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Posts Tagged ‘(Théodore de Banville)’

Querelle (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018




Querelle

Lorsque ma sœur et moi, dans les forêts profondes,
Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux,
En nous baisant au front tu nous appelais fous,
Après avoir maudit nos courses vagabondes.

Puis, comme un vent d’été confond les fraîches ondes
De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux,
Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,
Tu mêlais en riant nos chevelures blondes.

Et pendant bien longtemps nous restions là blottis,
Heureux, et tu disais parfois : Ô chers petits,
Un jour vous serez grands, et moi je serai vieille !

Les jours se sont enfuis, d’un vol mystérieux,
Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille
Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux.

(Théodore de Banville)

Illustration: Henry Cousinou

 

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Ô CHAMPS plein de silence (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (54) [1280x768]

 

Ô CHAMPS plein de silence,
Où mon heureuse enfance
Avait des jours encor
Tout filés d’or!

Ô ma vieille Font-Georges,
Vers qui les rouges-gorges
Et le doux rossignol
Prenaient leur vol!

Maison blanche où la vigne
Tordait en longue ligne
Son feuillage qui boit
Les pleurs du toit!

Ô claire source froide,
Qu’ombrageait, vieux et roide,
Un noyer vigoureux
A moitié creux!

Sources! fraîches fontaines!
Qui, douces à mes peines
Frémissiez autrefois
Rien qu’à ma voix!

Bassin où les laveuses
Chantaient insoucieuses
En battant sur leur banc
Le linge blanc!

Ô sorbier centenaire,
Dont trois coups de tonnerre
Avaient laissé tout nu
Le front chenu!

Tonnelles et coudrettes,
Verdoyantes retraites
De peupliers mouvants
A tous les vents!

Ô vignes purpurines,
Dont, le long des collines,
Les ceps accumulés
Ployaient gonflés;

Où, l’automne venue,
La vendange mi-nue
A l’entour du pressoir
Dansait le soir!

Ô buissons d’églantines,
Jetant dans les ravines,
Comme un chêne le gland,
Leur fruit sanglant!

Murmurante oseraie,
Où le ramier s’effraie,
Saule au feuillage bleu,
Lointains en feu!

Rameaux lourds de cerises!
Moissonneuses surprises
A mi-jambe dans l’eau
Du clair ruisseau!

Antres, chemins, fontaines,
Âcres parfums et plaines,
Ombrages et rochers
Souvent cherchés!

Ruisseaux! forêts! silence!
Ô mes amours d’enfance!
Mon âme, sans témoins,
Vous aime moins

Que ce jardin morose
Sans verdure et sans rose
Et ces sombres massifs
D’antiques ifs,

Et ce chemin de sable,
Où j’eus l’heur ineffable,
Pour la première fois,
D’ouï sa voix!

Où rêveuse, l’amie
Doucement obéie,
S’appuyant à mon bras,
Parlait tout bas,

Pensive et recueillie,
Et d’une fleur cueillie
Brisant le cœur discret
D’un doigt distrait,

A l’heure où les étoiles
Frissonnant sous leurs voiles
Brodent le ciel changeant
De fleurs d’argent.

(Théodore de Banville)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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J’ai vu ces songeurs, ces poètes (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



    

J’ai vu ces songeurs, ces poètes,
Ces frères de l’aigle irrité.
Tous montrant sur leurs nobles têtes
Le signe de la Vérité.

Et près d’eux, comme deux statues,
Qui naquirent d’un même effort,
Se tenaient, de blancheur vêtues.
Deux vierges, la Vie et la Mort :

Mais enfin la compagne sûre
Venait ; la radieuse Mort
Lavait tendrement la blessure
De leurs seins exempts de remord.

Ainsi que les mères farouches
Qui sont prodigues du baiser,
Elle les baisait sur les bouches,
Doucement, pour les apaiser.

(Théodore de Banville)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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L’été (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2016



L’été

Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d’apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

(Théodore de Banville)

Découvert ici: https://patchcath.wordpress.com/

Poème pour Le cahier des poésies d’Asphodèle

 

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Pasiphaé (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2016



Gustave Moreau Pasiphaë

Pasiphaé

Ainsi Pasiphaé, la fille du Soleil,
Cachant dans sa poitrine une fureur secrète,
Poursuivait à grands cris parmi les monts de Crète
Un taureau monstrueux au poil roux et vermeil,

Puis, sur un roc géant au Caucase pareil,
Lasse de le chercher de retraite en retraite,
Le trouvait endormi sur quelque noire crête,
Et, les seins palpitants, contemplait son sommeil ;

Ainsi notre âme en feu, qui sous le désir saigne,
Dans son vol haletant de vertige, dédaigne
Les abris verdoyants, les fleuves de cristal,

Et, fuyant du vrai beau la source savoureuse,
Poursuit dans les déserts du sauvage Idéal
Quelque monstre effrayant dont elle est amoureuse.

(Théodore de Banville)

Illustration: Gustave Moreau

 

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Les Princesses (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2016



Oleg Zhivetin Open_To_Love

Les Princesses, miroir des cieux riants, trésor
Des âges, sont pour nous au monde revenues ;
Et quand l’Artiste en pleurs, qui les a seul connues,
Leur ordonne de naître et de revivre encor,

On revoit dans un riche et fabuleux décor
Des meurtres, des amours, des lèvres ingénues,
Des vêtements ouverts montrant des jambes nues,
Du sang et de la pourpre et des agrafes d’or.

Et les Princesses, dont les siècles sont avares,
Triomphent de nouveau sous des étoffes rares :
On voit les clairs rubis sur leurs bras s’allumer,

Les chevelures sur leurs fronts étincelantes
Resplendir, et leurs seins de neige s’animer,
Et leurs lèvres s’ouvrir comme des fleurs sanglantes.

(Théodore de Banville)

Illustration: Oleg Zhivetin

 

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A Adolphe Gaïffe (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




A Adolphe Gaïffe

Jeune homme sans mélancolie,
Blond comme un soleil d’Italie,
Garde bien ta belle folie.

C’est la sagesse ! Aimer le vin,
La beauté, le printemps divin,
Cela suffit. Le reste est vain.

Souris, même au destin sévère :
Et, quand revient la primevère,
Jettes-en les fleurs dans ton verre.

Au corps sous la tombe enfermé,
Que reste-t-il ? D’avoir aimé
Pendant deux ou trois mois de mai.

 » Cherchez les effets et les causes « ,
Nous disent les rêveurs moroses.
Des mots ! Des mots !… Cueillons les roses !

(Théodore de Banville)

Illustration

 

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Le Thé (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




 


Le Thé

Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise:
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté:
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

(Théodore de Banville)

Illustration: Alexandra Levasseur

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