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Poésie

Posts Tagged ‘tombe’

La terre que je tire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
La terre que je tire est moins lourde que mon corps
et je suis lié à elle par les pas que je fais.
Devant moi elle est toujours prête à s’ouvrir
d’une tombe qu’il me faut sauter à chaque instant.

Minute par minute, je réchauffe mon coeur pour vivre.
Dès que j’entends le sang ruisseler sous mes tempes
l’amour se met à battre de mon regard à un autre regard
et de deux vies fait deux fleuves qui se côtoient.

Le soleil en plongée dans les bois
remonte en prenant la couleur de la terre,
tandis que mes yeux regardent le monde
comme des souterrains qui viennent du fond d’une existence.

Ma main tendue est une cime
dont le ciel se détourne avec indifférence
parce qu’elle ne peut se libérer du poids
qui la fait se rabattre sur un front sans chaleur.

Toute vie se passe renvoyée à un autre être
comme les carreaux se renvoient certains reflets
et c’est pour toujours l’obscurité des eaux
dont on ne connaît pas la profondeur.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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(Chanson) (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Andrew Wyeth
    
(Chanson)

Lorsque la lune vient pleurer
Sur les tombes des fleurs fidèles
Mon souvenir vient t’effleurer
Dans un enveloppement d’ailes.

Il se fait tard, tu vas dormir
Les paupières déjà mi-closes…
Dans l’air des nuits on sent frémir
L’agonie ardente des roses —

Sur ton front lourd d’accablement
Tes cheveux font de légers voiles…
Dans le ciel brûle infiniment
La flamme blanche des étoiles

Et la Déesse du Sommeil
De ses mains lentes fait éclore
Des fleurs qui craignent le soleil
Et qui meurent avant l’aurore —

(Renée Vivien)

 

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Une voix de femme glisse comme le vent (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Une voix de femme glisse comme le vent
Des ténèbres de l’humidité, de la nuit,
Et tout ce qu’elle touche dans son vol
Devient soudain autre.
Elle coule, inonde avec l’éclat d’un diamant,
Quelque chose quelque part, s’argente une seconde,
Et sous une cape énigmatique
De soies irréelles elle bruit.
Et quelle force puissante
Tire là-bas cette voix enchantée
Comme s’il n’y avait pas au bout la tombe
Mais l’ascension d’un mystérieux escalier

(Anna Akhmatova)

Anna AKHMATOVA, 19 décembre 1961 à l’Hopital Lénine en entendant à la radio cette oeuvre:

Illustration: Alexandru Darida

 

 

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La Muse est partie sur le chemin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017






La Muse est partie sur le chemin
Étroit, raide, marqué par l’automne,
Et ses jambes hâlées ont été
Aspergées d’une épaisse rosée.

Longtemps je lui ai demandé
D’attendre l’hiver avec moi.
Mais elle a dit: «Ici, c’est une tombe,
Comment peux-tu encore respirer?»

Je voulais lui donner un pigeon,
Le plus blanc de mon pigeonnier,
Mais l’oiseau s’est envolé de lui-même
Sur les traces de ma belle visiteuse.

Je l’ai suivi du regard, sans rien dire,
Je n’aimais vraiment que lui,
L’aurore apparaissait au ciel:
Porte ouverte vers son pays.

(Anna Akhmatova)

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Les sourires qu’on a souris (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Les sourires qu’on a souris
ne sont qu’un unique sourire
entre le berceau et la tombe
on ne le sourit qu’une fois
mais fût-il une fois souri
c’est la fin de toute misère

(William Blake)

Illustration: Marie-Pierre Kuhn

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LE JARDIN D’AMOUR (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
LE JARDIN D’AMOUR

J’allai au Jardin d’Amour
Et j’y vis ce que je n’avais jamais vu ;
Une chapelle était construite au milieu,
Sur l’herbe où j’avais coutume de jouer.

Et les grilles de cette chapelle étaient closes
Et « Tu ne dois pas » était écrit sur la porte.
Alors je me tournai vers le Jardin d’Amour
Qui enfanta tant de douces fleurs.

