Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tombe’

Dans ma valise (Kamal Zerdoumi)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration
    
Dans ma valise
la tombe de ma mère
les quartiers de mon enfance
un peu de cette terre
qui apaise mon errance
l’eucalyptus et l’hibiscus
pour exorciser
le marronnier et le platane
et leur tristesse qui damne
Dans ma valise
Les sourires et les voix
de la poignée de vivants
qui comptent pour moi
et figent le temps
la fin du vertige
marier passé et présent
Afrique et Europe
un même continent

(Kamal Zerdoumi)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Devant cet arbre immense et calme (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
Devant cet arbre immense et calme
Tellement sûr de son amour
Devant cet homme qui regarde
Ses mains voltiger tout autour
De sa maison et de sa femme

Devant la mer et ses calèches
Devant le ciel épaule nue
Devant le mur devant l’affiche
Devant cette tombe encor fraîche

Devant tous ceux qui se réveillent
Devant tous ceux qui vont mourir
Devant la porte grande ouverte
A la lumière et à la peur

Devant Dieu et devant les hommes
A chaque vie d’être vécue.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui marche sur la mer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: Josephine Wall 

    

Qui marche sur la mer
Et n’est point bâtiment

Qui vole dans les airs
Et pourtant n’a pas d’ailes

Qui peut changer le monde
Et n’en profite pas

Qui est toujours plus grand
A chaque fois qu’il tombe

Qui fait une fontaine
Enchantée de sa tombe

Qui n’a pas un enfant
Mais des milliers d’enfants

Qui me hante qui est
Ma face de lumière.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dors, mon garçon (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
    
Dors, mon garçon

La rage de la mort, les corps torturés,
La révolution, éventail en mains,
Impuissance du puissant, faim de l’assoiffé,
Doute aux mains de doute et aux pieds de doute ;

La tristesse, qui bouge ses colliers
Pour divertir un peu tant de vieillards ;
Tout cela parmi des tombes comme des astres,
Des luxures comme des lunes ;

La mort, la passion dans les chevelures,
Somnolent aussi minuscules qu’un arbre,
Somnolent aussi petites ou aussi grandes
Qu’un arbre poussé jusqu’à toucher le sol.

Aujourd’hui pourtant il est fatigué aussi.

***

Duerme, muchacho

La rabia de la muerte, los cuerpos torturados,
La revolución, abanico en la mano,
Impotencia del poderoso, hambre del sediento,
Duda con manos de duda y pies de duda;

La tristeza, agitando sus collares
Para alegrar un poco tantos viejos;
Todo unido entre tumbas como estrellas,
Entre lujurias como lunas;

La muerte, la pasión en los cabellos,
Dormitan tan minúsculas como un árbol,
Dormitan tan pequeñas o tan grandes
Cómo un árbol crecido hasta llegar al suelo.

Hoy sin embargo está también cansado.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La peau (Emilien Chesnot)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018



Illustration: Andrew Wyeth
    
la peau

cet endroit du vent
au soir tombé

dans l’herbe
j’ai la couleur au bout des doigts
j’ai le corps de l’été

et sous l’air à peine
l’oeil inoccupe

(Emilien Chesnot)

 

Recueil: Faiblesse d’un seul
Traduction:
Editions: Centrifuges

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Rive ancienne (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




Illustration
    
Rive ancienne

Il a tant plu depuis lors,
Quand les dents n’étaient pas chair, mais jours
Tout petits comme un fleuve ignorant
Appelant ses parents car il sent le sommeil,
Il a tant plu depuis lors,
Que les pas s’oublient déjà dans la tête.

Les uns disent que oui, d’autres disent que non ;
Mais oui et non sont deux petites ailes,
Equilibre d’un ciel au cœur d’un autre ciel,
Comme un amour est au-dedans d’un autre,
Comme l’oubli est au coeur de l’oubli.

Si, furieux, le supplice réclame des fêtes
Parmi les nuits les plus viriles,
Nous ne ferons rien d’autre que poignarder la vie,
Sourire aveuglément à la déroute,
Tandis que les années, mortes comme des morts,
Ouvrent leur tombe d’étoiles éteintes.

***

Vieja ribera

Tanto ha llovido desde entonces,
Entonces, cuando los dientes no eran carne, sino días
Pequeños como un río ignorante
A sus padres llamando porque siente sueño,
Tanto ha llovido desde entonces,
Que ya el paso se olvida en la cabeza.

Unos dicen que sí, otros dicen que no;
Mas sí y no son dos alas pequeñas,
Equilibrio de un cielo dentro de otro cielo,
Como un amor está dentro de otro,
Como el olvido está dentro del olvido.

Si el suplicio con ira pide fiestas
Entre las noches más viriles,
No haremos otra cosa que apuñalar la vida,
Sonreír ciegamente a la derrota,
Mientras los años, muertos como un muerto,
Abren su tumba de estrellas apagadas.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

Koh Sang Woo _Portrait_of_a_Couple_78

Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère,
Unis sur cette couche afin de s’épuiser
— Et la flamme à leur chair ajoutait un baiser
Qui mêlait à cette âme une bouche étrangère.

Vivants tombés du ciel pour payer sur la Terre
Le crime dont la mort cherche à les accuser,
Engloutis dans ce corps qui va les écraser,
Ils n’arrachent au feu que sa part de poussière.

Mais le jour qui se lève ignore qu’ils sont seuls
Et de cet univers dont il fait leurs linceuls
Il suspend sur leurs fronts les charmes et les nombres :

Sur quel astre perdu se sont-ils rassemblés ?
– Beau sang noir de l’Amour, noieras-tu ces décombres
Lorsqu’ils n’ont pas éteint leurs grands feux étoilés ?

(Louis Emié)

Illustration: Koh Sang Woo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Pion (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Le Pion

Devant une partie d’échecs, souvent,
je suis des yeux la progression d’un Pion
qui pas à pas chemine vers l’avant
et touche enfin à la ligne du fond.
Il marche vers son but de si bon coeur
qu’on peut penser que l’attendent là-bas
on ne sait quels plaisirs et récompenses.
En route il doit subir plus d’une épreuve.
Des fous lui jettent leurs lances de biais ;
il est frappé par des tours qui avancent
en ligne droite ; et de vifs cavaliers
à l’intérieur de leurs carrés s’efforcent
de l’amener à tomber par la ruse ;
tandis que çà et là, menace oblique,
un pion se place en travers de sa route,
envoyé là par le camp ennemi.

Mais il échappe aux dangers qui l’assaillent
et touche enfin à la ligne du fond.

Toucher au but, quel triomphe pour lui,
sur cette ligne ultime, et si terrible !

Car c’est ici que le Pion va mourir
et ses efforts n’ont servi à rien d’autre.
C’est pour la reine, qui va nous sauver,
qui grâce à lui va sortir de la tombe,
qu’il descendra dans l’Hadès des échecs.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Adieu ma terre ronde (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Adieu ma terre ronde
adieu mes arbres verts
je m’en vais dans la tombe
dire bonjour aux vers
— tout poète à la ronde
peut saboter un vers
moi j’éteins la calbombe
et m’en vais boire un verre

(Raymond Queneau)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur une berge verte (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Sur une berge verte, une petite tombe :
C’était l’Annonciation. On entonnait un psaume.
Des prêtres souriants, en blanc, mettaient en terre
Une petite fille dans sa robe bleu ciel.

Et tous — secourus par la Volonté Suprême —
A l’ombre du Dieu Souverain rayonnaient,
Et l’encens doucement s’échappait vers le ciel :
Mais on eût dit qu’il montait depuis la terre verte.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »