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Il n’est pas un instant (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017



Il n’est pas un instant où près de toi couchée
Dans la tombe ouverte d’un lit,
Je n’évoque le jour où ton âme arrachée
Livrera ton corps à l’oubli. (…)

Quand ma main sur ton cœur pieusement écoute
S’apaiser le feu du combat,
Et que ton sang reprend paisiblement sa route,
Et que tu respires plus bas,

Quand, lassés de l’immense et mouvante folie
Qui rend les esprits dévorants,
Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie
Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu’il serait juste, propice et tendre
D’expirer dans ce calme instant
Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre
Que la paix de son cœur content.

Ainsi l’on nous mettrait ensemble dans la terre,
Où, seule, j’eus si peur d’aller ;
La tombe me serait un moins sombre mystère
Que vivre seule et t’appeler.

Et je me réjouirais d’être un repas funèbre
Et d’héberger la mort qui se nourrit de nous,
Si je sentais encor, dans ce lit de ténèbres,
L’emmêlement de nos genoux …

(Anna de Noailles)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

 

 

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Le néant n’est que moi-même (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

Gao Xingjian _Pensee_Noire 6 [1280x768]

le néant n’est que moi-même
l’univers n’est que ma tombe
le soleil n’est que la mort

mes yeux sont l’aveugle foudre
mon cœur est le ciel
où l’orage éclate

en moi-même
au fond d’un abîme
l’immense univers est la mort

(Georges Bataille)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Dernier voeu (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



Dernier voeu

Voilà longtemps que je vous aime
– L’aveu remonte à dix-huit ans ! –
Vous êtes rose, je suis blême;
J’ai les hivers, vous les printemps.
Des lilas blancs de cimetière
Près de mes tempes ont fleuri;
J’aurai bientôt la touffe entière
Pour ombrager mon front flétri.
Mon soleil pâli qui décline
Va disparaître à l’horizon,
Et sur la funèbre colline
Je vois ma dernière maison.
Oh ! que de votre lèvre il tombe
Sur ma lèvre un tardif baiser,
Pour que je puisse dans ma tombe,
Le cœur tranquille, reposer !

(Théophile Gautier)

Illustration: Edmond François Aman-Jean

 

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LES VILLES DEVIENNENT DES JOYAUX (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration
    
LES VILLES DEVIENNENT DES JOYAUX

Les villes deviennent des joyaux
à sept heures, le soleil couché,
perlées de lampadaires,
les galeries s’éclairent à plaisir…

Haute, haute, haute
est la fine musique de la nuit sur elles !

Oh, pourquoi ne sont-elles
ce que nous avons cru qu’elles étaient,

des gemmes incorruptibles,
de vrais diamants tombés dans l’eau ?

***

TOWNS BECOME JEWELS

Towns become jewels
at seven, after sunset,
pearled with lamps,
the arcades lit for pleasure…

High, high, high
is the night’s thin music above them!
Oh, why are they not
as once we believed they were,
incorruptible gems,

true diamonds dropped in water?

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Encore un jour (Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Encore un jour qui tombe
Encore un jour tombé
Ils tombent dans ma tombe
Depuis que je suis né.

(Maeterlinck)

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Chanson de l’étranger (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Chanson de l’étranger

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.

A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps?

Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer,
devenue l’eau glacée des tombes.

Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.

Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leonor Fini

 

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Je regarde rêveusement (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Je regarde rêveusement
la plaine où les gens travaillent
je regarde rêveusement
la tombe de mon grand-père
mort après une vie de travail

je sors la main de ma poche

(Ko Un)

 

 

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Berceuse (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver
    

Berceuse

Pose ta tête endormie, mon amour
Humaine sur mon bras infidèle ;
Le temps et les fièvres consument
La part de beauté
Des enfants pensifs et la tombe
Prouve que l’enfant est éphémère ;
Mais que dans mes bras jusqu’au point du jour
Repose cet être vivant,
Mortel, coupable, mais pour moi
Beauté absolue.

