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Posts Tagged ‘tocsin’

Chanson (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



Frank Bernard Dicksee   08

 

Chanson

Vous, avec vos yeux, avec tes yeux,
Dans la bastille que tu hantes !
Celui qui dormait s’est éveillé
Au tocsin des heures beuglantes.
Il prendra sans doute
Son bâton de route
Dans ses mains aux paumes sanglantes.

Il ira, du tournoi au combat,
À la défaite réciproque ;
Qu’il fende heaumes beaux et si clairs,
Son pennon, qu’il ventèle, est loque !
Le haubert qui lace
Sa poitrine lasse,
Si léger ! il fait qu’il suffoque.

Ah, que de tes jeux, que de tes pleurs
Aux rémissions tu l’exhortes,
Ah laisse ! tout l’orage a passé
Sur les lys, sur les roses fortes.
Comme un feu de flamme
Ton âme et son âme,
Toutes deux vos âmes sont mortes.

(Jean Moréas)

Illustration: Frank Bernard Dicksee 

 

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Tranquille comme un sage et doux comme un maudit (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Tranquille comme un sage et doux comme un maudit,
…j’ai dit:
Je t’aime, ô ma très belle, ô ma charmante…
Que de fois…
Tes débauches sans soif et tes amours sans âme,
Ton goût de l’infini
Qui partout, dans le mal lui-même, se proclame,

Tes bombes, tes poignards, tes victoires, tes fêtes,
Tes faubourgs mélancoliques,
Tes hôtels garnis,
Tes jardins pleins de soupirs et d’intrigues,
Tes temples vomissant la prière en musique,
Tes désespoirs d’enfant, tes jeux de vieille folle,
Tes découragements;

Et tes jeux d’artifice, éruptions de joie,
Qui font rire le Ciel, muet et ténébreux.

Ton vice vénérable étalé dans la soie,
Et ta vertu risible, au regard malheureux,
Douce, s’extasiant au luxe qu’il déploie…

Tes principes sauvés et tes lois conspuées,
Tes monuments hautains où s’accrochent les brumes.
Tes dômes de métal qu’enflamme le soleil,
Tes reines de théâtre aux voix enchanteresses,
Tes tocsins, tes canons, orchestre assourdissant,
Tes magiques pavés dressés en forteresses,

Tes petits orateurs, aux enflures baroques,
Prêchant l’amour, et puis tes égouts pleins de sang,
S’engouffrant dans l’Enfer comme des Orénoques,
Tes anges, tes bouffons neufs aux vieilles défroques
Anges revêtus d’or, de pourpre et d’hyacinthe,
Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.

Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,

Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or.

(Charles Baudelaire)

Illustration: Eugène de Blaas

 

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RUTILE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



RUTILE

Sang séché. Fièvre figée du feu.
Gisant des clairs filons où ton destin s’éploie.
Oui. Gisant aux mains jointes des ères.
Toi, le glas du soleil, le tocsin des calcaires.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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OSER ENCORE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

Misha Gordin shout13

OSER ENCORE

Oser encore recourir au visage
Oser encore

Que brasses-tu, ami, qui ne s’écarte ?
Où souhaiter la tendre halte
Si ce n’est avec l’autre
Plus d’une fois accordé ?

Quel chemin, ami, ne se conteste ?
Quel chant ne rompt le tocsin ?
En quelle terre fugace reprendre vie,
Si ce n’est en l’autre
Par-delà le soupçon ?

Oser encore recourir à l’espoir
Oser encore

Porter l’instant et le rendre à lui-même
Répondre quel qu’il soit
Au baiser de la terre,
Vouloir ce plus loin dont on ne sait le nom.

(Andrée Chedid)

Illustration: Misha Gordin

 

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Avez-vous vu Lambert? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Avez-vous vu Lambert?

1
Je vais vous chanter
Un fait historique
Qui s’est déroulé
Avant l’avèn’ment de la République:
Au bois d’ Vincenn’ monsieur Lambert
Madame Lambert, les p’tits Lambert
Par un matin d’été superbe
Allèrent déjeuner sur l’herbe.
Monsieur Lambert sans crier gare
S’éloigna pour aller acheter un cigare.

Refrain 1
Madam’ Lambert affolée
Criait d’allée en allée
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Les p’tits Lambert tout en larmes
Faisaient aussi du vacarme
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert?
Les passants que ça fit rire
À leur tour se mir’nt à dire
Lambert! Lambert!
Avez-vous Lambert ?
Avez-vous Lambert?
Lambert ?

2
Rentrée dans Paris
La foule joyeuse
Continua ses cris
D’ la porte Dorée à la rue Vineuse
Faubourg Saint-Denis, Rue d’ Rivoli
Rue Rossini, rue Cassini
Place du Trôn’, quai de Grenelle
Et Boulevard Bonne Nouvelle
Chacun criait à perdre haleine
Comm’ des fous, comm’ des sourds, des putois, des baleines.

Refrain 2
Napoléon trois s’inquiète
La police est en alerte
Lambert! Lambert!
Arrêtez donc Lambert!
Le tocsin, la générale
Composent une chorale
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Méfiez-vous il est terrible
Il pourrait vous prendr’ pour cible
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Arrêtez donc Lambert!
Lambert!

3
Je connais des gens
Dont la renommée
Est comme un volcan
Vomissant des lay’s et de la fumée
Ils pouss’nt des cris, ils, font du bruit
On est surpris, on perd l’esprit
On court à gauche, on court à droite
Et le pantin sort de sa boîte
Quoi c’était ça le monstre horrible
Le dragon, le costaud, le méchant, le terrible.

Refrain 3
Et pendant ce temps les heures
Sont rentrées dans leur demeure
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
C’est le vent qui le remporte
Le destin ouvre sa porte
Lambert! Lambert!
Viens te coucher Lambert
Et les enfants des écoles
S’amusent sur ces paroles
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Avez-vous vu Lambert ?
Lambert!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Visage des rues (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration
    
Visage des rues,
tant de soleil,
et l’odeur de la poussière
sur les fleurs vendues fanées.

Un grand tocsin
sème d’hirondelles
le myosotis du ciel.

Le sang cherche encore le sang
parmi la neige trouée d’yeux,
et le silence pèse les coeurs.

Aventure, ma surprise,
douce jupe poursuivie
et fendue pour la capture.

On rêve jusque dans la chambre
où le printemps éteint le lit
de ses membres enfin nus.

C’est toujours le même sang,
La même robe de peau franche,
tendue sur le même osier.

Les mêmes gestes alentour,
la même joie évanouie,
le même illisible retour.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Paysages intérieurs (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Paysages intérieurs

Mourir près de la mer
Qui ne sort pas de ses lumières
Qui jette son sablier
Dans les roues de la fortune

Je fus marin

Mourir près de la mer
Immense qui rêve ses passions
Qui poudroie sa monnaie de sel
Dans les jambes du temps

Mais les voiliers étaient partis

Mourir près de la mer
Qui canonne le ciel vide
Qui lance les fusées pâles de son tocsin
A l’horizon levant les brumes

Le temps n’avait pas attendu
L’enfant leurré par la mer oisive

Mourir près de la mer
Son peignoir de pigeons stupéfaits
Ouvert comme un balcon
Par dessus le désespoir des rêves

(Robert Momeux)

Illustration

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LES PROMENEUSES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Paul Delvaux

 

LES PROMENEUSES

Au long de promenoirs qui s’ouvrent sur la nuit
— Balcons de fleurs, rampes de flammes —
Des femmes en deuil de leur âme
Entrecroisent leurs pas sans bruit.

Le travail de la ville et s’épuise et s’endort :
Une atmosphère éclatante et chimique
Étend au loin ses effluves sur l’or
Myriadaire d’un grand décor panoramique.

