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Posts Tagged ‘(Thomas Hardy)’

L’ACCUEILLANTE MAISON (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



maison nuit

L’ACCUEILLANTE MAISON

Ici nous mettions en perce le baril de Noël,
Ranimions les tisons :
Ici nous entonnions les cantiques de Noël
Et nous convoquions les amis.

Les années m’ont usé depuis que s’amenaient
Tous ces jeunes, maintenant morts,
Au tout début de ces frairies
Et des refrains d’antan.

Et le ver a rongé la viole
Qui scandait la danse
Et la rouille a mangé le cadran
Qui sonnait la mi-nuit.

Maintenant nul voisin n’arrive à Noël
Et l’An nouveau naît sans flambée
Où nous chantions, la taupe creuse son couloir
Et l’araignée tisse sa toile.

Mais si je m’y promène à minuit
Quand la lune drape arbres et murs,
J’aperçois d’anciennes formes qui parlent
Et me sourient.

***

THE HOUSE OF HOSPITALITIES

Here we broached the Christmas barrel,
Pushed up the charred log-ends ;
Here we sang the Christmas carol,
And called in friends.

Time has tired me since we met here
When the folk now dead were young,
Since the viands were outset here
And quaint songs sung.

And the worm has bored the viol
That used to lead the tune,
Rust eaten out the dial
That struck night’s noon.

Now no Christmas brings in neighbours,
And the New Year comes unlit ;
Where we sang the mole now labours,
And spiders knit.

Yet at midnight if here walking,
When the moon sheets wall and tree,
I see forms of old time talking,
Who smile on me.

(Thomas Hardy)

 

 

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LE CHRYSANTHÈME TARDIF (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

chrysanthème

LE CHRYSANTHÈME TARDIF

O pourquoi cette fleur tarde-t-elle
A montrer ses boucles frisées ?
Voici déjà le temps du plaintif rouge-gorge
Où les fleurs sont dans leurs tombes.

Au long du lourd été, quand le soleil
Convie frondaisons et ramures,
Et fait passer toute sa force dans les fleurs,
Pourquoi ne s’être pas éclose ?

Elle a bien dû sentir cet appel enflammé,
Malgré son indifférence,
Réservant son éveil au temps des feuilles mortes,
Lorsque la sève redescend.

Trop tard vient sa beauté, donc singulière ;
Le vif de la saison n’est plus.
Il ne lui reste qu’à frémir
Dans la bourrasque.

A-t-elle une raison d’attendre,
Rêve-t-elle, insensée,
Que pour une fleur d’un éclat si tendre
L’hiver relâcherait sa prise ?

Mais je parle comme si elle était née
Avec le don de la pensée
Alors qu’elle n’est qu’un des masques
Du Souverain Visage.

***

THE LAST CHRYSANTHEMUM

Why should this flower delay so long
To show its tremulous plumes ?
Now is the time of plaintive robin-song,
When flowers are in their tombs.

Through the slow summer, when the sun
Called to each frond and whorl
That all he could for flowers was being done,
Why did it not uncurl ?

It must have felt that fervid call
Although it took no heed,
Waking but now, when leaves like corpses fall,
And saps all retrocede.

Too late its beauty, lonely thing,
The season’s shine is spent,
Nothing remains for it but shivering
In tempests turbulent.

Had it a reason for delay,
Dreaming in witlessness
That for a bloom so delicately gay
Winter would stay its stress ?

— I talk as if the thing were born
With sense to work its mind ;
Yet it is but one mask of many worn
By the Great Face behind.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

 

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LA NUIT OÙ ELLE VINT (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



LA NUIT OÙ ELLE VINT

Je lui dis un jour en la quittant
Que si lourde soit l’inquiétude qui puisse
Menacer notre amour, le simple assaut du Temps
Ne pourrait rien changer.
Et dans la nuit, elle m’apparut
Brèche-dent, blafarde, vieillie,
Les orbites cernées de plomb
Et de nombreuses rides.

Je m’écriai tout frissonnant :
« Pourquoi m’apparais-tu ainsi !
J’ai dit que nous resterions saufs
De l’horrible usure du temps ».
« Et dis-tu ta vérité ? », s’écria-t-elle
D’une voix chancelante.
Je balbutiai : « Mais… Je ne pensais pas
Que tu en ferais si tôt la preuve ! »

Elle s’en fut, avec un étrange sourire
Qui, plus que par des mots, me dit
Que ma sincère promesse ne pouvait guère
Apaiser sa crainte manifeste.
Son doute en moi creusa son chemin,
En lui prodiguant le lendemain
Les caresses qui lui étaient dîtes, une ombre
Sembla nous séparer.

***

IN THE NIGHT SHE CAME

I told her when I left one day
That whatsoever weight of care
Might strain our love, Time’s mere assault
Would work no changes there.
And in the night she came to me,
Toothless, and wan, and old,
With leaden concaves round her eyes,
And wrinkles manifold.

I tremblingly exclaimed to her,
`O wherefore do you ghost me thus !
I have said that dull defacing Time
Will bring no dreads to us.’
`And is that true of you’ she cried
In voice of troubled tune.
I faltered : ‘ Well… I did not think
You would test me quite so soon !’

She vanished with a curious smile,
Which told me, plainlier than by word,
That my staunch pledge could scarce beguile
The fear she had averred.
Her doubts then wrought their shape in me,
And when next day I paid
My due caress, we seemed to be
Divided by some shade.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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LE RANDONNEUR (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



LE RANDONNEUR

Je ne remarque pas les hauteurs alentour,
Ni les couleurs habillant les bosquets ;
Je ne vois pas l’herbe des prés
Constellés de marguerites.

Je n’entends pas le contralto
Des coucous là-bas sous le couvert
Le cri tremblé de l’engoulevent
Quand le soir de son voile assombrit la terre.

Certains disent que l’oiseau, l’arbre, le pré,
Tous en verve d’amour divin,
Sont l’objet de leurs soins fidèles :
Cette ardente ferveur n’est pas la mienne.

Les airs que j’entends alentour,
Les visages, les signes, les formes,
Je les ai négligés alors qu’ils m’étaient proches,
Et maintenant je les comprends trop tard !

***

THE RAMBLER

I do not see the hills around,
Nor mark the tints the copses wear ;
I do not note the grassy ground
And constellated daisies there.

I hear not the contralto note
Of cuckoos hid on either hand,
The whirr that shakes the nighthawk’s throat
When eve’s brown awning hoods the land.

Some say each songster, tree, and mead —
All eloquent of love divine —
Receives their constant careful heed :
Such keen apparaisement is not mine.

The tones around me that I hear,
The aspects, meanings, shapes I see,
Are those far back ones missed when near,
And now perceived too late by me !

(Thomas Hardy)

Illustration: Alberto Giacometti

 

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AUTOMNE AU PARC ROYAL D’HINTOCK (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



AUTOMNE AU PARC ROYAL D’HINTOCK

Ici, des branches nues
Je ratisse les feuilles.
Souvent je médite combien
Le printemps déçoit ;
Maintenant vieille femme
Je ratisse les feuilles.

Ici, dans les allées
Je ratisse les feuilles ;
Il en passe de nobles dames
Avant que l’une d’elles
Ne soupire, voyant que feuille morte
Je ratisse les feuilles.

Celle que vous voyez quand
Je ratisse les feuilles,
J’en ai vu alors vives et gaies
Que la mémoire assemble,
Blêmes fantômes, à mes côtés, si
Je ratisse les feuilles.

Eh bien, ma chère, en dépit des soupirs,
Je ratisse les feuilles,
De nouveaux bourgeons danseront là-haut
— La terre jamais ne souffre ! —
Quand je ne serai plus là pour que
Je ratisse les feuilles.

***

AUTUMN IN KING’S HINTOCK PARK

Here by the baring bough
Raking up leaves,
Often I ponder how
Springtime deceives, —
I,an old woman now,
Raking up leaves.

Here in the avenue
Raking up leaves,
Lords’ ladies pass in view,
Until one heaves
Sighs at life’s russet hue,
Raking up leaves !

Just as my shape you see
Raking up leaves,
I saw, when fresh and free,
Those memory weaves
Into grey ghosts by me,
Raking up leaves.

