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Poésie

Posts Tagged ‘texture’

Hasard (Patrice Blanc)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



Illustration    
    
Hasard

des pluies de sang

au creux de l’oubli
au bout de l’angoisse
le hasard ne brille pas

tu es déshabillée
lumineuse et heureuse
je te prends par le cou
pour mieux sentir tes vaisseaux
ta texture de vie
tes humeurs
tes tissus

des pluies de sang
dans un corps à corps

le hasard est un film …

(Patrice Blanc)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: De sang, de nerfs et d’os
Traduction:
Editions: du Contentieux

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Ainsi, à notre façon secrète (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



William Turner plaie-egypte-5

Les murs ne tombent pas
[12]

Ainsi, à notre façon secrète, sournoise,
nous sommes fiers et défiants

de toute compagnie avec vous autres,
nos supérieurs, qui semblez indiquer

que nous serons bientôt écartés,
loques froissées, bons à rien pour les bannières,

trop courts pour un bandage ;
mais quand les bardeaux ont sifflé

dans la pluie des incendiaires,
d’autres valeurs nous ont été révélées,

d’autres étendards nous ont consacrés ;
étrange texture, une aile nous couvrait,

et bien que très haut l’air ait vrombi et grondé,
il y avait une Voix plus forte,

bien que sa parole ait été plus basse
qu’un murmure.

***

So, in our secretive, sly way,
we are proud and chary

of companionship with you others ,
our betters, who seem to imply

that we will soon be swept aside,
crumpled rags, no good for banner-stuff,

no fit length for a bandage;
but when the shingles hissed

in the rain of incendiary,
other values were revealed to us,

other standards hallowed us;
strange texture, a wing covered us,

and though there was whirr and roar in the high air,
there was a Voice louder,

though its speech was lower
than a whisper.

(Hilda Doolittle)

Illustration: William Turner

 

 

 

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La moelle des villes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



La moelle des villes

S’enfoncer dans l’étau d’une ville
Longer les parois de sa nuit
Marcher sur sa membrane d’asphalte
Avancer sous la dalle de son ciel
Arpenter ses méandres
Tressaillir de son cri

Forer l’os des solitudes
Se heurter au mutisme des seuils
Frôler l’arbre aux aguets

Se glisser dans la texture
Des pierres
Pénétrer la trame
Des murailles
S’imprégner des noces
Du fleuve et des pavés

Débusquer ses lueurs
Puiser sources sous son gravier
Faire émerger la Ville
De ses suaires

S’infiltrer dans sa moelle

Lui faire jour
Se faire jour !

(Andrée Chedid)


Illustration: Gottfried Salzmann

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La matière (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



La matière

la matière des sons
leur texture m’est offerte
m’est ouverte
leur texture jusqu’à la torture

étrangement manipulés
m’éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
autrement me joignent,
m’unifient, s’unifient

Enveloppements! Envahissement

Soie dans les fibrillations

(Henri Michaux)


Illustration

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Il nage jusqu’à la peur (Régine Foloppe Ganne)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2016



Il nage jusqu’à la peur et sait bien
que son corps a déjà pris la texture de la mer.
Il aurait bien fait preuve de tendresse
si de nouveaux pays ne s’étaient pas dressés en lui, au départ de son sang.
Comme dans leur gorge descend une lave, il s’approche.
Pour défricher sa noyade, il touche enfin à elle,
il atteint ses muqueuses et se dit que ce n’est rien.

(Régine Foloppe Ganne)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Le coquetier (Marcel Cohen)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2016



coquetier 

Je sais bien que les objets familiers sont synonymes d’aveuglement :
nous ne les regardons plus et ils ne disent que la force de l’habitude.

Mais le coquetier, dans le placard à vaisselle,
et ne serait-ce que de façon très épisodique,
a eu bien des occasions de susciter quelques bouffées de tendresse à l’égard de Marie.
(Elle se faisait appeler Marie bien que son nom soit officiellement Maria.)

Je me dis qu’on ne conserve pas un objet aussi modeste, et aussi défraîchi,
pendant soixante-dix ans sans de sérieuses raisons.
La crainte de le voir disparaître confirme cet attachement.

Le petit coquetier, aujourd’hui, n’est donc pas seulement la concrétion d’un souvenir.
Est-il abusif d’y voir la qualité même de ce souvenir, sa texture,
quelque chose d’aussi incertain que le reflet d’une aura?

(Marcel Cohen)

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