Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tiroir’

BOÎTES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




    
BOÎTES

Boîtes à malice ou boîte à sel
Boîte à huile et boîte à ficelle
Baguier, trousse ou boîtillon
Buste, canastre ou serron
Castre, cassette, carton
Coffret, drageoir, esquipot
Droguier, fourniment, fourreau
Carré, coutelière ou barse
Galon, giberne et grimace
Utricule ou vésicule
Pyxide ou boîte à pilules
Boîte à poudre d’escampette
Boîte à outils, à gâteaux
Boîte à onglet, boîte à lettres
Tabagie, boîte saunière
Boîte avant ou boîte arrière
De vitesses, de lenteur
Boîte à prendre les souris
Tiroir, layette ou trémie
Boîte à buter les facteurs

(Boris Vian)
(Boris

Recueil: Cantilènes en gelée
Traduction:
Editions: Le Livre de poche

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Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Wilhelm Hammershoi o1_1280

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation.
Des exilés sans ailleurs des compagnons de silence.
Mes voyages se meurent au fond d’un tiroir.
Ici on met le temps dans des verres d’eau.
La vie ne dure pas.
Elle m’a raconté enveloppée dans ses rides,
enveloppée dans son âge
l’avoir vu partir avec des morts inconnus.
Jour indiscret.
Saison des larmes.
Ma raison de tristesse est là.
Il y a une fenêtre entre elle et moi,
il y a du savon pour laver nos désirs, nos exils, nos amputations.
Je pousse mes rideaux de futilité et de nécessaire.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Vilhelm Hammershoi

 

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Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le désordre (Jacques Bussy)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2018



Dans le tiroir
qu’il est beau
le désordre !

(Jacques Bussy)


Illustration: Roberto Matta

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Inventaire (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



inventaire-prevert

Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et …
cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

et …

plusieurs ratons laveurs.

(Jacques Prévert)

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Une dame (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
Une dame

Elle ouvre un tiroir : Il en sort
des souvenirs et des morts. Il en sort des soupirs
à peine exhumés, quelques regrets, et de forts éclairs
qui illuminent le ciel et ses pensées.

Chez les morts Il est des maisons encore en fondation,
des rêves qui font comme un nuage bleu dans le tiroir,
des sourires et des yeux bien en vie,
au point qu’elle se demande si son présent tout entier
ne converge pas vers cette image au parfum d’été,
où se conjugue au futur le passé.

Sans même qu’elle le sache, Il y a cette larme
qui coule sur sa joue un peu usée, qui creuse aussi
le sillon de ses divines rides et tombe sur son menton,
on pourrait croire, comme un baiser.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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LE CORPS N’EST PAS TON CORPS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Alphonse Mucha Spring 1896 panel

LE CORPS N’EST PAS TON CORPS

Le corps, dois-tu dire, n’est pas ton corps.
Nous devons parer les morts d’une rose sur la poitrine
D’une couronne de myrte.
Aimons-nous les uns les autres.
Que le corps de l’homme ne craigne point
Le corps de la femme, en harmonie, en silence.
Aimons-nous les uns les autres.
Le corps de la femme tremble et s’approche.

Derrière, l’ombre nous protège,
L’amour nous fait peur, le sommeil nous entraîne.
En harmonie, en silence.
Enfin la mort nous emporte — aimons-nous les uns
les autres —
Et nous glisse dans son tiroir.

(Tu dois prendre soin de, ton corps même au
printemps
Préparer sa fête avec une rose sur la poitrine,
Une couronne de myrte.)

Là sont les mains avec les doigts immobiles.
Là les yeux et tout ce que les yeux cachent
Dérobés à la lumière, comme des coquilles vides.
Les lèvres bien closes et fêlées.

(Nous ne demanderons plus rien, qui ne puisse être donné
Et nous n’interrogerons pas : nous serons nous-mêmes la réponse.)

(Georges Themelis)

Illustration: Alphonse Mucha

 

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Quand une ampoule grille (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Quand une ampoule grille
il se passe un moment de gravité.

L’objet est encore chaud.
On le secoue près de l’oreille
et on entend le bruit
du petit fil qu’on voit.
Qui a lâché.

Alors on cherche dans un tiroir
et on monte sur une chaise
jusqu’à la lampe
au-dessus de la table.

Dans le silence des yeux levés
c’est la lumière qu’on cherche maintenant
« à rétablir ».

Mais autre chose nous a claqué
entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi.

(François de Cornière)

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Semainier (Sylvie Durbec)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018




    
semainier

J’avais sept mouchoirs
lundi
mardi
mercredi
jeudi
vendredi
samedi
dimanche
ma mère les rangeait
dans un tiroir
entre les siens
et ceux de mon père
Les miens brodés
animaux du jour
de la semaine
et de la nuit
prochaine
une couleur par jour
lundi rouge mardi vert mercredi bleu
jeudi noir vendredi jaune samedi gris
et dimanche doré
tu as ton mouchoir
ma mère m’expliquait
noué aux quatre coins
pour couvrir ta tête
un noeud au coin
pour te souvenir
et aussi pour pleurer
et parfois te moucher
et au moment du départ
pour nous dire au revoir

je n’ai plus sept mouchoirs
aujourd’hui n’en reste qu’un
celui de papier avec ces mots
j’avais sept mouchoirs

(Sylvie Durbec)

 

Recueil: Le paradis de l’oiseleur
Traduction:
Editions: Al Manar

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Dans la chambre du grand-père (Madeleine Ley)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



Dans la chambre du grand-père
il y avait un coquillage
qui soupirait et chantait
comme le vent de la mer.

Dans la chambre du grand-père
il y avait un petit coffre
en bois luisant jaune clair,
qu’il rapporta de ses voyages
et que lui seul savait ouvrir.

Il y avait deux Japonais
en ivoire, sous un globe;
et tout au fond d’un tiroir,
dans son écrin de velours vert,
– bijou poli par les vagues –
la pipe en écume de mer!

(Madeleine Ley)

Illustration: Christian Lloveras

 

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