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Poésie

Posts Tagged ‘tiédeur’

Un froid bleuté pose sa poigne (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



Illustration
    
Un froid bleuté
Pose sa poigne
Sur la crête enflammée
Du géranium

Engoncée dans la tiédeur domestique
Je me régale d’égoïsme et de paresse

J’ai posé mon livre
Il ne reste que Bach et moi

La machine à tourner en rond
S’allume

Et la revoilà

L’enfant triste

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Crépuscule au bord des fenêtres (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
Crépuscule au bord
des fenêtres, fleurs
fidèles, corolles
chaleureuses, puis la nuit

avec ses légendes, ses
miroirs sous l’obscurité,
la nuit refermée sur
les gestes humains,

la nuit paisible — et
la gourmandise du silence
lorsqu’un chat, avec
sa tiédeur, se glisse
contre toi pour
réparer le monde.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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MIDI (Tomás Segovia)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration 
    
MIDI

Imprégnée de lumière, aveugle d’ardeur,
entourée de l’air dense
où s’enfoncent les bruits
comme de grosses pierres sourdes,
gît mollement la terre.

Masses et rondeurs se déploient
en une belle et barbare impudicité
aux côtés de laquelle j’aimerais m’allonger,

et avec des silences avides elle m’incite
à dormir durement abattu
dans la tiédeur obscure de ses vallées,

éteignant enfin cette flamme obstinée
contre la douce terre sans mémoire.

(Tomás Segovia)

 

Recueil: Cahier du nomade
Traduction: Jean-Luc Lacarrière
Editions: Gallimard

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Au seuil du foyer (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



Au seuil du foyer
Par la ronde et haute fenêtre
Je te voyais branler,
Branche d’hiver décharnée,
Et ne pouvais ou ne voulais comprendre
Si c’était message ou menace.
Etait-ce le vent
Qui te secouait par moments ?
Etait-ce le mouvement
De la faux moissonneuse de la mort ?
D’une indicible angoisse
Je t’étais redevable :
Ne pas m’abandonner à la tiédeur
Provisoire du feu et percevoir le gel
De ce pauvre ciel.

Alors, il n’était pas clair ton message.
Maintenant, devenu sage, je sais
Maintenant je sais
Que tu me disais non.

***

Dalla soglia del focolare
Attraverso la tonda, alta finestra
Ti vedevo brandire,
Spoglio ramo invernale,
Né potevo o volevo capire
Cosa tu m’annunciassi o minacciassi.
Era il vento
Che ti scoteva a tratti ?
Era il movimento
Della falce fienaia della morte
Ma di un’invincibile angoscia
Io t’ero debitore,
Ché non m’abbandonassi al tepore
Provvisorio del fuoco, ché percepissi il gelo
Di quel povero cielo.

Pure, non m’era chiaro il tuo messaggio.
Ora so, the son saggio,
Ora so
Che mi dicevi di no.

(Tommaso Landolfi)

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J’avais cessé de nommer (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
J’avais cessé de nommer.
J’étais le lieu seulement comme d’une avancée végétale.

La proie d’un moutonnement vert, argenté sur ses crêtes par les jeunes feuilles,
et qui venait à moi, en marche vers moi.

Il n’y avait colline ni pente ni prairie ni bocage.
Une masse fluide coulait vers moi, m’immergeant lentement.

La fine pluie qui se déplaçait en nuages bas, de l’est,
en abolissant tout recul de quelque importance, en noyant les confins, même proches,
rendait d’autant plus immédiat et instant ce qui m’entourait.

La tiédeur humide de l’air accusait encore la continuité, le continu, mettait tout en contact.
Une lumière irréelle, opaline et dorée, baignait, c’est bien le mot, toutes choses.

Je fus un temps sous l’effet de cette instance en marche, sans nommer, ni presque percevoir.
En proie seulement. Envahi. Bienheureux. Délivré.
N’étant pas plus, mais cela.
Et de la sorte venant moi-même à moi comme du dehors, me rejoignant peu à peu.

Quand ce fut fini, quand j’eus en quelque sorte regagné mes limites, mes fonds,
quand de nouveau je me reconnus, je reconnus aussi ce qui était venu… et qui s’était évanoui.

(Roger Munier)

 

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TE DÉVÊTIR (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



Anna Razumovskaya  1600_629

Te dévêtir
aller vers encore plus de lumière et de brûlure
alors que tu m’aveugles déjà
et que tout de moi se calcine.

Et pourtant
il faut bien après cent chevauchées
que les nues de ma foudre
descendent vers la terre.

Il faut bien que je tombe
adorer tes genoux
et toucher la tiédeur scandaleuse
de ce nid de soleils.

(Alain Borne)

Illustration: Anna Razumovskaya

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Dessous la chair des femmes (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Illustration: Frederic Leighton
    
Dessous la chair des femmes qu’il fait si bon toucher,
Il y a un squelette —

Un squelette égaré que la tiédeur étonne
Et que le sel appelle
En ses cavernes grises.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avant d’être la pierre qui coule (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018




Avant d’être la pierre qui coule
logique et folle aux fluides tombeaux
je veux frapper, débusquer l’écho
blesser d’un remous, bercer de houle
adoucir de corolles les eaux
déchirer d’un trait l’air somnolent
ou d’une courbe le caresser
et le réchauffer s’il est glacé
et le rafraîchir s’il est brûlant
car j’ai la juste tiédeur des mains
qui m’ont arrachée au chemin.

(Robert Mallet)

Illustration: De Es Schwertberger

 

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Je ne saurai jamais retenir (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je ne saurai jamais retenir la fraîcheur de l’eau
dans mes mains crispées
ni la tiédeur de l’oiseau.

Mon regard est fixé sur le malheur
poussière lointaine qui devient le monde.

Ne reste pas dans la prison
de mon amour et de ma vie.

Mon regard est fixe sur le destin et la mort
et supprime tout le ruban des heures de pur soleil
et de neige et de fleur.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Les violettes (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Les violettes

Légères, humides, mélodieuses,
La mauve obscurité de leur lumière se glisse
Telle une perle végétale au creux de vertes vulves.
Elles sont un cri de mars, un sortilège
D’ailes naissantes dans la tiédeur de l’air.

Fragiles, fidèles, elles sourient posément :
Muette invitation, tel un sourire
Naissant sur la fraîcheur de lèvres humaines.
Mais leur forme gracieuse jamais ne trompe :
Elles ne promettent pas pour ensuite trahir.

Dans leur marche victorieuse vers la mort
Elles interrompent un instant, si fragiles soient-elles,
Le temps sur leurs pétales. Aussi parvient-il,
Récurrence et beauté de l’éphémère,
A toucher la mémoire d’un vivant sortilège.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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