Et je vis qu’il était couvert de tombes
Et que les pierres funéraires avaient pris la place des fleurs,
Et des prêtres en robes noires faisaient leurs rondes
Et liaient de ronces mes joies et mes désirs.

***

THE GARDEN OF LOVE

I went to the Garden of Love,
And saw what I never had seen:
A Chapel was built in the midst,
Where I used to play on the green.

And the gates of this Chapel were shut,
And ‘Thou shalt not’ writ over the door;
So I turn’d to the Garden of Love
That so many sweet flowers bore;

And I saw it was filled with graves,
And tomb-stones where flowers should be;
And Priests in black gowns were walking their rounds,
And binding with briars my joys & desires.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Je te dis le très vif (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
je te dis le très vif
le terme des étoiles
tout ce que le ciel voit

je te dis la source même
dans le coeur du coeur noir
où tout n’est que visage

pour un diadème de cendres
pour ce bleu de tombe
respirant dans ton regard

je te dis l’abîme et la vie
dans le coeur du coeur noir
je te dis l’unique égarement

sans fin sans mesure
dans le deuil de ton passage
où la lumière nous cherche

jusqu’à l’adoration des adorations
dans le coeur du coeur noir
parcourus du même souffle

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Rime première (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Jean-Louis Aubert
    
rime première
si longtemps recherchée
dans les remous de la moelle

reviens éblouissante
avec le thrène de l’aimée
dans l’enceinte de la flamme

surprendre ta forme tremblée
entre deux doigts
comme la feuille tombée de l’arbre des vies
à l’heure de fermer les yeux

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

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On ne badine pas avec l’amour ! (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: René Julien
    
On ne badine pas avec l’amour !

Tous les hommes sont menteurs,
Inconstants, faux, bavards,
Hypocrites, orgueilleux, lâches,
Méprisables et sensuels.

Toutes les femmes sont perfides,
Artificieuses, vaniteuses,
Curieuses et dépravées.

Le monde n’est qu’un égout sans fond
Où les phoques les plus informes
Rampent et se tordent
Sur des montagnes de fange.

Mais il y a au monde,
Une chose sainte et sublime :
C’est l’union de deux de ces êtres,
Si imparfaits et si laids…

On est souvent trompé en amour,
Souvent blessé
Et souvent malheureux.

Mais au bord de la tombe,
on se retourne
Pour regarder en arrière
Et on se dit :

« J’ai souffert souvent,
Je me suis trompé quelquefois
Mais j’ai aimé.
C’est moi qui ai vécu

Et non un être factice
Créé par mon orgueil et mon ennui. »

(Alfred de Musset)

 

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Vingt ans après (Léa Goldberg)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

Vingt ans après

A
Vingt ans — et comme on dit souvent
«Oui, le monde a bien changé depuis»
Mais ce sentiment n’est pas comme le vin vieux :
Il n’a pas pris de force avec le temps.

Non, crois-moi, ce ne sont pas tes cheveux blancs..
Peut-être est-ce ton regard sans gêne, indifférent,
Où gisent encore les rouleaux cachés de notre vie
Et ce qui, dans le monde, «a bien changé depuis ».

Deux êtres humains, deux parfaits étrangers
De chaque côté d’un abîme de désastres.
Même sur la tombe de nos chers disparus
Nous ne prononcerons plus la même prière.

B
Deux dizaines d’années
Des légions de blanches journées,
Deux dizaines d’années
Devenues un désert dévasté.

Tais-toi, pour l’amour de Dieu!
Comment savoir à qui la faute?
Comme toujours : tu es fautif
Je suis fautive.

Oui entre nous gît le temps,
Les années qui perdent leur sang,
Le cher disparu, le temps,
Que son âme repose…

Et nous, des deux côtés
Comme ennemis après la bataille,
Nos morts sur le champ de bataille
Et pas d’expiation.

(Léa Goldberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. Kaufmann
Editions: Gallimard

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