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Posts Tagged ‘théorie’

Il Changeait La Vie (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Il Changeait La Vie

C’était un cordonnier, sans rien d’particulier
Dans un village dont le nom m’a échappé
Qui faisait des souliers si jolis, si légers
Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter

Il y mettait du temps, du talent et du coeur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie

C’était un professeur, un simple professeur
Qui pensait que savoir était un grand trésor
Que tous les moins que rien n’avaient pour s’en sortir
Que l’école est le droit qu’a chacun de s’instruire

Il y mettait du temps, du talent et du coeur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie

C’était un p’tit bonhomme, rien qu’un tout p’tit bonhomme
Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme
Se croyait inutile, banni des autres hommes
Il pleurait sur son saxophone

Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur
Les rêves de sa vie, les prisons de son coeur
Et loin des beaux discours, des grandes théories
Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris
Il changeait la vie

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Louis Toffoli

 

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Principe d’incertitude (Yves Simon)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
Principe d’incertitude,
théorie des catastrophes,
on croit le monde
en train de se faire
et on le voit se défaire,
renier des convictions
anciennes
et ancrées
dans la terre des pays.
On croit se reposer
sur un tapis de lois
de résolutions,
puis
des fractures
qui semblaient guéries
se réveillent.
Le tourment est sans fin,
l’inquiétude
renaît
à chaque matin.
Le monde
ne s’épuise pas
des querelles
ni des désirs.

(Yves Simon)

 

Recueil: Le souffle du monde
Traduction:
Editions: Grasset

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Passons (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Bill Viola    e

Passons

Je vois des crampes
des frères qui rampent
des théories
désossées.
Des rivières sans fond
des ciels sans poissons
il est tard
passons…

Je vois des rétines
des sourcils pleins d’épines
des serments passagers.
Des armées de sans noms
qui réclament les bas-fonds
comme laisser-
passer
passons…

Passons sur les champs qui s’agitent
tapis sans-gêne addicts
aux réformes intrinsèques
aux conflits entre insectes.
Clients ?
Fidèles ?
Qui sait… ?

Je vois des mendiants
nus
sur le sol pétrifié.
Comme l’écran se vide
je vais l’imiter.

Passons sur le fond
des images sans son
me suffisent
pour rêver.

(Balbino)

Illustration: Bill Viola

 

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THÉORIE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



ondes

 

THÉORIE

1.
Chambre blanche dans la pénombre
dehors : le tumulte des rocs, le silence
incertain de la mer. C’est là

2.
Forme brute, fissurée, ce quartz
né du chaos, lavé, rejeté par le flux et
dans l’espace clément, contemplé

3.
Lancée — la première pierre ; mais seulement
le geste, et la gerbe qui n’est ni argent, ni
blancheur, ni cristal
— inutile de lire les cercles toujours plus larges

4.
Ayant saisi le sens ultime, l’orateur aux douze mots
marche sur la grève
le regard tranquille

*

THEORY

1.
The white cell almost in darkness
outside : rocks in abruption, sea-
silence wavering. It is there

2.
Rough shape, clifted, that quartz
chaos given, ashored, tide-washed and
in the good space gazed-at

3.
Cast — the first stone; only the
thrust and the not-silver, not-white, not-crystal
splash — no reading in the widening circles

4.
Great reason grasped, the twelve-worded
orator walks on the shingle
with quiet eyes

(Kenneth White)

Illustration

 

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ART DE LA GUERRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



ART DE LA GUERRE

A la fenêtre une rose a les couleurs
d’un jeune mamelon de blonde
une taupe marche sous terre.
Paix dit-on au chien
à l’existence brève.
L’air reste ensoleillé.
De jeunes hommes
apprennent à faire la guerre
pour racheter leur dit-on tout un monde
mais le livre de la théorie
leur reste illisible.

