de moi-même
Penchés sur mon remords et sur mes lendemains
Puisque vous revenez dans cette chambre noire
Ô mon père et ma mère
Partagez-vous mes mains

(René Guy Cadou)

Illustration: Helen Masacz

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Responsable (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Illustration
    
Responsable
A Guillevic.

Et pendant ce temps-là que faisait le soleil?
ll dépensait les biens que je lui ai donnés.

Et que faisait la mer? — lmbécile, têtue
elle ouvrait et fermait des portes pour personne.

Et les arbres? — Ils n’avaient plus assez de feuilles
pour les oiseaux sans voix qui attendaient le jour.

Et les fleuves? Et les montagnes? Et les villes?
Je ne sais plus, je ne sais plus, je ne sais plus.

(Jean Tardieu)

 

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La dormeuse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La dormeuse

Je croyais la douleur éternelle ou cachée.
Mais non ! l’éternité se limite à demain :
Quand on est au printemps n’est-ce pas bien humain
Qu’appréhender l’automne et sa splendeur gâchée?

Le temps passe… Et l’on croit le bonheur sous sa main
Quand de l’oubli, soudain, la feuille est arrachée…
—C’est que l’automne est là, dormant dans la jonchée—
Il a suffi du vent, d’un pas sur le chemin !

Pourquoi nous poursuis-tu, morne et pâle douleur,
Errante parmi nous, sans bruit, comme un voleur,
Suivante de la mort en ce monde lâchée ?

Et pourquoi cet espoir? Pourquoi nous quittes-tu
Pour revenir, claquant des dents, spectre têtu…
Ô Douleur à la fois éternelle et cachée ?

(Bernard de Louvencourt)

 

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De l’eau claire dans un bol brillant (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



I

De l’eau claire dans un bol brillant,
Des oeillets rose et blanc. La lumière
Dans la chambre plutôt comme un air neigeux
Qui reflète la neige. Une neige à peine tombée,
À la fin de l’hiver, quand les après-midi reviennent.
Des oeillets rose et blanc : on désire
Tellement davantage. Le jour même
Est simplifié : un bol de blanc,
De froid, une porcelaine froide, basse et ronde,
Avec rien d’autre que les oeillets.

II

Dites même que cette totale simplicité
Vous privait de vos tourments, cachait
Le moi vital, apaisé méchamment,
Et le rendait frais dans un monde
D’eau blanche et claire, aux bords brillants;
Mais on désirerait plus, on exigerait plus,
Plus qu’un monde de senteurs blanches et neigeuses.

III

Il resterait encore l’esprit jamais en repos,
De sorte qu’on voudrait s’échapper, revenir
À ce qui fut si longtemps paisible.
L’imparfait est notre paradis.
Notez que, dans cette amertume, le délice,
Puisque l’imparfait est si brûlant en nous,
Est tout en mots défectueux et sons têtus.

(Wallace Stevens)

Illustration

 

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Le parfum des roses (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Le parfum des roses

Un chauve têtu construit
jour après jour sa maison
de la plus lourde pierre

pour dérober au soleil
aux dialogues de la pluie
sa pauvre éternité

sans se douter qu’un coup de sang
le guette dans le jardin
au détour charmant de l’allée.

Pourtant déjà l’oreille pointe
et le mufle dans le buisson
où bêle le parfum des roses.

(Jean Joubert)

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13 SEPTEMBRE 1966 (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



 

13 SEPTEMBRE 1966

Les mains tremblantes serraient
Le fil de l’appareil;
Il m’avait l’instant d’avant
Transmis ta voix
Pour l’adieu.

Un rayon de lumière erra,
Mince fil spirituel
Du baiser que j’avais donné
Par pur désir.

Mais mon amour têtu
Vaincra l’exil.

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Tamara de Lempicka

 

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