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Posts Tagged ‘tigre’

Ce n’était pas ma faute (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017


eau

Un Tigre Mourant – geignait de Soif –
Je fouillais tout le Sable –
Cueillis l’Eau s’égouttant d’un Roc
Et la portai dans ma Main –

Ses Nobles Yeux – dans la mort étaient troubles –
Mais en scrutant – je pus voir
Une Vision sur sa Rétine
De l’Eau – et de moi –

Ce n’était pas ma faute – si ma hâte ne suffit pas –
Ce n’était pas sa faute – s’il mourut
Comme j’allais l’atteindre –
Mais le fait est – qu’Il était mort –

(Emily Dickinson)

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ÉCOUTEZ ! (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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ÉCOUTEZ !

Seigneur, tu nous offres encore du vin?
Ne le verse pas tout de suite dans nos tasses.
Je viens de réfléchir, et je veux parler.
Rassure-toi! Je serai bref.

Voici l’instant où les convives sont moins gais, où le rire hésite,
l’instant où les danseuses chancellent, où les pivoines s’effeuillent.
Voici le seul instant où le coeur parle avec sincérité.

Seigneur, tu possèdes des palais, des guerriers valeureux et du vin parfumé.
Moi, je n’ai que mon luth, qui chante d’amères chansons
à l’heure où les pivoines laissent tomber leurs pétales.

En cette vie, nous n’avons qu’une certitude : la mort.
Ces bouches que nous baisons, elles seront, un jour, remplies de terre,
et ce luth, qui vibre sous mes doigts, servira de perchoir aux poules.

Le tigre bondit dans les vallées où errait, jadis, le poisson Mrang.
Le corail tapisse les ravins où fleurissaient, autrefois, des violettes.

Écoutez, là-bas, dans la montagne blanche de lune,
écoutez les singes qui pleurent, accroupis sur les tombes abandonnées!

Maintenant, seigneur, tu peux remplir nos tasses.

(La Flûte de Jade)

 

 

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Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

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D’où j’ai vu me sourire au loin votre brillant mirage? (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



Ainsi, ce chemin de nuage,
Vous ne le prendrez point.
D’où j’ai vu me sourire au loin
Votre brillant mirage?

Le soir d’or sur les étangs bleus
D’une étrange savane,
Où pleut la fleur de frangipane,
N’éblouira vos yeux;

Ni les feux de la luciole
Dans cette épaisse nuit
Que tout à coup perce l’ennui
D’un tigre qui miaule.

(Paul-Jean Toulet)

Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau

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SUPPLICATION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

SUPPLICATION

Tes yeux, impassibles sondeurs
D’une mer polaire idéale,
S’éclairent parfois des splendeurs
Du rire, aurore boréale.

Ta chevelure, en ces odeurs
Fines et chaudes qu’elle exhale,
Fait rêver aux tigres rôdeurs
D’une clairière tropicale.

Ton âme a ces aspects divers :
Froideur sereine des hivers,
Douceur trompeuse de la fauve.

Glacé de froid, ou déchiré
A belles dents, moi, je mourrai
A moins que ton coeur ne me sauve.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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CARAVANE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2016



CARAVANE
A Olivier Pain.

Oh ! ne savoir jamais les dates,
Boire de l’eau, manger des dattes !

Les déserts ont des chemins longs
Plus gais vraiment que nos salons.

Quel soleil ! Ça manque de femmes :
Ces chameliers sont bien infâmes.

Ils ne nous versent pas de bocks
Et nous vendent des bijoux tocs.

Entre marcheurs on se dénigre :
Rien ! Quel ciel ! Même pas du tigre !

Oh ! le désert ! Assez, assez !
Rien que des chameaux désossés,

Des chacals, des rats et du sable
L’eau rare et le biscuit… passable,

Et l’on traverse tout cela
Loin du boudoir loin du gala

On vit, on va plein d’espérance :
Parce qu’on est des gens de France.

(Charles Cros)

Illustration: Caroline Duvivier
 

 

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Portrait de la famine (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



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Portrait de la famine

Le tigre ici broute des feuilles tendres
Et l’okapi cherche qui dévorer.
Moi je suis homme, il me faut nourritures
Plus à mon goût – je suis fauve et soleil.

Entre mes dents la terre. Entre mes lèvres
Ces doux silex tranchant ma tendre chair
Et le poison succulent de ces arbres
Où sont pendus d’autres civilisés.

