Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tomber’

SCÈNE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Rolf Armstrong
    
SCÈNE

« Où étais-tu ?
— Chez la marchande de fleurs. J’ai acheté des iris très beaux. Les voici, je te les apporte.
— Pendant si longtemps tu as acheté quatre fleurs ?
— La marchande m’a retenue.

— Tu as les joues pâles et les yeux brillants.
— C’est la fatigue de la route.
— Tes cheveux sont mouillés et mêlés.
— C’est la chaleur et c’est le vent qui m’ont toute décoiffée.

— On a dénoué ta ceinture. J’avais fait le noeud moi-même, plus lâche que celui-ci.
— Si lâche qu’elle s’est défaite; un esclave qui passait me l’a renouée.

— Il y a une trace à ta robe.
— C’est l’eau des fleurs qui est tombée.
— Mnasidika, ma petite âme, tes iris sont les plus beaux qu’il y ait dans tout Mytilène.
—Je le sais bien, je le sais bien. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard
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L’AMOUR (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
L’AMOUR

Hélas ! si je pense à elle, ma gorge se dessèche, ma tête retombe,
mes seins durcissent et me font mal, je frissonne et je pleure en marchant.

Si je la vois, mon coeur s’arrête, mes mains tremblent, mes pieds se glacent,
une rougeur de feu monte à mes joues, mes tempes battent douloureusement.

Si je la touche, je deviens folle, mes bras se raidissent, mes genoux défaillent.
Je tombe devant elle, et je me couche comme une femme qui va mourir .

De tout ce qu’elle me dit je me sens blessée.
Son amour est une torture et les passants entendent mes plaintes…
Hélas ! Comment puis-je l’appeler Bien-Aimée ?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous mourrons lentement (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Gustav Klimt  
    
— Nous mourrons lentement. Je meurs dès aujourd’hui.
Mon regard éperdu va perdre sa lumière,
Ma voix d’enfant, ma voix pâlira la première,
Mon rire, mon sourire et l’amour avec lui.

Dis ! quel amour futur, simple frère du nôtre,
Goûtera la fraîcheur de tout ce qui nous plut ?
Qui sentira brûlants, quand nous ne serons plus,
Les vers qu’entre nos bras nous fîmes l’un pour l’autre ?

Périr ! Et le savoir ! N’attendre que l’effroi !
Regarde s’étoiler mes jeunes doigts funèbres.
Je touche en me haussant les ailes des ténèbres.
Par quel matin d’hiver crierai-je que j’ai froid ?

Aurore qui grandit, crépuscule qui tombe,
Sur mon être au linceul, déjà presque enterré,
Les orgues rugiront du ciel : Dies Irae!
Et les fleurs de mon lit me suivront sur la tombe.

Non ! Pas encor ! Ce soir nous exalte en sursaut !
Ferme sur toute moi, sur moi, ton bras qui tremble!
Nos deux corps, nos deux cœurs, nos deux bouches ensemble!
Ah! je vis !… Tout est chaud ! Tout est chaud ! Tout est chaud !

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sans se parler (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Sans se parler, deux coeurs s’aiment secrètement.
Elle coud sous la lampe; sous la lune, il s’achemine.
Arrivé devant le perron, il sait qu’elle n’est pas encore couchée.
Dans la nuit profonde, on entend le bruit des ciseaux qui tombent…

(Anonyme)

 

 

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Les fleurs de prunier (Ki no Tsurayuki)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



 

snow plum

Les fleurs de prunier
Ne sont pas encore tombées
Mais au fond de l’eau qui court
On voit leur image
Qui se reflète.

(Ki no Tsurayuki)

Illustration

 

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Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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COMPARAISONS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 


Ettore Aldo Del Vigo  1

 

COMPARAISONS

Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.

Le corps, le vêtement, le fruit.

Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.

Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.

Sans cloche et sans réveil.

Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.

Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

Ils recherchent nos yeux messagers.

Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

Au-dessus de lui un ciel désertique.

Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande

Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.

(Georges Themelis)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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LA FEUILLE SUR L’EAU (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Nicolaï Astrup
    
LA FEUILLE SUR L’EAU
Ouan-Tsi

Le vent a décroché une feuille de saule ;
elle est tombée légèrement dans le lac et s’est éloignée, balancée par les vagues.

Le temps a effacé de mon cœur un souvenir, un souvenir qui s’est lentement effacé.
Étendu au bord de l’eau, je regarde tristement la feuille de saule qui voyage loin de l’arbre penché.

Car depuis que j’ai oublié celle que j’aimais, je rêve tout le jour, tristement étendu au bord de l’eau.
Et mes yeux suivent toujours la feuille de saule, et maintenant elle est revenue sous l’arbre,
et je pense que dans mon cœur le souvenir ne s’est jamais effacé.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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O pluie de printemps (Anonyme VIIIème siècle)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

fleur de cerisier

O pluie de printemps
Ne tombe pas si fort;
Les fleurs de cerisier,
Je ne les ai pas vues encore
Si tu les faisais tomber, quel regret!

(Anonyme VIIIème siècle)

 

 

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Dans le fracas des cascades (Anonyme VIIIème siècle)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



HPIM0411.JPG

 

A Mi Yoshino
Dans le fracas des cascades
Tombent les vagues blanches
Ah qu’à mon aimée
demeurée à la maison
montrer voudrais ces blanches vagues!

(Anonyme VIIIème siècle)

Illustration: Virginie Trabaud

 

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