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Poésie

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Quand on a une fois mis le pied de l’autre côté (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Patrick Marquès
    
Quand on a une fois mis le pied de l’autre côté
et qu’on peut néanmoins revenir,
оп ne foulera jamais plus le sol comme avant
et peu à peu on ira foulant de ce côté l’autre côté.

C’est l’apprentissage
qui se convertit en l’appris,
le plein apprentissage
qui ne se résigne plus ensuite
à ce que tout le reste,
surtout l’amour,
ne fasse pas de même.

L’autre côté est la contagion la plus grande.
Les yeux même changent de couleur
et prennent le ton transparent des fables.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Chef chef et derechef (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chef chef et derechef
1
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Vive un poulet cuit à la broche
Le boeuf bouilli, l’huître de roche
Vive le sel vive le pain
Surtout vive le vin.
Mon père était chef de cuisine
Il m’apprit l’art de bien manger
Le pain est fait avec de la farine
Le vin est fait avec de bons raisins
Il m’apprit l’art de bien manger
Et de vivre en buvant du vin.

2
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Vive un express à cent à l’heure
Vive la gare qui demeure
Vive le rail et le charbon
Et puis vive les ponts.
Mon mari est un chef de gare
Il m’apprit l’art de bien aimer
Aux cris des trains qui filent dare-dare
L’amour s’enfuit aussi vite qu’un train
Il m’apprit l’art de bien aimer
D’aimer toujours, d’aimer sans frein.

3
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Vive un piano noir et sonore
Vivent les dents dont il s’honore
Vive sa queue évidemment
Et tous les instruments.
Mon amant est un chef d’orchestre
Il m’apprit l’art de mesurer
Le doux plaisir des voluptés terrestres
Ah! qu’il est doux de bien jouer dans le ton
Ré mi fa sol la si do ré
Vive mon chef et son bâton.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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TABLEAU DE SAINTETÉ (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Mary Cassatt
    
TABLEAU DE SAINTETÉ

La mère et l’enfant, éternel objet
De tout philosophe et de tout artiste!
Chasser ta pensée ou féroce ou triste,
Sans la mère et sans l’enfant, qui le fait?

Un chapeau trop grand, un verre de lait,
C’est l’enfant content. Et la mère insiste
Pour le faire boire. Oh! la grâce existe
Au milieu du crime, au milieu du laid.

Le ton rouge et frais des mignonnes lèvres
Nous font oublier nos malsaines fièvres.
Oh! les petits mots qu’on ne comprend pas.

La mère, charmante, hésite à sourire,
Elle sait l’amour qu’on ne peut pas dire
Tenant doucement son fils dans ses bras.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHANSON DES PEINTRES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Patrice Murciano
    
CHANSON DES PEINTRES

Laques aux teintes de groseilles
Avec vous on fait des merveilles,
On fait des lèvres sans pareilles.

Ocres jaunes, rouges et bruns
Vous avez comme les parfums
Et les tons des pays défunts.

Toi, blanc de céruse moderne
Sur la toile tu luis, lanterne
Chassant la nuit et l’ennui terne.

Outremers, Cobalts, Vermillons,
Cadmium qui vaux des millions,
De vous nous nous émerveillons.

Et l’on met tout ça sur des toiles
Et l’on peint des femmes sans voiles
Et le soleil et les étoiles.

Et l’on gagne très peu d’argent,
L’acheteur en ce temps changeant
N’étant pas très intelligent.

Qu’importe! on vit de la rosée,
En te surprenant irisée,
Belle nature, bien posée.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au moulin (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



    
Au moulin d’encre on y apporte
les draps noirs de l’illusion
Les reflets indigo s’en vont
avec les frappes du torrent
et le gris ciselé des nuages

Au moulin d’eau on y apporte
les draps blancs de la famine
Les reflets jaunâtres s’en vont
et la solitude la bile
avec les croûtes d’argile

Au moulin d’or on y apporte
les draps verts de la magie
Les reflets de mousse s’en vont
drôles de barbes assagies
postiches sur des troncs d’arbre

Au moulin du rêve au moulin du son aigu
au moulin du raclement de gorge
on y apporte les draps incolores du sens
mais rien ne part rien ne s’accroche
ton sur ton ni foi ni teinte

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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La forêt vierge (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
La forêt vierge est une région mystérieuse.
Vous avez l’impression de pénétrer
dans un fond de vieilles tapisseries
dont les tons fanés ou assombris par l’âge
offrent une infinie variété de nuances.

(Karen Blixen)

 

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J’aime la beauté de tes yeux étincelants (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Marie Laurencin
    
J’aime la beauté de tes yeux étincelants,
Le ton de tes cheveux dorés et chatoyants,
Ton petit nez mutin, ton front de tubéreuse,
Ton profil gracieux, ta sveltesse onduleuse.

La blancheur de tes seins pareils aux monts neigeux
Se dresse fièrement pour provoquer les cieux,
Et tes mains aux longs doigts, savants en caresses,
Laborieusement prodiguent les ivresses.

Le rythme de ta voix me cajole et me plaît,
Ton esprit si divers m’amuse et me distrait.
L’ombre du duvet blond reflété sur tes lèvres
Brûle mon jeune sang d’intolérables fièvres ;

Ta grâce d’amoureuse inlassable pâlit,
Dans l’ardeur de l’alcôve et dans l’ombre du lit,
Ton corps voluptueux sous mes baisers tressaille.
Oh ! les coups de ton cœur dans la belle bataille !

(Paule Riversdale)

 

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LA NUQUE (Léonce Decaux)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Claude Ducher 
    
LA NUQUE

Petits vallons exprès creusés
Pour que s’y nichent les caresses,
Nuques de nos folles maîtresses,
Aux tons rosés ou bien bronzés.

Tel des oiseaux apprivoisés
S’envolant des lèvres traîtresses,
Nos morsures et nos baisers
Vont se nicher parmi vos tresses.

Cependant, vous me rappelez
Que de tous ces baisers ailés
Naît l’étreinte obscure et commune

Nous pareils aux coqs fécondants,
Vous chattes pleurant à la lune,
Votre nuque prise entre nos dents.

(Léonce Decaux)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Ah! c’est cela qui fait si vaste la douleur!… (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Ah! c’est cela qui fait si vaste la douleur!…
Ah! ne plus désormais savoir si les couleurs
de tes rubans de cou, ni le ton de ta jupe!

(Henry Bataille)


Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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Au jardin (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2016



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Au jardin

Splendide, la lumière éclate sur les choses
Et rend plus vifs les tons des marguerites roses,
Des pétunias bleus, mauves et violets,
Des gloires du matin blanches comme du lait.
Le jardin dresse au ciel sa floraison suprême,
Ultime offrande faite à l’Été doux et blême
Dont commence la longue agonie en l’azur.
Et l’odeur d’un géranium au rouge pur
Flotte et se mêle au vent paisible qui l’emporte,
Et c’est déjà comme un parfum de saison morte…

(Albert Lozeau)

 

 

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