L’âme et le corps n’ont point de bornes ;
Aux amants étendus
Dans leur pâmoison coutumière
Sur la pente enchantée de son indulgence
Vénus gravement apporte la vision
D’une compassion surnaturelle,
Un amour, un espoir universels ;
Tandis qu’une intuition abstraite
Eveille parmi les glaciers et les rocs
L’extase sensuelle de l’ermite.

Certitude, fidélité
Sur le coup de minuit passent
Comme les vibrations d’une cloche,
Et les fous à la mode poussent
Leurs cris ennuyeux de pédants ;
Chaque centime de la dépense,
Tout de que prédisent les cartes redoutées
Sera payé, mais de cette nuit
Que pas un murmure, pas une pensée
Pas un baiser ni un regard ne soient perdus.

Tout meurt, la beauté, la vision, minuit :
Que les vents de l’aube qui demeurent
Soufflent sur ta tête rêveuse
Annonçant un jour d’une telle douceur
Que les yeux et le cœur qui cogne puissent louer
Ce monde mortel et s’en satisfaire ;
Que les midis de sècheresse te voient nourri
Par les puissances irréfléchies,
Que les nuits d’insulte te laissent vivre
Sous la garde de tout amour humain.

***

Lullaby

Lay your sleeping head, my love,
Human on my faithless arm;
Time and fevers burn away
Individual beauty from
Thoughtful children, and the grave
Proves the child ephemeral:
But in my arms till break of day
Let the living creature lie,
Mortal, guilty, but to me
The entirely beautiful.

Soul and body have no bounds:
To lovers as they lie upon
Her tolerant enchanted slope
In their ordinary swoon,
Grave the vision Venus sends
Of supernatural sympathy,
Universal love and hope;
While an abstract insight wakes
Among the glaciers and the rocks
The hermit’s carnal ecstasy.

Certainty, fidelity
On the stroke of midnight pass
Like vibrations of a bell,
And fashionable madmen raise
Their pedantic boring cry:
Every farthing of the cost,
All the dreaded cards foretell,
Shall be paid, but from this night
Not a whisper, not a thought,
Not a kiss nor look be lost.

Beauty, midnight, vision dies:
Let the winds of dawn that blow
Softly round your dreaming head
Such a day of welcome show
Eye and knocking heart may bless,
Find the mortal world enough;
Noons of dryness find you fed
By the involuntary powers,
Nights of insult let you pass
Watched by every human love.

(Wystan Hugh Auden)

 

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Ceci est sa tombe (Hendrik Marsman)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017




    
Ceci est sa tombe, sous les jeunes tilleuls
disparus ses mains et ses doux yeux.
comment croire que ceux qui l’aimèrent
pourront un jour la retrouver et la reconnaître?

(Hendrik Marsman)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Saskia Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Sens dessus dessous (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Emil Nolde
    
Sens dessus dessous

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Pour deux sous de fleurs
Pour dessus de lit
On se prend le cœur
Quand le cœur nous dit
Qu’on se couche ici
Qu’on se couche ailleurs
Tu es plus jolie
Sans papier à fleurs
Qu’on se touche ici
Qu’on se touche ailleurs
De la bouche au lit
On se sait par cœur

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Si tu étais fleur
Au jardin l’été
Je serais flâneur
Banc ou jardinier
Si tu étais sœur
Au cloître inconsolée

Je serais le Seigneur
Son fils ou un abbé
Si tu étais guillotine
À la Santé
Je prierais ces messieurs
De bien me condamner

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Et que vienne l’heure
De nous séparer
On se donne une heure
Tout est pardonné
Et que vienne l’heure
Pour moi de pleurer
Si je pleure pour toi
Je serai satisfait
Et que vienne l’heure
De ta tombe fleurie
À la première fleur
Je choisis de mourir

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

(Maurice Fanon)

 

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