Comme des clous, le gaz fixe ses diamants
Autour de coupoles illuminées ;
Des colonnes passionnées
Tordent de la douleur au firmament.
Sur les places, des buissons de flambeaux
Versent du soufre ou du mercure ;
Tel coin de monument qui se mire dans l’eau
Semble un torse qui bouge en une armure.

La ville est colossale et luit comme une mer
De phares merveilleux et d’ondes électriques,
Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre’,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Ce sont de très lentes marcheuses solennelles
Qui se croisent, sous les minuits inquiétants,
Et se savent, — depuis quels temps ? —
Douloureuses et mutuelles.

En pleurs encor d’un trop grand deuil,
Tels yeux obstinés et hagards
Dans un nouveau destin ont rivé leurs regards,
Comme des clous dans un cercueil.

Telle bouche vers telle autre s’en est allée,
Comme deux fleurs se rencontrent sur l’eau.
Tel front semble un bandeau
Sur une pensée aveuglée.

Telle attitude est pareille toujours ;
Dans tel cerveau rien ne tressaille.
Quoique le coeur, où le vice travaille,
Batte âprement ses tocsins sourds.

J’en sais dont les robes funèbres
Voilent de pâles souliers d’or
Où son rêve d’État strict et géométrique
Tranquillisait l’aboi plaintif des lâchetés.

Il se sentait la force étroite et qui déprime,
Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,
Et quand il se dressait de toute sa hauteur
Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime.

Planté devant la vie, il l’obstrua, depuis
Qu’il s’imposa sauveur des rois et de lui-même
Et qu’il utilisa la peur et l’affre blême
En des complots fictifs qu’il étranglait, la nuit.

Si bien qu’il apparaît sur la place publique
Féroce et rancunier, autoritaire et fort,
Et défendant encor, d’un geste hyperbolique,
Son piédestal massif comme son coffre-fort.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Delvaux

 

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IL Y EN AVAIT (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2017



IL Y EN AVAIT

Il y en avait qui se hâtaient
Dans l’étroit fossé des rues en dédales,
Pour aller troquer, sous des plafonds sales,
Leurs beaux jours contre du pain sale.

Il y en avait, derrière des rideaux,
Installant leur vie et ses accessoires,
Installant leur vie comme on fait son lit
Et puis écrivant leur petite histoire

Et puis exhalant leur touchant credo
Derrière des rideaux…

Il y en avait rués aux tribunes,
Il y en avait pendus aux tocsins,
Il y en avait pleurant dans les coins
Leur si peu commune infortune
Il y en avait qui attendaient …

*

Il y avait moi, parmi tout cela,
Un peu celui-ci, un peu celui-là,
Il y avait moi,
Le rêve tendu désespérément vers des archipels
Et vers telle vie :

Une vie dans le vent, toutes voiles dehors,

Chair, esprit et le coeur et les yeux, — extase ou larmes. —
Oh oui, furieusement, toutes voiles dehors :
Une vie sans rien de commun avec la mort.

(Charles Vildrac)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Tronqué d’étoiles en épaves (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



chateau-hante

Tronqué d’étoiles en épaves spectralement irradiées mortes
dans les tremblements d’une peur insoutenable calcinée
le vide absence d’intervalles et de repères assurés
s’ouvre mâchoire clapet claquant orifice
où s’engouffrer à travers herses folles hallucinantes tours
venelles crénelées sur l’alignement des remparts
les villes désertées chancellent des tocsins
passent les processions à la cadence des ruptures
lapidaires effondrements décadences immatérielles
il reste l’écheveau des pistes confondues
le vague croisillon des évasions ratées
le cri incarcéré dans la gorge nouée
l’insulte refluant hors des égouts du temps
montent surmontent rampent à l’inouï silence tu
aux soleils engloutis dans les mémoires forestières
dès longtemps foudroyées

(Jean-Claude Demay)

 

 

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