Yet, Dear, though one may sigh,
Raking up leaves,
New leaves will dance on high —
Earth never grieves !-
Will not, when missed am I
Raking up leaves.

(Thomas Hardy)

Illustration: Ernest Biéler

 

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JOHN ET JANE (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



le couple opus5

 

JOHN ET JANE

I
Pour lui le monde est un bruyant séjour
Où tout nous montre un visage agréable
Et de charmants spectacles en permanence,
John.

II
Pour eux le monde est un lieu de plaisirs
Tout y est grâce et ravissement,
Et jamais n’y décroît la lumière,
John et Jane.

III
Pour eux leur chaumière est un palais
Qui protège le fleuron de la race humaine,
Un héros peut-être et de grand avenir,
John, Jane et leur enfançon.

IV
Pour eux le monde est un horrible lieu
Où le rire devient la grimace d’un crâne,
Tel un pèlerinage dont ils souhaitent la fin.
John, Jane et leur zéro de fils.

***

JOHN AND JANE

I
He sees the world as a boisterous place
Where all things bear a laughing face,
And humorous scenes go hourly on,
Does John.

II
They find the world a pleasant place
Where all is ecstasy and grace,
Where a light has risen that cannot wane,
Do John and Jane.

III
They see as a palace their cottage place,
Containing a pearl of the human race,
A hero, maybe, hereafter styled,
Do John and Jane with a baby-child.

IV
They rate the world as a gruesome place,
Where fair looks fade to a skull’s grimace, —
As a pilgrimage they would fain get done —
DoJohn and Jane with their worthless son.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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LA GRIVE DU CRÉPUSCULE (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



 

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LA GRIVE DU CRÉPUSCULE

Je m’appuyais sur la haie d’un bosquet
A l’heure du givre blême,
Quand les scories de l’hiver désolent
Le regard du jour en déclin.
L’entrelacs des rameaux striait le ciel
Telles des cordes de lyres brisées.
Tous les vivants de ces parages
Avaient regagné leurs foyers.

Le renflement visible de la terre
Simulait du siècle le gisant
Dont la voute du ciel serait le sépulcre
Et le vent son cantique de deuil.
L’immémorial essor du germe, l’éclosion,
Se réduisaient en dure sécheresse,
Et chaque esprit sur la terre semblait
Comme moi sans ardeur.

Soudain, sur ma tête, une voix entonna
Du milieu des branches tristes,
De tout son coeur un chant de vêpres
D’une allégresse infinie :
Une grive, vieillie, frêle, chétive, infirme,
Au plumage brouillé par la bise,
Avait ainsi voulu épancher son âme
Dans l’ombre qui montait.

Rien ne motivait que des hymnes
D’un tel ravissement sonore
Puissent se lire sur le visage de la terre
D’ici jusqu’à l’horizon,
Que je pensais que frémissait sans doute
Dans son heureux chant nocturne
Un espoir de bénédiction d’elle seule connu
Et dont j’étais dans l’ignorance.

***

THE DARKLING THRUSH

I leant upon a coppice gate
When Frost was spectre-gray,
And Winter’s dregs made desolate
The weakening eye of day.
The tangled bine-stems scored the sky
Like strings of broken lyres,
And all mankind that haunted nigh
Had sought their household fires.

The land’s sharp features seemed to be
The Century’s corpse outleant,
His crypt the cloudy canopy,
The wind his death-lament.
The ancient pulse of germ and birth
Was shrunken hard and dry,
And every spirit upon earth
Seemed fervourless as I.

At once a voice arose among
The bleak twigs overhead
In a full-hearted evensong
Of joy illimited ;
An aged thrush, frail, gaunt, and small,
In blast-beruffled plume,
Had chosen thus to fling his soul
Upon the growing gloom.

So little cause for carolings
Of such ecstatic sound
Was written on terrestrial things
Afar or nigh around,
That I could think there trembled through
His happy good-night air
Some blessed Hope, whereof he knew
And I was unaware.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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JUDY LA FOLLE (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



 

JUDY LA FOLLE

Quand le hameau fêtait une naissance
Judy pleurait :
La joyeuse rumeur des baptêmes
La mettait soupirant à genoux.
On le savait qu’elle était folle
Et nous ménagions son infirmité.

