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Des déserts engourdis (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017




    
Des déserts engourdis
traversent avec douceur
les sabliers de la mémoire.

Il y a encore à mourir
dans l’absence des morts.

Déflagration cosmique
de la plus muette voyelle.

Des tonneaux de tonnerre
roulent
dans la vallée.

Penche-toi.
Ecoute
de tout ton souffle.

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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Ce n’est ni rune ni énigme, cela a lieu partout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Piet Mondrian xY [800x600]

Hommage aux anges
[21]

Ce n’est ni rune ni énigme,
cela a lieu partout ;

ne pourrait capter cette impression ;
la musique ne pourrait rien en faire,

ce que je veux dire est — c’est si simple
pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau

absolument rien ; ce que je veux dire est —
mais tu l’as vu toi-même

ce bois calciné s’effritant…
tu l’as vu toi-même.

[22]

Une sensation neuve
n’est pas accordée à tout le monde,

pas à tout le monde partout,
mais à nous ici, une sensation neuve

frappe, paralysante,
frappe de mutisme,

frappe les sens de mutisme,
fait vibrer tous les nerfs ;

je suis sûre que tu vois
ce que je veux dire ;

c’était un vieil arbre
comme on en voit partout,

partout ici — et des douves de tonneau
et des briques

et un bout du mur
dénudé et la laideur nue

et ensuite… musique ? oh, ce que je voulais dire
par musique quand j’ai dit musique, c’était —

la musique pose des échelles,
elle nous rend invisible,

elle nous met à l’écart,
elle nous permet de fuir ;

mais devant le visible
on ne peut pas fuir ;

on ne peut pas fuir la pointe
qui perce le coeur.

[23]

Nous en faisons partie ;
nous admettons la transsubstantiation,

pas seulement Dieu dans le pain
mais Dieu dans l’autre-moitié de l’arbre

qui paraissait mort
ai-je courbé la tête ?

ai-je pleuré ? mes yeux ont vu,
ce n’était pas un rêve

mais c’était pourtant vision,
c’était un signe,

c’était l’Ange qui m’a délivré,
c’était le Saint Esprit —

un pommier à moitié calciné
en fleurs ;

c’est la floraison de la croix,
c’est la floraison du bois,

où, Annaël, nous nous figeons pour rendre grâce
d’être une fois encore sortis de la mort et de vivre.

***

This is no rune nor riddle,
it is happening everywhere;

what I mean is—it is so simple
yet no trick of the pen or brush

could capture that impression;
music could do nothing with it,

nothing whatever; what I mean is—
but you have seen for yourself

that burnt-out wood crumbling …
you have seen for yourself.

A new sensation
is not granted to everyone,

not to everyone everywhere,
but to us here, a new sensation

strikes paralysing,
strikes dumb,

strikes the senses numb,
sets the nerves quivering;

I am sure you see
what I mean;

it was an old tree
such as we see everywhere,

anywhere here—and some barrel staves
and some bricks

and an edge of the wall
uncovered and the naked ugliness

and then … music? O, what I meant
by music when I said music, was—

music sets up ladders,
it makes us invisible,

it sets us apart,
it lets us escape ;

but from the visible
there is no escape;

there is no escape from the spear
that pierces the heart.

We are part of it;
we admit the transubstantiation,

not God merely in bread
but God in the other-half of the tree

that looked dead—
did I bow my head?

did I weep? my eyes saw,
it was not a dream

yet it was vision,
it was a sign,

it was the Angel which redeemed me,
it was the Holy Ghost—

a half-burnt-out apple-tree
blossoming;

this is the flowering of the rood,
this is the flowering of the wood

where Annael, we pause to give
thanks that we rise again from death and live.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Piet Mondrian

 

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AUTOMNE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



automne [800x600]

AUTOMNE

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours

Automne, automne, automne, oh.
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs.
Jeux brutaux et têtes-bêches,
Le morne ennui des dortoirs.
Les souliers et les bobèches.

Automne, automne, oh, chenu
Mon coeur se fond d’amertume
Les bois, les taillis sont nus
Le givre aux lampes s’allume.

Mon enfance vous évoque
Tandis qu’un soleil léger
Pâle comme oeuf à la coque
S’élève sur les vergers.

Oh garde-moi ma présence
Là-bas près des figuiers bleus
J’y reconnais mon enfance
Mon petit sarrau de serge

Sous le regard des persiennes
Où dorment ceux que j’aimais
J’y entends des voix anciennes
Qui ne se tairont jamais.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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PAYSAGE DE L’ENFANT ALLANT CHEZ LES REGENTS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2015




PAYSAGE DE L’ENFANT ALLANT CHEZ LES REGENTS

Ce grand silence liquide
habitant les tonneaux,
ces minuscules insectes
s’essayant en vain à dévorer la peau des vierges,
les charrons buvant près du chardon bleu,
les frelons fabriquant leur miel blanc,
l’abeille distillant son miel blond,
les chaudrons fulgurants
que l’on frotte de cendre mouillée,
les bruits de fin d’orage,
l’âcre fumée
de la mauvaise herbe brûlée
en tas dans les jardins à buis
et le portrait d’un roi
au mur de la cuisine
et l’argile et le plâtre
dans les royaumes humides,
tout est Courrier d’une impossible aurore ;
voilà qu’elle est déjà tout en haut de la côte
la veuve
qui conduit par la main jusqu’au lointain collège
l’enfant à tignasse rouge.

(Jean Follain)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

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Les pommes (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2015



Les pommes

Les pommes sont rouges ou jaunes
Dans le pommier vert
Comme des seins bien ronds
Dans un corsage de verdure
Le gui s’accroche aux branches
En colliers de perles blanches

Le ciel est bleu
Cela dépend des jours
Les pommes sont de reinette
Du Mans ou du Canada
De « gros-gars » ou de « lambeurre »
Dans le pommier vert
Nous les feront tomber dans l’herbe verte
Et nous les croquerons

Au « cul » du tonneau
De la chantepleure
Coule un cidre bien gouleyant
Dont l’odeur imprègne
L’air du cellier
Et nous en buvons
Une délicieuse bolée.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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