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Poésie

Posts Tagged ‘tombeau’

La gerbe (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Jean François Millet
    
La gerbe

Je ressemble au bouleau humide sous la pluie,
Au frêne desséché que drape au bord de l’eau
Le salissant brouillard de ses voiles de suie;
Mon âme a la couleur verte d’un vieux tombeau.

Je suis le naufragé cramponné au radeau
Que la vague, linceul, de ses longs pans essuie;
Mon coeur que le labeur trop lourd de vivre ennuie,
Comme un galérien courbé sous un fardeau,

Succombe et se révolte en la fadeur des choses.
Et me voici, fantôme assis sur un tombeau,
Groupant entre mes doigts, dernier bouquet de roses,

La gerbe de mes désirs morts. – O noirs corbeaux,
Parmi le ciel flétri promenant vos ténèbres,
Autour de ma pensée, errez, troupes funèbres!

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson du fuseau (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

Illustration: Gustave Courbet

La chanson du fuseau

La vitre est d’or parmi la brume;
Auprès de l’âtre qui l’enfume,
Assise sur son escabeau
Et dans l’art des chansons savantes,
File la vieille servante.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

“N’avais-je pas, amant champêtre,
Gravé à l’écorce d’un hêtre
Le nom de Lise? – O noir tombeau,
A cette heure sois mon asile
Puisque d’elle le sort m’exile!”
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

La voix du passé qui radote
S’embrouille incertaine et falote,
Car la lessive est au cuveau
D’où tombent des gouttes tenaces,
Récit dolent que rien ne lasse.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Dans le brouillard rouge qui flotte,
La voix intimement chuchotte
Un fantastique fabliau,
Des landiers d’où le feu s’élance,
De l’horloge et de la crédence.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Frôlements doux d’ailes plaintives,
Des voix palpitent aux solives:
Chants d’amour, rythmes de berceau,
Sanglots près des lits mortuaires,
Baisers qui ferment des paupières.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Mais, lointaines musiciennes,
Se fanent “les voix anciennes”.
(Le temps fuit comme un passereau!)
Dans un bourdonnement de ruche
S’effondre la dernière bûche.
– Tourne encor, tourne mon fuseau! –

A côté de la cendre éteinte,
Plus vague la lessive tinte;
La lune blémit au carreau
Et près du foyer, sans lumière
Dort la spectrale filandière,
Dort en oubliant son fuseau.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les Baux (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos

    
Les Baux

J’aime les vieux manoirs, ruines féodales
Qui des rocs escarpés dominent les dédales ;
J’aime du haut des tours de leur sombre prison
A voir se dérouler un immense horizon :

J’aime, de leur chapelle en parcourant les dalles,
A lire les ci-gît couronnés de blason.
Et qui gardent encore la trace des sandales
Des pèlerins lointains venus en oraison.

Parmi ces noirs châteaux, gigantesques décombres
Dont les murs crénelés jettent au loin leurs ombres,
Aux champs de la Provence est le donjon des Baux :

Là, chaque nuit encore, enlacés par les Fées,
Dans une salle d’armes aux gothiques trophées,
Dansent les chevaliers sortis de leurs tombeaux.

(Louise Colet)

 

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DÉCLIN (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration
    
DÉCLIN

Par delà l’étang pâle
Les oiseaux sauvages ont fui.
Le soir un vent glacé souffle de nos étoiles.

Sur nos tombeaux se penche
Le front brisé de la nuit.
Une barque d’argent nous berce sous les chênes.

Sans trêve tintent les murs blancs de la cité.
Sous les arceaux d’épines, ô mon frère,
Nous grimpons aiguilles aveugles vers minuit.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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BELLE MAIN (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



BELLE MAIN

Ce soleil qui gémit dans mon passé
N’a pas franchi le seuil
De ma main de tes mains campagne
Où renaissaient toujours
L’herbe les fleurs des promenades
Les yeux toutes leurs heures
On s’est promis des paradis et des tempêtes
Notre image a gardé nos songes

Ce soleil qui supporte la jeunesse ancienne
Ne vieillit pas il est intolérable
Il me masque l’azur profond comme un tombeau
Qu’il me faut inventer
Passionnément
Avec des mots.

(Paul Eluard)

 

 

 

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TEXTES POUR UNE FIGURE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



lumieres 

TEXTES POUR UNE FIGURE

OÙ ES-TU ?

