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Poésie

Posts Tagged ‘timide’

Verveine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Verveine

En France nous possédons une fleur nationale
dont personne ne peut contester les droits;
son origine se perd dans la nuit des temps.
Cette fleur, c’est la verveine.

Elle me rappelle Velléda, la pâle et touchante prêtresse,
les mystérieuses profondeurs des forêts où vivaient nos pères.
Je vois la druidesse danser autour de la plante magique,
puis se baisser et la couper avec une faucille d’or
qui brille aux rayons de la lune,
j’entends les champs des Eubages se mêlant au bruit du vent dans les bois.

Qui dirait, à voir cette petite plante
si simple, si gracieuse, si timide aujourd’hui,
qu’elle a joué autrefois un rôle si terrible, si important?

(J.J. Grandville)

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Timide (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Timide, la timide
Jeune fille de mon coeur,
Dans la lueur du feu
Se déplace l’air songeur.

Elle apporte les plats,
Et les met sur l’étagère.
J’irais bien, elle et moi,
Dans une île de la mer.

Elle apporte les bougies,
Et les rideaux éclaire,
Timide à contre-jour
Et timide dans le noir;

Et timide comme un lièvre,
Serviable et timide.
Je volerais, elle et moi,
Dans une île de la mer.

(William Butler Yeats)


Illustration: Edouard Manet

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La mémoire (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019


 


 

Gene Pressler

La mémoire

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

(François Coppée)

Illustration: Gene Pressler  

 

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Enfance, obéissante enfance (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Enfance, obéissante enfance,
Jamais je ne retrouverai
Le poids trébuchant des larmes
Taillées dans la substance noire
De la vieillissante mémoire.

Le plus vieux pays de soleil,
Ces fables, ces clefs, ces jardins,
Les bruits timides des chemins,
Tous ces trésors, je te les donne.

(Albert Ayguesparse)

 

 

 

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MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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DON JUAN – SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Alexander Maranov (6)

DON JUAN – SONNET

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride
Sous le vent discret d’une nuit d’été,
Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide
Avez-vous jamais, rêveur, écouté

La voix de la vierge émue et timide
Qui furtive, un soir, pour vous a quitté
Le foyer ami — depuis froid et vide —
Où, les parents morts, plus rien n’est resté?

Parfum de poison, volupté cruelle
D’avoir arraché du sol ce lys frêle
Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

O destruction de quels âpres charmes
Es-tu donc parée?
Et, voilés de larmes,
Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux?

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

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Non seulement (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Illustration: Léonard de Vinci
    

Non seulement cette belle main nue
Qui s’est gantée, à mon grand détriment,
Mais l’autre, et ces deux bras : qu’ils sont habiles,
Qu’ils sont prompts à étreindre mon coeur timide!

Mille pièges me tend Amour, aucun en vain,
Ce sont les tendres formes, pour moi si neuves,
De ce corps noble et chaste : si célestes
Qu’aucun art, aucune pensée, ne peuvent les rendre.

Yeux en paix, dont les cils répandent la lumière,
Bouche d’ange, superbe, qui laisse voir
Des perles et des roses, et prononce des mots

Si doux qu’ils font frémir de tant de merveille!
Puis ce front, et ces tresses : à midi, l’été,
Elles font oublier que le soleil brille.

***

Non pur quell’una bella ignuda mano,
che con grave mio danno si riveste,
ma l’altra et le duo braccia accorte et preste
son a stringere il cor timido et piano.

Lacci Amor mille, et nesun tende invano,
fra quelle vaghe nove forme honeste
ch’adornan si l’alto habito celeste,
ch’agiunger nol pò stil né ‘ngegno humano:

li occhi sereni et le stellanti ciglia,
la bella bocca angelica, di perle
piena et di rose et di dolci parole,

che fanno altrui tremar di meraviglia,
et la fronte, et le chiome, ch’a vederle
di state, a mezzo dí, vincono il sole.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Je vous aimais (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Lisa G    
    
Je vous aimais… l’amour n’est pas, peut-être,
Au fond du cœur totalement éteint,
Mais devant vous je le fais disparaître,
Je ne veux pas vous causer de chagrin.

Je vous aimais sans mots, sans rien attendre,
Timide ou torturé de jalousie ;
Je vous aimais d’un amour pur et tendre —
Dieu veuille qu’on vous aime encore ainsi.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Un! deux! trois! quatre! Tous en rond pon! (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Un! deux! trois! quatre!

Un! deux! trois! quatre! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie,ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore…
Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes

En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore…

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

 

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LES GAS ET LES FILLES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Paul Rubens 
    
LES GAS ET LES FILLES

En leurs cotillons de futaine
Qui flottent et claquent au vent,
Les filles s’en vont, en rêvant,
Laver le linge à la fontaine…
Et, sous les couchants au front d’or,
Les gâs, en chantant leur romance,
Jettent le grain de la semence
Au sein de la glèbe qui dort.

De quoi rêvent les filles ?
— Des gâs !
Et que chantent les gâs ?
— Les filles!

Timides, sous leurs coiffes blanches,
Et prises de vagues espoirs,
Les filles aux lourds chignons noirs
S’en vont danser, les beaux dimanches ;
Et les gâs, entendant gémir
La viole aux voix caressantes,
Au plus profond de leur chair sentent
L’énervant frisson du désir.

Que souhaitent les filles ?
— Les gâs !
Et que veulent les gâs ?
— Les filles !

Les soirs, parmi les landes pleines
De l’encens fauve des genêts,
Les filles jettent leurs bonnets
Par dessus les moulins des plaines.
Et les gâs, en l’ombre des bois
Où tremblotte la lune rose,
S’en vont cueillir la fleur éclose
Qui ne se cueille qu’une fois.

Qui fait fauter les filles ?
— Les gâs !
Et qui pousse les gâs ?
— Les filles !

Par les prés où dorment les songes
Les filles vont à pas dolents,
Portant l’Ennui dans leurs seins blancs
Et sur leurs lèvres des Mensonges ;
Et les gâs vont suivant leur cœur
Qui, dans sa course vagabonde
Leur fait faire, avec brune ou blonde,
Les étapes de la douleur.

Qui délaisse les filles ?
— Les gâs !
Et qui trompe les gâs ?
— Les filles !

Les filles vont ; traînant leurs peines,
Le front morne et les yeux rougis,
Au bas des calvaires où gît
L’amant divin des Madeleines ;
Et les gâs, qui ne veulent plus
De l’amour retenter l’épreuve,
S’en vont se jeter dans le fleuve,
Ou s’étrangler sur les talus…

Qui fait pleurer les filles ?
— Les gâs !
Et trépasser les gâs ?
— Les filles !…

(Gaston Couté)

 

 

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