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Poésie

Posts Tagged ‘tombe’

Je voudrais te retrouver (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



JE VOUDRAIS TE RETROUVER dans le vallon
Près des chemins du jardin où l’on peut
Dire des prières. J’ai beaucoup changé
Mon cœur s’ouvre. Et ton fameux visage
Serait le doux, le même, le vrai comme autrefois.
— La mort, répond le vent magnifique des tombes.

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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PAROLES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

Illustration 
    
PAROLES

Une voix au détour du sentier
ayant prononcé les outrages
se tait par lassitude.
Sur une place où resplendit l’usure
des invités à gants blancs
écoutent un orateur
que l’on sait exilé.
Le sel s’est déposé
sur le galet ovale.
On entendra un jour l’histoire
de cet homme qui se dit heureux.
Au long du chemin de traverse
se courbent des branches
sans qu’il y ait de tombe à ombrager.
Deux vieillards se parlent enfin.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA RETRAITE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Shitao -autoportrait

 

LA RETRAITE

Comme je ne sors plus d’ici, le monde ne s’occupe plus de moi.
Je vis en paix. Depuis combien de temps, au juste?
Il doit y avoir deux ou trois ans,
puisque tant de feuilles noircies de mes poèmes encombrent ma table,
et puisque mon petit garçon parle déjà.

Je considère avec pitié mes semblables
qui se fatiguent à la recherche de la fortune ou de la gloire.
Je me demande ce qu’ils en auront, dans la tombe.

Le sourire de mon petit garçon a, pour moi,
plus de prix que tous les trésors du monde.
Et quand j’ai composé quelques bons vers,
j’éprouve une satisfaction
que n’a jamais connue l’Empereur des Cinq Fleuves.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Shitao

 

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Durées (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018




Le voile étendu sur la tête
quand cet homme
photographiait son fils imberbe
les gens disaient déjà
qu’il était sur le bord
de sa tombe
des femmes cherchaient l’herbe
pour des lapins sans voix
puis venaient les douces vendanges
l’anthracite flambait
dans ces grandes demeures
où parfois du sang noir séchait
près d’une pièce d’or.

(Jean Follain)

Illustration: Mike Worrall

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DURÉES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



photogra

DURÉES

Le voile étendu sur la tête
quand cet homme
photographiait son fils imberbe
les gens disaient déjà
qu’il était sur le bord
de sa tombe
des femmes cherchaient l’herbe
pour des lapins sans voix
puis venaient les douces vendanges
l’anthracite flambait
dans ces grandes demeures
où parfois du sang noir séchait
près d’une pièce d’or.

(Jean Follain)

 

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Les grands jours du poète (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Bouee-sauvetage

Les grands jours du poète

Les disciples de la lumière n’ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques.
La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche.
La veuve en habits de noces se trompe de convoi.
Nous arriverons tous en retard à notre tombeau.
Un navire de chair s’enlise sur une petite plage. Le timonier invite les passagers à se taire.
Les flots attendent impatiemment Plus Près de Toi ô mon Dieu!
Le timonier invite les flots à parler. Ils parlent.
La nuit cachette ses bouteilles avec des étoiles et fait fortune dans l’exportation.
De grands comptoirs se construisent pour vendre des rossignols. Mais
ils ne peuvent satisfaire les désirs de la Reine de Sibérie qui veut un rossignol blanc.
Un commodore anglais jure qu’on ne le prendra plus à cueillir la sauge
la nuit entre les pieds des statues de sel.
A ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses
jambes fines. Elle verse dans mon assiette ce qu’il me reste à vivre.
De quoi saler l’Océan Pacifique.
Vous mettrez sur ma tombe une bouée de sauvetage.
Parce qu’on ne sait jamais.

(Robert Desnos)

 

 

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« Pour la Beauté » (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018


beaute_fragile

Je mourus pour la Beauté – mais à peine
Etais-je ajustée dans la Tombe
Qu’un Etre mort pour la Vérité, fut couché
Dans une Chambre adjacente –

« Pourquoi tombée? » souffla-t-il
« Pour la Beauté », répondis-je –
« Et moi – pour la Vérité – Elles ne font qu’Un –
Frères nous sommes », dit-Il –

Alors comme des Parents, réunis un Soir,
Nous causâmes de Chambre à Chambre –
Avant que la Mousse n’ait atteint nos lèvres –
Et recouvert – nos noms –

(Emily Dickinson)

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Ame et jeunesse (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Sol Halabi - (11)

Ame et jeunesse

Puisque de l’enfance envolée
Le rêve blanc,
Comme l’oiseau dans la vallée,
Fuit d’un élan ;

Puisque mon auteur adorable
Me fait errer
Sur la terre où rien n’est durable
Que d’espérer ;

A moi jeunesse, abeille blonde
Aux ailes d’or !
Prenez une âme, et par le monde,
Prenons l’essor ;

Avançons, l’une emportant l’autre,
Lumière et fleur,
Vous sur ma foi, moi sur la vôtre,
Vers le bonheur !

Vous êtes, belle enfant, ma robe,
Perles et fil,
Le fin voile où je me dérobe
Dans mon exil.

Comme la mésange s’appuie
Au vert roseau,
Vous êtes le soutien qui plie ;
Je suis l’oiseau !

Bouquets défaits, tête penchée,
Du soir au jour,
Jeunesse ! On vous dirait fâchée
Contre l’amour.

L’amour luit d’orage en orage ;
Il faut souvent
Pour l’aborder bien du courage
Contre le vent !

L’amour c’est Dieu, jeunesse aimée !
Oh ! N’allez pas,
Pour trouver sa trace enflammée,
Chercher en bas :

En bas tout se corrompt, tout tombe,
Roses et miel ;
Les couronnes vont à la tombe,
L’amour au ciel !

Dans peu, bien peu, j’aurai beau faire :
Chemin courant,
Nous prendrons un chemin contraire,
En nous pleurant.

Vous habillerez une autre âme
Qui descendra,
Et toujours l’éternelle flamme
Vous nourrira !

Vous irez où va chanter l’heure,
Volant toujours ;
Vous irez où va l’eau qui pleure,
Où vont les jours ;

Jeunesse ! Vous irez dansante
A qui rira,
Quand la vieillesse pâlissante
M’enfermera !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Sol Halabi

 

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Phantasma (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Dorina Costras 260-7

Phantasma

J’ai rêvé l’archipel parfumé, montagneux,
Perdu dans une mer inconnue et profonde
Où le naufrage nous a jetés tous les deux
Oubliés loin des lois qui régissent le monde.

Sur le sable étendue en l’or de tes cheveux,
Des cheveux qui te font comme une tombe blonde,
Je te ranime au son nouveau de mes aveux
Que ne répéteront ni la plage ni l’onde.

C’est un rêve. Ton âme est un oiseau qui fuit
Vers les horizons clairs de rubis, d’émeraudes,
Et mon âme abattue est un oiseau de nuit.

Pour te soumettre, proie exquise, à mon ennui
Et pour te dompter, blanche, en mes étreintes chaudes,
Tous les pays sont trop habités aujourd’hui.

(Charles Cros)

Illustration: Dorina Costras

 

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Le lierre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Arbreaphotos
Cimetière de Recoleta
    
Le lierre
Dans la Recoleta, Buenos Aires

Mer d’oreilles attentives, que te dit-elle la pierre ?
Tu glisses sur les tombes, tu collectionnes des noms,
tu frissonnes quand le vent de l’été te réveille

pour explorer tes mains et leur ravir les voix
que tu rassembles minutieux, masquant le temps,
veilleur des dialogues et des adieux fiévreux.

Ton rêve solitaire veille sur les tombes
ô origine des langues, ô lierre frémissant
où peu à peu la nuit des morts se réunit —

En vain les jeux de la tempête te réclament ;
les fontaines de lumières et les statues du jour
depuis longtemps t’attendent pour s’offrir dénudées

tandis que toi, reclus, tu habites les stèles.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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