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Posts Tagged ‘toile d’araignée’

St-Victorien (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2021



St-Victorien

La nuit elles envoyaient le jour à toute la ville
Par un carreau cassé
Dans l’usine morte
J’ai vu les machines immobiles
Des toiles d’araignées verrouillaient la porte
Et nous avons continué
A marcher sur la route

(Pierre Albert-Birot)


Illustration

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COL EN DENTELLES BLANCHES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



    

COL EN DENTELLES BLANCHES
à Roumiana

Nous émottons les années et elles se mettent à respirer.
Les non-partagées, on les couvre soigneusement
avec des toiles d’araignées
pour qu’elles ne saignent plus.
Le rouge n’est pas une couleur d’ange, dit-elle,
en dessinant des triangles dans l’air
pendant que j’essaie de trouver la place juste
d’un morceau du puzzle.
J’ai emmuré l’une des portes,
c’est pourquoi tu ne réussis pas à faire rentrer
la table au milieu du salon.

Les reflets de la bougie lèchent les nacres
incrustées dans l’ancien fauteuil viennois,
arrachent des runes bleuâtres
et les effacent tout de suite.
C’est le baiser du temps,
ajoute-t-elle à l’aube
et son doigt suit la ligne blanche
au creux de l’accoudoir
ayant amassé la poudre des ailes
de ce papillon mystique
qui avait survolé nos têtes
une nuit de février
comme s’il voulait démentir les saisons
et éclairer l’écriture secrète
dans l’âme de chacune de nous.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Toile d’araignée (Kisei)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2020




    
Toile d’araignée
pluie de printemps a laissé
ses gouttelettes

(Kisei)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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TORRENT (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Illustration: Danielle Bellefroid
    
TORRENT

On pose les mains gantées de douleur sur les choses
Et les choses pleurent.
Sous des armures de froid, de gel,
Les pieds s’enfoncent dans la terre.
La terre bouge et tente
De fuir sous nos pieds.
La cuirasse
Est ourdie de points de côté.
Le bouclier serre le bras comme un étau.
Le heaume
Est doublé de braise.
Du côté du monde
Les yeux tissent une toile d’araignée,
Et l’on entend, l’on entend,
Pareil aux torrents qui viennent
Lourds, opaques, des montagnes,
Vite, vite,
Le temps.

(Mihai Beniuc)

 

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La captivante toile d’araignée des songes (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2020



Ils regardent, se regardent, dans les fauteuils
vides, fascinés par une image intérieure
qu’ils projettent et retirent en un clin d’oeil,
alors qu’ils ne voient pas qui est l’entreteneur.

Le spectacle s’avance en sa traîne de sang
monstre aux mille membres, chacun tenant un sceptre,
pour que le voyeur se souvienne et se délecte
d’être celui qui pleure et va chantant.

On ne peut plus partir, car le vrai c’est le faux,
et notre pays a la couleur du mensonge.
La captivante toile d’araignée des songes,
nous fait goûter combien tout ce néant est beau.

(Jean Mambrino)


Illustration

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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Que m’est odieuse la lumière des monotones étoiles (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Que m’est odieuse la lumière
Des monotones étoiles !
Salut, mon ancien délire,
Du clocher l’essor ogival !

O change-toi, pierre, en dentelle,
Et deviens toile d’araignée !
Que le torse vide du ciel
S’ouvre à ton aiguille aiguisée !

Mon tour aussi viendra de m’élancer.
Je sens déjà l’essor d’une aile.
Mais vers quel but, de la vive pensée,
La flèche s’envolera-t-elle ?

Ou bien je serai de retour,
Ayant mon temps et ma route épuisé.
Ici je redoute l’amour,
Là-bas je n’ai pas pu aimer…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vincent Van Gogh

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LE COUTEAU CARNIVORE (Miguel Hernández)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2020



Illustration: Juan Gris
    
LE COUTEAU CARNIVORE

Un couteau carnivore,
aile douce et homicide,
soutient son vol et son éclat
autour de ma vie

Rayon métallique crispé
Affaissé totalement,
me picote le flanc
pour y construit un triste nid.

Mon temple, balcon fleuri
dès mon plus jeune âge
est noir et mon cœur,
sur mon cœur des cheveux gris.

Telle est la mauvaise vertu
du rayon qui m’entoure,
que je vais à ma jeunesse
comme la lune à mon village.

Je collecte avec mes cils
le sel de l’âme et le sel de l’œil
et des fleurs de toiles d’araignées
de ma tristesse je collecte.

Où irai-je sans aller
à rechercher ma perte ?
Ton destin c’est la plage
ma vocation c’est la mer.

Se reposer de ce travail
d’ouragan, d’amour ou d’enfer
n’est pas possible, et la douleur
sera mon éternelle peine.

Mais enfin je peux vaincre,
oiseau et rayon séculaire,
cœur, de la mort
personne ne doit me faire douter.

Suis ensuite le couteau, suis-le
volant, me blessant. Un jour
le temps jauni se retrouvera
sur ma photographie.

***

Un carnívoro cuchillo

Un carnívoro cuchillo
de ala dulce y homicida
sostiene un vuelo y un brillo
alrededor de mi vida.

Rayo de metal crispado
fulgentemente caído,
picotea mi costado
y hace en él un triste nido.

Mi sien, florido balcón
de mis edades tempranas,
negra está, y mi corazón,
y mi corazón con canas.

Tal es la mala virtud
del rayo que me rodea,
que voy a mi juventud
como la luna a mi aldea.

Recojo con las pestañas
sal del alma y sal del ojo
y flores de telarañas
de mis tristezas recojo.

¿A dónde iré que no vaya
mi perdición a buscar?
Tu destino es de la playa
y mi vocación del mar.

Descansar de esta labor
de huracán, amor o infierno
no es posible, y el dolor
me hará a mi pesar eterno.

Pero al fin podré vencerte,
ave y rayo secular,
corazón, que de la muerte
nadie ha de hacerme dudar.

Sigue, pues, sigue cuchillo,
volando, hiriendo. Algún día
se pondrá el tiempo amarillo
sobre mi fotografía.

(Miguel Hernández)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Espagnol
Editions:

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Douce l’odeur des raisins bleutés (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
Douce l’odeur des raisins bleutés,
Et leur ivresse encore lointaine,
Sourds et sombres les sons de ta voix…
Je ne ressens ni pitié ni peine.

Toiles d’araignée entre les grappes,
Entre les pieds de vigne trop frêles.
Comme des glaçons portés par les eaux,
Flottent les nuages dans le ciel.

Mais le soleil paraît, haut et net.
Si tu souffres, aux vagues va le susurrer,
Peut-être vont-elles te répondre
Ou peut-être même t’embrasser.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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