Où es-tu ma voix lointaine
Toi qui parles comme mon âme

Enfouie sous le jour et les rumeurs
Sous l’or et les saisons

Sous les plaintes de la rue
Et le ferment des villes

Dans mon tombeau de soucis
Et de rire blond

Entre quelle nudité dois-je murer mon corps
Pour que vienne la voix
Qui parle comme mon âme ?

(Andrée Chedid)

 

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Si ton visage (Coplas Poèmes Andalous)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2017




    
Si ton visage était une église,
si ta chambre était un autel,
et ton lit un tombeau,
j’irais m’y enterrer vivant.

(Coplas Poèmes Andalous)

 

Recueil: Coplas Poèmes de l’amour andalou
Traduction: Guy Lévis Mano
Editions: Allia

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La chanson d’Ophélie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: John Everett Millais
    
La chanson d’Ophélie

Elle chante Ophélie, en tressant des couronnes
De ces petites fleurs que les champs verts nous donnent
Tout parfum, toute fraîcheur, en leur simplicité
Et le soleil sourit à sa jeune beauté.
Elle chante, inconsciente en sa douce folie,
L’âme ne sourit plus dans les yeux d’Ophélie

Elle chante, inconsciente, une étrange chanson
Son léger pas paraît la fuite d’un rayon
Tandis que le printemps autour d’elle rayonne
Elle chante en tressant sa dernière couronne

Et la blonde Ophélie errante au bord de l’eau
Ne sait pas que son pied effleure son tombeau

Près d’un fleuve, se penche en pleurant un vieux saule.
Comme un petit enfant qui monte sur l’épaule
De son aïeul souriant, ne craignant nul danger,
Elle monte sur l’arbre — un corps souple et léger.

Capricieuse elle veut, sur la branche ployante,
Suspendre sa couronne humble mais odorante
Et toujours en chantant sur les rameaux pleureurs
Elle monte, elle veut y suspendre ses fleurs

Mais un rameau se brise… Hélas la vierge tombe
L’eau souriante devient en un instant sa tombe

Mais ses blancs vêtements la soutiennent encor
Comme le cygne après son dernier essor
A l’heure de sa mort chante son chant suprême,
Avant de disparaître, Ophélie de même
Flottante encore sur l’eau, chante son dernier chant.

Et nul ne voit sa mort sauf le saule penchant
Hélas ! Bientôt finit cette chanson étrange,
En un long dernier râle étouffé sous la fange.

Puissé-je ainsi mourir, les mains pleines de fleurs
En chantant jusqu’au bout, sans larmes, sans terreur
Chantant jusqu’à ma mort, entraînée quand même
Par le fleuve inconnu, mystérieux et suprême
Par le fleuve funèbre où va l’homme banni
Par le fleuve profond qui mène à l’infini.

(Renée Vivien)

 

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A mon Avril (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Jeanie Tomanek  
    
A mon Avril

Répands sur mon front d’insomnie
Tes cheveux d’aurore et de joie,
O toi, ma tendresse infinie,
Avril, mon printemps, mon amour !

Quoi de plus tendre et de plus beau
Que de voir, miracle suprême !
Des roses naître du tombeau !
Cela s’est fait, puisque je t’aime.

Dans mon âme, où l’angoisse est morte,
Le souvenir est effacé…
Donne-moi tes lèvres ! qu’importe
La douleur que fut le passé !

L’oubli me sourit dans tes yeux
Et je dis à la vie en larmes
Un grand hommage silencieux
Car elle a de suprêmes charmes.

Car j’ai, dans ma pauvre existence,
Parmi les jours où j’ai pleuré,
Quelque chose de doux, d’immense,
De lumineux et de sacré !

C’est pour cela que je bénis
Non seulement toi, ma très blonde,
Mais aussi les temps infinis,
L’espace et les cieux et le monde !

J’ai compris quelle aube suprême
Se lève sur le grand néant,
Et qu’on espère, et que l’on aime
Et que l’on meurt en souriant !

(Renée Vivien)

 

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GRAMMAIRE DES ÉTOILES (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Kristina Mindszenti
    
GRAMMAIRE DES ÉTOILES

un livre des haltes
pour recueillir
le ciel épuisé

une boîte crânienne
où le désespoir
n’existerait pas

tombeau de vie
pour mourir aux choses

chambre sans fin
de l’arc-en-ciel

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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