Quand filles et garçons s’unissaient
Pour la frairie d’une noce
Et que nous, dans les mêmes espoirs,
Dansions jusqu’à l’aube naissante,
Elle dodelinait en grommelant : « En voici
D’autres sur ces rudes bords ! »

Quand la Mort, vieux bourreau, saisissait
Des enfants en bas âge,
Elle jubilait et près de l’âtre
Reprenait son chant.
Ce qu’elle aimait, nous le lui passions :
Elle était folle, Judy, nous le savions.

***

MAD JUDY

When the hamlet hailed a birth
Judy used to cry :
When she heard our christening mirth
She would kneel and sigh.
She was crazed, we knew, and we
Humoured her infirmity.

When the daughters and the sons
Gathered them to wed,
And we like-intending ones
Danced till dawn was red,
She would rock and mutter, `More
Comers to this stony shore !’

When old Headsman Death laid hands
On a babe or twain,
She would feast, and by her brands
Sing her songs again.
What she liked we let her do,
Judy was insane, we knew.

(Thomas Hardy)

Illustration: Pascal Renoux

 

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DEUIL (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



 

DEUIL

Dans le noir matin d’hiver
Nulle lueur ne frappe mes yeux
Quand l’horloge de l’escalier tinte
Cinq coups, l’heure de son lever.
Laisser la porte ouverte
L’horloge arrêtée
Faire mon dur lit d’esseulée —
Que tout n’est-il sous terre !

Quand l’été affirme son éclat,
Illuminant les cimes des pommiers,
Qui tire les rideaux, et qui s’écrie
Avec entrain que le matin rayonne ?

Quand je flane au marché,
Personne ne franchit le pré de Durnover
Au crépuscule, pour m’écouter
Trottinant sur le pont de Grey.

Quand la soupière fume
Et que c’est l’heure qu’annoncent ses pas,
J’attends près de l’âtre en rêvant
Dans un mortel silence.
Laisser la porte ouverte
L’horloge arrêtée
Faire mon dur lit d’esseulée —
Que tout n’est-il sous terre !

***

BEREFT

In the black winter morning
No light will be struck near my eyes
While the clock in the stairway is warning
For five, when he used to rise.
Leave the door unbarred,
The clock unwound,
Make my lone bed hard —
Would’ twere underground !

When the summer dawns clearly,
And the appletree-tops seem alight,
Who will undraw the curtain and cheerly
Call out that the morning is bright ?

When I tarry at market
No form will cross Durnover Lea
In the gathering darkness, to hark at
Grey’s Bridge for the pit pat o’ me.

When the supper crock’s steaming,
And the time is the time of his tread,
I shall sit by the fire and wait dreaming
In a silence as of the dead.
Leave the door unbarred,
The clock unwound,
Make my lone bed hard —
Would’twere underground !

(Thomas Hardy)

Illustration: Laetitia Méral

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LE VIOLONEUX (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



LE VIOLONEUX

Le violoneux connait tout ce qui se trame
Dans la cadence de son astucieux lyrisme.
Le violoneux sait bien les regrets qui naîtront
Des sourires de cette nuitée !

Il voit des couples s’unir pour la danse
Et bientôt pour l’existence
Qui vont payer très cher leurs frairies
Par le gâchis des luttes conjugales.

Il nasille : « La musique appelle le diable,
Bien que louée comme venant du ciel.
Elle incite les gens à de grandes liesses
Qui multiplient par sept leurs péchés.

Tant de coeurs sont maintenant brisés
Et dans l’attente du départ,
Dont j’ai d’abord emmêlé les vrilles
Avec ma douce viole et mon archet ! »

***

THE FIDDLER

The fiddler knows what’s brewing
To the lilt of his lyric wiles :
The fiddler knows what rueing
Will come of this night’s smiles !

He sees couples join them for dancing,
And afterwards joining for life,
He sees them pay high for their prancing
By a welter of wedded strife.

He twangs : `Music hails from the devil,
Though vaunted to come from heaven,
For it makes people do at a revel
What multiplies sins by seven.

`There’s many a heart now mangled,
And waiting its time to go,
Whose tendrils were first entangled
By my sweet viol and bow !’

(Thomas Hardy)

Illustration: Marc Chagall

 

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