Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘timonier’

LE DÉPART (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LE DÉPART

En face, l’océan de paix,
Fais démarrer l’esquif, ô Timonier.
Tu seras le compagnon éternel,
Accepte, accepte-moi sur ton giron,
Sur le chemin de l’infini s’allumeront
Les rayons de l’étoile polaire.

Délivreur, ton pardon, ta compassion
Seront les deniers de ce périple pérenne.
Que ce qui t’attache à la terre se dissolve ;
Le vaste univers m’accueille dans ses bras.
Que dans le coeur se fasse connaître
L’identité sans crainte du grand Inconnu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ne crie pas… (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 Illustration: Pascal Renoux
    
Ne crie pas…

Ne crie pas
sollicite à voix basse la sueur écarlate
traîne-la par les cheveux hors du mur circulaire
et de sa rouge meurtrière

Humecte la ligne de partage entre aine et plaine
là où guette l’abeille
celle qui perce le vide
étourdit le sang
enfume labyrinthe et gosier

Ne crie pas te dis-je si tu veux entraîner le monde dans ta noyade
nage en amont en abysses dans un bruit de vagues et de vasques

Refoule l’écume
elle encombre le seuil
obstrue la voûte
réveille par son clapotis barque et timonier

À main basse te dis-je

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les grands jours du poète (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Bouee-sauvetage

Les grands jours du poète

Les disciples de la lumière n’ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques.
La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche.
La veuve en habits de noces se trompe de convoi.
Nous arriverons tous en retard à notre tombeau.
Un navire de chair s’enlise sur une petite plage. Le timonier invite les passagers à se taire.
Les flots attendent impatiemment Plus Près de Toi ô mon Dieu!
Le timonier invite les flots à parler. Ils parlent.
La nuit cachette ses bouteilles avec des étoiles et fait fortune dans l’exportation.
De grands comptoirs se construisent pour vendre des rossignols. Mais
ils ne peuvent satisfaire les désirs de la Reine de Sibérie qui veut un rossignol blanc.
Un commodore anglais jure qu’on ne le prendra plus à cueillir la sauge
la nuit entre les pieds des statues de sel.
A ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses
jambes fines. Elle verse dans mon assiette ce qu’il me reste à vivre.
De quoi saler l’Océan Pacifique.
Vous mettrez sur ma tombe une bouée de sauvetage.
Parce qu’on ne sait jamais.

(Robert Desnos)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Nuit d’herbe (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Nuit d’herbe

Nuit d’herbe, nuit mise à nu,
nuit d’ignorance, nuit de refus,
Je gémis. La barque à l’ancre se soulève.
Le dernier flot de la marée accourt.
Ne crains rien des douleurs de l’amour.

Les oiseaux dorment.
Le vent ne sait où se poser.
Il se repose.
Et sans maître habité par la nuit,
je suis aussi ce bateau-fou.

Beau temps, n’est-ce pas, timonier ?
Beau temps de minuit,
beau temps de l’amour.
Les câbles et cabestans grincent.
C’est le désir.

Des vagues s’épousent.
Le port est au bout du monde,
tes hanches, tes seins, je ne sais.
Je gémis de toute plainte pour tous les hommes.
Je psalmodie, je crie,
je murmure, je me tais.
Je n’ai rien dit,
je n’ai rien fait.

Car tes cheveux comme les forêts brûlent
avec ton odeur de fruits lointains,
Car te répondent le sang lourd de ma race terrienne,
mes mains d’artisan, ma langue rude.

Farouche, depuis que je te connais, je fais l’amour.
Je connais toutes les heures de la nuit.
Le ciel s’incline.
Mourir n’est rien. Vivre n’est plus.
Je n’ai qu’une histoire. Une violente patience.

L’oubli s’assied sur la montagne
et nous avons le temps.
Beau temps, n’est-ce pas mégissier ?
Le temps d’attendre l’amour.
La barque soulevée, la marée se retire.
Le vent oublie qu’il est le Vent.

Tes lèvres sont le bout du monde.
Dans bien longtemps
Tu m’étouffais, tu m’as rejoint,
je te retrouve.
Homme et femme nous serons morts.
Mais les astres qui nous ressemblent
recommencent.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Préface à l’amour
Editions: Cahiers du Sud

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :