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LE RÊVE ET LA VIE (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



LE RÊVE ET LA VIE

Comme il est loin le temps des Mille et une Nuits !
— Prends garde, mon enfant, tes marrons sont trop cuits.

J’aurais eu, n’est-ce pas, de grands airs en Sultane ?
— Avant de te coucher, n’oublie pas ma tisane.

Et puis Venise, avec le cri des gondoliers !
— A propos, n’a-t-on pas rapporté mes souliers ?

Un poète m’a dit qu’il était une étoile…
— Ferme la porte et mets du charbon dans le poêle.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Roger Suraud

 

 

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L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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Guimauve (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Guimauve

Sur la terre, la Guimauve n’avait cherché qu’à développer ses instincts de bienfaisance.
Longtemps elle avait exercé l’état de garde-malade.
Préparer des tisanes était son suprême bonheur.
Souvent, lorsqu’elle se promenait dans la campagne,
si elle rencontrait une sauterelle accablée par la chaleur,
faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille tapie dans les joncs,
elle trouvait que la sauterelle et la grenouille avaient l’air d’être malades,
et elle les emportait au logis pour les soigner.
Elle poussait le dévoûment jusqu’à la monomanie.

Lasse du monde où, disait-elle, personne ne se croyait malade,
elle s’était retirée dans un couvent où on lui avait donné la direction en chef de l’infirmerie,
emploi fort important dans un lieu où, ne sachant comment tuer le temps,
on le passe souvent à se croire malade.
Aussi, la Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.
Comme la panacée, son remède universel, était la Guimauve,
qu’elle voulait qu’on prit sous toutes les formes,
tisane, pâte, etc., etc, les jeunes religieuses l’appelaient en riant soeur Guimauve,
ce surnom avait fini par lui rester.

(J.J. Grandville)

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Les fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos.

Se traîne et va, moins pour réchauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler.

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
la toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son oeil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs!

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
– Que la vitre soit l’art, soit la mysticité –
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté!

Mais hélas! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume

(Stéphane Mallarmé)

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L’hiver était magnifié (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



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L’hiver était magnifié en croix
dans ses branches mortes
Sur la table le soir un jardin d’abeilles
montait d’une tisane

Ils regardaient mourir les braises de la veille
A la fenêtre contemplaient la forêt
conversaient avec des dieux
devenus sauvages

Juste avant l’orée
les sentiers faisaient un signe

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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Paysage des deux ouvriers (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2015


 

La campagne restait calme
une fille lavait sa jambe pure
et les heures
s’inscrivaient dans l’étoffe qu’elles usent
attaquant les fleurs dans le damas.
Les pages d’un livre d’école
avaient été par le vent emportés
jusqu’au-dessus des églantiers
et le long du chemin
aux fossés pleins de bêtes rusées
aux talus couverts de ces herbes propices
à des tisanes de douceur
deux ouvriers longuement se contaient
les secrets des métiers du bois.

(Jean Follain)

 

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