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Poésie

Posts Tagged ‘tombeau’

J’ai le souvenir pâle (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration 
    

À Maryam, Ibrahim, Karim et Keegan

J’ai le souvenir pâle comme l’oued
d’une cigogne sur un minaret
à côté d’un petit jardin
où circule un filet d’eau pure

Un enfant court après un chat
Le trèfle pousse entre les pierres
La lumière lentement décline
Un saint dort dans son tombeau

Dans mon souvenir pâle comme l’oued
les cigognes claquettent au couchant
et frôlent de leurs ailes noires
les remparts sur la colline

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA DAME A LA LICORNE (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



LA DAME A LA LICORNE

Au clair de lune de son visage, la bête et l’épousée entrouvrent
des brocards de larmes et d’un autre sel.
Prisonnière des fleurs sans paupières,
les soies lui ouvrent l’azur et l’offrent au triple croissant.
Son repère est de fleurs ennemies, son ciel de terre élue et possédée d’oiseaux.
Les échos tiennent assemblée et l’arbre de science a des frères.
Stature de glacier ! Les joyaux torrentiels ont ses mains pour source
et sa forme humaine lui donne leur tombeau.
Au centre, je me change en écriture pour son auréole, à mon seul désir.

(Olivier Larronde)

 

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Il est trop tard (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



    

Il est trop tard

C’est comme si vous parliez près de mon tombeau
et que votre ombre marque
d’une blancheur si blanche qu’elle la rendrait noire
la blancheur de la dalle.

Il est trop tard.

Je sais que cette pierre veilleuse
est déjà mon amie
plus que vous mon amour.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Dans le soir de soleil (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Alfred Stevens
    
Dans le soir de soleil
la veuve baigne son corps,
et l’eau est un pauvre mari
tiède et discrète sur ses cuisses.

Eau transparente où je me vois,
et mon joyau est sous la terre,
le bruit du vent qui m’ensorcelle,
filtre du pin sous quoi il gît.

Que reste-t-il sur les tombeaux
de la chaleur qui m’enfermait ?
je dors dans un froid plus profond
que celui d’au delà des pierres.

Je veux partager les racines
qui forment ombre à tes cheveux,
et renoncer à l’air terrible
qui me prive de tes baisers.

Au caillou des visages
il est encore des étincelles,
ô mes yeux noirs partis du jour,
personne, hélas, ne vous rappelle.

Et mon amant, malgré mes pleurs,
viendra bientôt fendre mon corps,
menuisier aux gestes précis,
et le plaisir grandira ma plaie.

Qu’est mon sang de haut parfum,
et ma voix rosée du printemps,
à ce bouvier qui prendrait sa joie
de l’étreinte d’un faisceau d’orties ?

J’ai perdu le nom de l’amour
en perdant ma neige torride,
tout s’attiédit à mon entour
comme cette eau, bracelet livide.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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AUX PALES ACCENTS DE L’AUBE (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
AUX PALES ACCENTS DE L’AUBE

Dans la pleine liberté de la mort
quand le sang se refuse à être partagé
dans la noirceur de l’herbe qui s’endort
quand la terre apparaît tout au fond de la plaie

sous le soleil et sous la lune
quand le monde sans fin appelle un autre monde
dans le vent dur des arbres sur la dune
quand la mer est comme un attelage qui s’effondre

dans le ciel trouvé au fond du tombeau
quand la vie sourit aux feuilles qui tombent
dans la nuit qui joue qui rit dans les cendres
quand le vent n’est plus qu’un vol de l’oiseau

écoute je viens.

(Jean Cayrol)

 

Recueil: Poèmes de la nuit et du brouillard
Traduction:
Editions: Seuil

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TOMBEAU DU NÉANT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Alexandre Folliot
    
TOMBEAU DU NÉANT

Ci-gît la vie,
ci-gît le rire,
ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
tout ce qui dansait au son de la résine ;
ci-gît un homme qui n’eut que le tort d’exister,
ci-gît un enfant qui crut saisir un peu d’espace.