Moi, naufragé, je suis ma propre épave
Et je m’accroche à ma vie, à mon nom.
Toute la mer, son écume et sa danse
Pour une larme autrefois retenue.

Ô terre et mer, couronne de corail,
Ile assoiffée où vont rôdant les fauves.
Je suis le lieu d’un jeune mammifère,
Délivrez-moi de l’ombre et du soleil.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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LES RUES (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



LES RUES

Les rues m’habillent de lumière

J’aime le nom des sources
Et la couleur du ciel
J’aime le clair-obscur
Des ailes et des feuilles
J’aime la nuit marquée de signes
Mais pour des milliers de fleurs rouges
Et pour un roi criant plus haut que sa légende
Je lacère le ciel
Où j’ai choisi d’exalter mon enfance

Autrefois
Quand les hiboux rêvaient de varech
Je glissais mes mains sous la terre
Et j’étais en voyage
Je dénudais les sommets des collines
Le vert s’arrache aux feuilles
Comme un gant
Je transformais la pluie en étoiles d’argent
Je prenais le Sud avec moi
J’étais Seigneur et Valet du printemps
Je buvais aux sources du jour
Avec les agneaux et les tigres
Et les premières fleurs éclataient dans mes veines

Puis ce fut le temps de fer
Où nous goûtions la chair des mots
Tous mes amis
En souvenir des terres odorantes
Retenus au creux des saisons
Tous mes amis posaient leurs mains à plat
Sur le soleil
Et nous chantions face aux prisons
Face aux statues rouillées dressées contre nos murs
Et nous chantions sans modestie
Le chant guerrier de nos vingt ans
Ce fut le temps du pain de moisissure
Où nous parlions d’amour aux quatre vents

Tu as traversé la plaine
Mêlé ton rêve à mon orgueil
Je t’ai donné le nom d’une ville inconnue
Petite
Avec des toits couverts de lierre
Des déesses rouges dansant sur la paille
Et des lucarnes sur la neige
Les pavés et les roses
Te guidaient vers l’aurore
Je t’ai suivie
Comme un insecte son chemin
Comme un enfant suit la lumière
Pour la prière
Et pour l’amour
Nous avons uni nos mains d’ombre
Nos mains de terre
Au long des rues je m’en souviens

Tes lèvres prolongeaient mon enfance
De toute la nuit tiède des chansons.

Personne au monde ne croyait plus à la guerre

Les peupliers ne chantent plus si clair
Aux fontaines taries
Mais j’ai gardé confiance
Dans le grand soleil simple
Qui pèse de tout son poids de moisson droite
Au coeur des hommes
Je laisse derrière moi
Des traces de fougère
Mes mains crispées au sol
Pendant qu’à chaque fenêtre
La couleur des carreaux me montre les chemins d’eau
De la mort

(Serge Brindeau)

Illustration

 

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Ariane (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Au choc clair et vibrant des cymbales d’airain,
Nue, allongée au dos d’un grand tigre, la Reine
Regarde, avec l’Orgie immense qu’il entraîne,
Iacchos s’avancer sur le sable marin.

Et le monstre royal, ployant son large rein,
Sous le poids adoré foule la blonde arène,
Et, frôlé par la main d’où pend l’errante rêne,
En rugissant d’amour mord les fleurs de son frein.

Laissant sa chevelure à son flanc qui se cambre
Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d’ambre,
L’Epouse n’entend pas le sourd rugissement ;

Et sa bouche éperdue, ivre enfin d’ambroisie,
Oubliant ses longs cris vers l’infidèle amant,
Rit au baiser prochain du Dompteur de l’Asie.

(José-Maria de Hérédia)

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Un tigre a mille courtisanes (Paul-Marie Lapointe)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016




Un tigre a mille courtisanes
dans les griffes mille langues
mille ventres de jardins
dans la nuque
Pavots des cheveux
dans le jour des mains croisées
dans la nuit blanche
des paumes ouvertes

Trembler de tout son corps
Les aubes de neiges sans poitrine
point d’amour point de cheminée
point d’interrogation de bouche plaquée
sur le désir plat

Filles de laine filles de lit
de lys de lit
Tout lie des corps rêches
aux pêches de luxure dans le cou
zébré des veines

Hommes à sabots de fauves —
ce qu’il reste de la sieste
troncs de dattiers —
cachés pour les repas de fourrure
cachés pour dormir dans les plumes
Cœur de chair de poules

(Paul-Marie Lapointe)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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