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Poésie

Posts Tagged ‘tomber’

Allégeance (René Char)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Allégeance

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima ?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards.
L’espace qu’il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l’espoir et léger, l’éconduit.
Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s’inscrit son essor,
Ma liberté la creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et
L’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?

(René Char)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Leonid Afremov

 

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ON NE SAIT JAMAIS (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



ON NE SAIT JAMAIS

Clément saluait les arbres. On ne sait jamais.
Clément baisait les statues. On ne sait jamais.
Clément souriait aux oiseaux, respectait les insectes. On ne sait jamais.
Clément était parfait, et même avec les hommes.
Pas de chance, vraiment: un chêne cent fois salué lui tomba sur l’épaule un beau soir.
En somme, Clément avait raison : on ne sait jamais.

(Norge)


Illustration

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Nous jouons aux osselets (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018


A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laisser tomber par terre.

(Fernando Pessoa)

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Furieusement (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration
    
Furieusement
Vire
Sur un reflet
Tombe
En ligne droite
Blancheur
Affilée
Monte
Le bec sanglant déjà
Sel épars
A peine ligne
Quand tombe
Droit
Ton regard
Sur cette page
Dissoute

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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On peut rire (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Illustration: Raphaelle Zecchiero
    
on peut rire au bord
de ce qui nous manque
aimer l’heure creuse

caresser la porte
qui donne sur rien
la vie est si lente

pas de détriment
pas de réticences
mais la gourmandise

à quoi bon le doute
l’air toujours nouveau
pousse la fenêtre

la peau qui désire
fait tomber déjà
toutes les ceintures

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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L’enfant et le tilleul (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

Amy Katherine Browning  LimeTreeShade [1280x768]

L’enfant et le tilleul

Cette petite enfant croyait
– Quand elle chantait toute seule
Dans le fond du jardin –
Que personne ne l’écoutait.
Mais elle oubliait le tilleul
A qui le vent prêtait
La longue flûte verte,
Le tilleul qui se croyait seul
Lui aussi au cœur de l’été.
Et les étoiles, sur le bord
Bleu du ciel, se penchaient si fort
Pour mieux les écouter
Qu’on les voyait tomber
Toutes luisantes par milliers

(Maurice Carême)

Illustration: Amy Katherine Browning

 

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En passant d’une langue à une autre (Akira Mizubayashi)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
En passant d’une langue à une autre, certains interdits tombent :
un espace de liberté s’ouvre subitement.

(Akira Mizubayashi)

 

Recueil: Une langue venue d’ailleurs
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’aile de l’orfraie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2018




    
L’aile de l’orfraie, frôlant
Le feuillage, fait tomber
L’ultime goutte de pluie
Sur l’étang, miroir brisé…

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Donnez à chaque instant (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




    
Mon Dieu, source sans fond de la douceur humaine,
Je laisse en m’endormant couler mon cœur en Vous
Comme un vase tombé dans l’eau de la fontaine
Et que Vous remplissez de Vous-même sans nous.

En Vous demain matin je reviendrai le prendre
Plein de l’amour qu’il faut pour la journée. Ô Dieu,
Il n’en tient guère, hélas ! Vous avez beau répandre
Vos flots en lui, jamais il n’en garde qu’un peu.

Mais renouvelez-moi sans fin ce peu d’eau vive,
Donnez-le-moi dès l’aube, au pied du jour ardu
Et redonnez-le-moi lorsque le soir arrive,
Avant le soir, Seigneur, car je l’aurai perdu.

Ô Vous de qui le jour reçoit le jour sans trêve,
Par qui l’herbe qui pousse est poussée en la nuit,
Qui sans cesse ajoutez à l’arbre qui s’élève
L’invisible hauteur qui dans l’air le conduit,

Donnez à mon cœur faible et de pauvres limites,
Mon cœur à si grand’peine aimant et fraternel,
Dieu patient des œuvres lentes et petites,
Donnez à chaque instant mon amour éternel.
Ainsi soit-il.

(Marie Noël)

 

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Ici (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



    
Croix au bord de l’abîme.
C’est ici qu’un malheur arriva. Priez !
C’est ici qu’une âme est tombée de Ciel en Enfer.
C’est ici qu’elle s’est débattue à mort sur une sente vertigineuse où personne ne passait.
(…)
C’est ici que la Bête enchaînée en elle a rompu ses liens et hurlé.
(…)
C’est ici qu’aucun homme ne l’a aidée,
C’est ici que les anges l’ont abandonnée,
C’est ici que Dieu a détourné la tête.

Ici, ce malheur arriva. Priez !

(Marie Noël)

 

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