Mort l’arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d’avoir voulu se reposer ;
et l’arbre s’est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s’est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

« Désolées », disent les roches, et les voilà qui se réduisent en amadou ;
« Peinées », disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.
Où est celui qui s’obstinait à devenir lui-même ? on l’a tué ;
où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l’on parle
pourquoi l’on pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n’ose en discuter.
Ci-gît, pourquoi le dire ? quelqu’un sur qui déjà galope la bourrasque;
ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu’on l’appelle mort ;

ci-gît…
qui donc encore comprend l’épitaphe ?
qui donc encore conçoit le deuil ?
qui donc encore s’émeut de voir
les gens tomber, les choses disparaître ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER

Je ne pleurerai pas de te voir me quitter
Il n’est rien d’aimable ici-bas,
Et doublement m’affligera ce sombre monde
Tant que ton coeur y pâtira.

Je ne pleurerai pas : la splendeur de l’été
Nécessairement s’enténèbre;
L’histoire la plus heureuse, quand on la suit,
Se termine avec le tombeau!

Et je suis excédée de l’angoisse qu’apporte
Le long cortège des hivers,
Outrée de voir l’esprit languir au long des ans
Dans le plus morne désespoir.

Si donc un pleur m’échappe à l’heure de ta mort,
Sache-le, il ne marquera
Qu’un soupir de mon âme impatiente de fuir
Et d’être en repos avec toi.

***

I’LL NOT WEEP THAT THOU ART GOING TO LEAVE ME

I’ll not weep that thou art going to leave me,
There’s nothing lovely here;
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there.

I’ll not weep, because the summers’ glory
Must always end in gloom;
And, follow out the happiest story—
It closes with the tomb!

And I am weary of the anguish
Increasing winters bear;
I’m sick to see the spirit languish
Through years of dead despair.

So, if a tear, when thou art dying,
Should haply fall from me,
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Les Cydalises (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




Les Cydalises

Où sont nos amoureuses ?
Elles sont au tombeau !
Elles sont plus heureuses
Dans un séjour plus beau.
Elles sont près des anges
Dans le fond du ciel bleu,
Et chantent les louanges
De la mère de Dieu.
O pâle fiancée !
O jeune vierge en fleur !
Amante délaissée
Que flétrit la douleur !…
L’Eternité profonde
Souriait dans vos yeux :
Flambeaux éteints du monde,
Rallumez-vous aux cieux !

(Gérard de Nerval)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

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Image (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




Illustration: Zinaïda Serebriakova
    

Image

Le père distribue la soupe à la tribu rongée d’amour
La mère signe le pain d’une croix salvatrice
où les enfants broiront l’ardeur de leurs baisers
le foin de leurs pensées s’incendie d’avenir.

Dans la tiédeur des mets languissent de belles lèvres
et le vin sent le sang, le sang frère et caché
le sang si doux dans la chair de verre :
« Que les enfants ont soif ! que les enfants ont faim ! »

Tous les désirs vivants semblent dormir ici
chiens muselés gardés la laisse au poing
et tous les tièdes yeux regardent dans la nuit
l’essaim des mouches blanches farder la terre.

C’est le silence et l’harmonie des coeurs
le père songe à la vache qui vèle
la mère songe au froid de cette neige
sur le froid du tombeau de l’enfant mort.

Jean-Paul songe à des chairs sans ombre
aux seins de la servante entrevus dans la grange
et Jeanne songe au berger de la sente :
ah ! neige née sur le feu de mon sang.

Les parents rient, des liserons de neige regardent la famille,
un Christ de poussière se meurt sur le mur
un Dieu laid comme un homme montre son coeur à nu,
l’horloge bat, ô mon coeur ! ô mon coeur ! si lente…

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Rretouche à une histoire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017




    
retouche à une histoire

du puits bordé de mots
fais à ta mort
un tombeau

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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