(Jean Follain)

Illustration: Vladimir Kush

 

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LA GLOIRE DE LA MORT (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Illustration: Frederic Leighton
    
LA GLOIRE DE LA MORT

c’était un matin voluptueux
véritable résumé des temps hellénistiques
la certitude se répandait alentour
comme le pollen des fleurs
tandis qu’avec assurance et savoir-faire
Épicure établissait sa théorie
sur la mort
plus convaincant encore que le matin
qu’il avait choisi pour son cours
la mort n’est rien pour nous
répétait-il avec insistance
comme s’il cherchait à convaincre la mort elle-même
et non pas ses élèves
comme s’il attendait que le plus fervent
se dresse et interrompant
sa théorie dise
que la volupté régit tout
et que si elle ne peut nous retenir à la vie
elle nous retient pour toujours à la mort

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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La théorie de M. Sörensen (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
Seuls, quelques amis intimes connaissaient la théorie de M. Sörensen,
selon laquel les êtres humains éviteraient de commettre nombre d’actes indignes d’eux,
s’ils voulaient bien prendre l’habitude de parler en vers.

« Ce n’est pas exactement la rime qui s’impose, disait-il,
non, le langage ne devrait pas nécessairement rimer ;
le vers rimé n’est à la longue qu’une attaque sournoise
contre le caractère essentiel de la poésie.

C’est en vers blancs, non rimés,
que nous devrions exprimer nos sentiments
et communiquer les uns avec les autres.

La grossièreté de notre nature cède à l’influence des ïambes,
qui lui prêtent leur noblesse, et séparent diligemment
dans le langage humain le métal précieux
de la monnaie de billion du bavardage
et de la chronique scandaleuse. »

Dans les grands moments de sa vie,
M. Sörensen pensait en vers.

(Karen Blixen)

 

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Nous nous rendons à pinces (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Nous nous rendons à pinces dessous le fil à linge où ma jupe frissonna il était une fois…
Alors j’ai grimpé à son cou
Comme un lierre comme trémière
La rose.
… Poème monté de toutes pièces sur les grands chevaux des autres …
L’amour a mis en pièces toutes mes théories les étoiles m’ont dévorée …
… Je m’endormirai sur un banc
Je m’endormirai sur un banc de poissons dans la rumeur des voitures vers la mer

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

 

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Je voudrais qu’on m’aime (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Je voudrais qu’on m’aime

Je voudrais qu’on m’aime avec de belles paroles
Palpitantes comme au ciel bleu des banderoles,
Avec des mots qui soient d’un métal précieux:
Des carillons d’argent dans un beffroi pieux;

D’un mystique métal rendant le son d’une âme
Où beaucoup d’infini se trouve emprisonné,
D’un métal fulgurant, la pointe d’une lame
Qui lentement pénètre en mon coeur forcené.

Très-pâle théorie emmy des bouleaux frêles,
Je voudrais écouter des mots comme envolés,
Musique d’ailes d’ange où l’inconnu révèle
Les lointains paradis dont je suis exilé.

(Marie Dauguet)

 

 

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La théorie des couleurs de Goethe (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



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La théorie des couleurs de Goethe

Jaune est le jour.
Bleue est la nuit.
Verte l’étendue du monde.
Lumière et ténèbres se marient
dans l’obscurité comme dans la clarté.
La couleur fait apparaître l’univers,
les couleurs séparent les choses des choses.

Quand la pluie et le soleil
las de la querelle des nuées
unissent encore la sécheresse
et l’humidité dans les noces des couleurs,
l’obscurité luit autant que la clarté —
Du ciel une arche rayonne,
Notre oeil, notre monde.

***

Goethes Farbenlehre

Gelb ist der Tag.
Blau ist die Nacht.
Grün liegt die Welt.
Licht und Finsternis vermählen
sich im Dunklen wie im Hellen.
Farbe lässt das All erscheinen,
Farben scheiden Ding von Ding.

Wenn der Regen und die Sonne,
ihrer Wolkenzwiste made,
noch das Trockne und das Nasse
in die Farbenhochzeit einen,
glänzet Dunkles so wie Helles —
Bogenförmig strahlt vom Himmel
Unser Auge, unsere Welt.

(Hannah Arendt)

 

 

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