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Poésie

Posts Tagged ‘tiroir’

Quand une ampoule grille (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Quand une ampoule grille
il se passe un moment de gravité.

L’objet est encore chaud.
On le secoue près de l’oreille
et on entend le bruit
du petit fil qu’on voit.
Qui a lâché.

Alors on cherche dans un tiroir
et on monte sur une chaise
jusqu’à la lampe
au-dessus de la table.

Dans le silence des yeux levés
c’est la lumière qu’on cherche maintenant
« à rétablir ».

Mais autre chose nous a claqué
entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi.

(François de Cornière)

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Semainier (Sylvie Durbec)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018




    
semainier

J’avais sept mouchoirs
lundi
mardi
mercredi
jeudi
vendredi
samedi
dimanche
ma mère les rangeait
dans un tiroir
entre les siens
et ceux de mon père
Les miens brodés
animaux du jour
de la semaine
et de la nuit
prochaine
une couleur par jour
lundi rouge mardi vert mercredi bleu
jeudi noir vendredi jaune samedi gris
et dimanche doré
tu as ton mouchoir
ma mère m’expliquait
noué aux quatre coins
pour couvrir ta tête
un noeud au coin
pour te souvenir
et aussi pour pleurer
et parfois te moucher
et au moment du départ
pour nous dire au revoir

je n’ai plus sept mouchoirs
aujourd’hui n’en reste qu’un
celui de papier avec ces mots
j’avais sept mouchoirs

(Sylvie Durbec)

 

Recueil: Le paradis de l’oiseleur
Traduction:
Editions: Al Manar

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Les Mois ont une fin (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Les Mois ont une fin — les Ans — un noeud —
Que nul Pouvoir ne peut défaire
Pour étirer encore un peu
L’Écheveau du Malheur —

La Terre remet ces vies fatiguées
Dans ses Tiroirs mystérieux?
Trop tendrement, pour que l’on doute
D’un ultime Repos –

À la façon des Enfants –
Lassés de la Journée –
Eux-mêmes – Jouets turbulents
Qu’ils ne peuvent ranger –

***

The Months have ends — the Years — a knot —
No Power can untie
To stretch a little further
A Skein of Misery —

The Earth lays back these tired lives
In her mysterious Drawers –
Too tenderly, that any doubt
An ultimate Repose –

The manner of the Children –
Who weary of the Day –
Themself – the noisy Plaything
They cannot put away –

(Emily Dickinson)

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QUAND UNE AMPOULE GRILLE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
QUAND UNE AMPOULE GRILLE

Quand une ampoule grille
il se passe un moment de gravité.

L’objet est encore chaud.
On le secoue près de l’oreille
et on entend le bruit
du petit fil qu’on voit.
Qui a lâché.

Alors on cherche dans un tiroir
et on monte sur une chaise
jusqu’à la lampe
au-dessus de la table.

Dans le silence des yeux levés
c’est la lumière qu’on cherche maintenant
« à rétablir ».

Mais autre chose nous a claqué
entre les doigts pendant ce temps.

Il reste à savoir quoi.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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ET ALORS ? (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
ET ALORS ?

Ce sont des détails
— comme vous dites —
des petits coins de ciel
des gouttes d’eau sur la vitre
ou des herbes qui plient.
Et alors ?

Ce sont mes marées hautes
mes rochers de juillet
mes ruisseaux du mois d’août
mes chemins mes épines
mes galets mes cailloux.
Et alors ?

Ce sont mes longs hivers
mes tiroirs et mes livres
mes cafés mes rencontres
mes amis mes amours.
Et alors ?

Ce sont mes certitudes
puisque vous êtes là
qui vivez tout comme moi de détails
— comme vous dites —
où va ma poésie.
Et après ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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L’amour devient trop petit (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



L’amour devient trop petit, comme le reste
On le range dans un Tiroir —
Puis un jour sa mode apparaît Désuète —
Comme l’Habit que portaient nos Aïeux.

***

We outgrow love, like other things
And put it in the Drawer –
Till it an Antique fashion shows –
Like Costumes Grandsires wore.

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Le tiroir de gauche (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



J’ai chassé du livre les points
les accents, les hoquets
le tiroir de gauche en déborde

(Jacques Dupin)

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LES DIMENSIONS DU JOUR (VII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (VII)

Je m’éclaire longuement avec l’or
que je trouve au fond d’une étreinte.
Enhardis par tant de lumière,
nous dénoyautons le soleil dans un baiser.

La ville voudrait que le ciel parte de ses murs,
la ville voudrait aller au-devant des chemins,
qui s’arrêtent dans les champs de céréales
mais elle reste enfoncée dans le sol comme un tiroir.

A force de rejeter les objets dans leur passé,
je n’ai plus, comme point d’appui, que ta bouche
et nos visages sont si près l’un de l’autre
que tes yeux se ferment presque avec mes paupières.

Une lampe suffira pour marquer la place
où le jour s’est ouvert le front.
De loin dans la nuit on verra s’élever
son grand buisson d’orties blanches.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Une boucle de soie (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



La prairie éveillée attirait par ses charmes
Foulant les violettes elle venait à la grille
parée pour le fiancé comme chaque année
Elle pensait à lui jusqu’après les vendanges.

Seule une alouette en chantant dans le bois
Remarquait sa rougeur et aussi son effroi
Et le cortège long des jours d’été la vit
Songeuse en se fanant derrière ses ifs.

De ses sveltes beautés seule peut témoigner
Auprès de ses colliers une boucle de soie
Qu’une amie fidèle garda dans un tiroir…
Et aussi l’herbe simple avec un bloc marbré.

(Stefan George)


Illustration: Claude Monet

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Seul (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



    

Seul comme un clou dans le mur

seul comme un portrait dans un tiroir

seul comme une abeille morte
dans une rue du District Fédéral

seul comme une pièce
dans la poche d’un pauvre

seul comme un homme dans la multitude

seul comme une chaussure trouée

seul comme une cuillère
sur la table de la femme absente

seul

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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