Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘toi’

Plein fouet (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



 

Barbara de Vries

Plein fouet

si je parle moi
parle-moi

par le moi de toi

comme une soeur pleurée

plein fouet
ta mort

(Martine Broda)

Illustration: Barbara de Vries

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

JE DIS TOUJOURS LA MÊME CHOSE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Pablo Picasso
    
JE DIS TOUJOURS LA MÊME CHOSE

Je dis de toi et de la rose
Mes poèmes sont évidents
Je dis toujours la même chose
La vie l’amour la mort le temps

Prenant les phrases toutes faites
les vérités de tous les jours
je ne suis ni ange ni bête
mais je me répète toujours

Je dis de toi et du bonheur
et la chaleur d’être avec toi
Je dis de toi et du malheur
le tourment de n’être que moi

Je dis ce que chacun devine
l’a b c de la clef des chants
Le fil sans fin que j’embobine
n’est qu’un gros fil cousu de blanc

Je me répète et recommence
Je ne dis que ce que je sais
mon souci mon insouciance
mon embarras C’est bien assez

Je me reprends sans fin ni cesse
Est-ce vraiment vraiment le même
qui dans sa fausse vraie paresse
n’est que l’absence de soi-même

Toujours distrait si je médite
toujours ailleurs si je suis là
qui donc en moi veille et persiste
à être moi si malgré moi

Un jour vient où la persistance
que j’avais cru perdre à tous vents
devient le fil de la constance
signant la trace d’un vivant

Ce n’est peut-être que ma mort
qui saura bien photographier
fini le jeu de j’entre-et-sors
cet inconnu qui m’échappait

Il dit toujours la même chose
il redécouvre à chaque instant
la même évidence morose
la même joie qui n’a qu’un temps

Mais un seul fruit songe et s’accroît
dans la fleur en métamorphose
se répétant moins qu’on ne croit
disant toujours la même chose.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Entre la rose et toi (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020


rosa-20dali

Entre la rose et toi,
il y a le vide de la rose
et de toi.

(Roger Munier)

Posted in poésie | Tagué: , , , | Leave a Comment »

La fleur qui répète (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



La fleur qui répète
en bordure du ravin
souviens-toi de moi,
n’a de teintes plus gaies ni plus claires
que l’espace jeté entre toi et moi.

Un son strident survient, qui nous écarte,
l’azur obstiné ne reparaît pas.
Dans la touffeur quasi visible, le funiculaire
me ramène à l’étape opposée, obscure déjà.

***

Il fiore che ripete
dall’orlo del burrato
non scordarti di me,
non ha tinte più liete né più chiare
dello spazio gettato tra me e te.

Un cigolio si sferra, ci discosta,
l’azzurro pervicace non ricompare.
Nell’afa quasi visibile mi riporta all’opposta
tappa, già buia, la funicolare.

(Eugenio Montale)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CE N’EST PAS TOI (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



 

Karst_Dent-de-Crolle-8 [1280x768]

CE N’EST PAS TOI

Ce n’est pas toi qui materas le monde
Et t’enfonceras muet en un avec le temps,
Lézardé, tu seras le désir,
Calciné, à vif, la voix rauque.

Comme le Karst, quand le vent encore chaud
Embrase les pinèdes,
Incendie l’obscur — et ton pas
En vain va chercher la paix dans les ténèbres.

Ce n’est pas toi qui l’étreindras
Quand la noire nuit tombera sur elle,
Tu rêveras et tu convoiteras
Et la mort t’arrachera le rêve.

(Srecko Kosovel)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

PETITE COSMOGONIE PRATIQUE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2020




    
(Recueil Le professeur Froeppel)
PETITE COSMOGONIE PRATIQUE
Construisez un monde cohérent à partir de Rien, sachant
que Moi = Toi et que Tout est Possible.
Faites un dessin.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je jette mon filet (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020




Je jette mon filet et c’est toi
que je crois saisir. Mais tu n’es pas là
que dans le vide que tu me laisses.
Il y a des choses qui scintillent,
la nuque de vieillard du bébé,
les seins d’une fille, un géranium.
C’est toi peut-être ce souffle d’air
de l’orage qui vient, cette attente,
ce peu d’été tombé des platanes.

(Jacques Ancet)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Forêt marine (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020


fonds sous marins-l

Forêt marine à l’aurore,
Touffue et trempée de vent,
J’entre et je suffoque en toi

(Philippe Jaccottet)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 2 Comments »

On ne sait pas si c’est toi (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020


poésie

 

Dans les livres je trouve ta trace:
une sorte de miroitement
aux limites du sens. Sous les mots
on dirait un sursaut mais à peine
sensible, quelque chose qui passe
sans qu’on le sache. On tourne une page
et c’est comme un vent frais qui se lève.
On le voit sur la fenêtre: il bouge,
il brille. On ne sait pas si c’est toi.

(Jacques Ancet)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »