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LE BONHEUR (Mihály Csokonai Vitéz)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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LE BONHEUR

Sous la tonnelle de jasmin
Cette fraîche soirée d’été
Je suis assis avec Lilla ;
Ma Lilla chantonne avec moi,
Elle plaisante en me baisant,
Tandis que dans ses cheveux bruns
Un zéphyr joue en chuchotant.

Sur le vert gazon je posais
Là une bouteille de vin,
Puis, avec une rose tendre
Je lui faisais serrer les lèvres.
Un peu plus loin, dans le panier,
Les poésies d’Anacréon
En compagnie de fraîches fraises.

Qui vit jamais ensemble autant
De délices et de trésors ?
Qui est plus heureux que Vitéz ?

(Mihály Csokonai Vitéz)

Illustration: Ettore Tito

 

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Après trois ans (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 

Hippolyte Maindron  Velléda [1280x768]

Après trois ans

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

Rien n’a changé … J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin …
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux saule tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

(Paul Verlaine)

Illustration: Hippolyte Maindron

 

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EN CE TEMPS-LA (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2017



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EN CE TEMPS-LA

Sous la tonnelle de glycine mauve
Les abeilles et moi
Ivres de parfum

Là-haut les abeilles
Dorées et petites
Ne s’intéressaient pas à moi
Allaient de fleur en fleur
Et moi ici en bas
Assise sur le banc d’azulejos
Entre pénombre et lumière
Fleur et parfum
Aussi avide que les abeilles

***

NAQUELE TEMPO

Sob o caramanchão de glicínia lilaz
As abelhas e eu
Tontas de perfume

Lá no alto as abelhas
Doiradas e pequenas
Nâo se ocupavam de mim
Iam de flor em flor
E cá em baixo eu
Sentada no banco de azulejos
Entre penumbra e luz
Flor e perfume
Tao ávida como as abelhas

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Projets (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2016



Projets

Tout contribue au philtre où baigne le poète.
Cette chambre elle-même a des vertus secrètes.
Ne me détrompez pas : tenu par son odeur
je trouve à votre sang une étrange vigueur.

Plions ce jaune corps à des songes pratiques !
Moi ne tolérant pas qu’une maigre logique
ravisse un si beau prêtre au culte de l’erreur,
je vous dis pastorale et pleine de fraîcheur.

A nous deux, cet hiver, indifférente épouse !
Sous la tonnelle morte aux couleurs de vos blouses
je saccage sans goût les appâts désolés
dont votre faux renom nourrit ma vanité.

Puisque l’on m’a lavé dans cette eau corrompue
je vais rester longtemps au tournant d’une rue
pour recevoir de vous avec placidité
le philtre desséché de ma sincérité.

(Odilon-Jean Périer)

Illustration: Edvard Munch

 

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LE JARDIN D’ANTAN (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



LE JARDIN D’ANTAN

Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir
Comme après de longs ans d’absence,
Que de s’en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d’innocence
Au jardin de l’Enfance.

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D’où s’enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu’autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.

Aux soirs d’Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles.

Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accords de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là,
Près d’une obscure persienne,
Quelque musicienne.

Mais rien n’est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées!
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
À nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S’éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes!

(Emile Nelligan)


Illustration: Séraphine Louis de Senlis

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LA MAISON PATERNELLE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



LA MAISON PATERNELLE

Inoubliable est la demeure
Qui vit fleurir nos premiers jours !
Maison des mères ! C’est toujours
La plus aimée et la meilleure.

Ici c’est le papier fleuri
Dont, les jours de fièvre moroses,
Nous comptions les guirlandes roses
D’un long regard endolori.

Là, vers Noël, à la nuit proche
Nous déposions nos souliers…
Combien de détails familiers
S’éveillent au bruit d’une cloche !

C’est là que la plus jeune soeur
Apprit à marcher en décembre;
Le moindre coin de chaque chambre
A des souvenirs de douceur.

Rien n’a changé; les glaces seules
Sont tristes d’avoir recueilli
Le visage un peu plus vieilli
Des mélancoliques aïeules.

Tout est pareillement rangé
Et, dans la lumière amortie,
S’éternise la sympathie
Du logis qu’on n’a pas changé :

Fauteuils des anciennes années
Où l’on nous couchait endormis,
Fauteuils démodés, vieux amis,
Avec leurs étoffes fanées,

Meubles familiarisés
Par une immuable attitude,
Mettant des charmes d’habitude
Dans les salons tranquillisés.

Jardin en fleur, vigne, tonnelle,
Empreinte vague de nos pieds
Sur les tapis et les sentiers,
0 sainte maison paternelle

Qui donc pourrait vous oublier,
Logis où dort notre âme en cendre,
Surtout quand on a vu descendre
Des cercueils chers dans l’escalier !…

(Georges Rodenbach)

Illustration: Angélique Poirier

 

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Que te dirais-je (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016


 


Que te dirais-je si tu reviens
Derrière ce treillis de visages
Passé les relais de l’amour?
Je ne sais plus la romance des îles
Que je massacrais le soir
En revenant sous les tonnelles.

Un bruissement de cristal
Aux frontières délicates du repos,
Fait oublier le châtiment le plus juste,
Mais toi, comment pourrai-je t’oublier?

Un jour il faudra te dire
La blessure de la première aube
Au coeur sonore de mon enfance,
Et tu crois que je me souviendrai?

(René Guy Cadou)

Illustration

 

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LA PORTE DU JARDIN (Tristan Derème)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



 

LA PORTE DU JARDIN

La porte du jardin donne sur la ruelle
Et c’est là qu’un beau soir elle est apparue, elle
De qui l’amour est clair, comme l’aube et l’azur.
Elle m’attend. Le chat s’étire sur le mur.
Elle m’attend. C’est le village après la steppe.
Son sourire est léger comme une aile de guêpe.
Elle m’attend sous la tonnelle de roseaux.
Mon coeur est une cage où chantent mille oiseaux.
Elle m’attend, elle regarde la pendule.
J’arriverai dans la tiédeur du crépuscule,
Et quand je la verrai me tendre les deux mains,
Les roses de juillet pleuvront sur les chemins.

(Tristan Derème)

Illustration: Arthur Hughes

 

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On a besoin parfois (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2015


haut-les-coeurs

sans même passer un pull
très tard sous la tonnelle
on parle de littérature
de Céline d’Aragon
et de Berthe Sylva
et la soirée passe
avec les chiens et les chats
les escargots
qui voyagent la nuit
dans les rêves des enfants
ou dans les yeux du peintre
qui a raison de dire
après un dernier verre
qu’on a besoin parfois
– comme d’un café d’une poignée de main
avant la route –
de l’émotion des autres

(François de Cornière)

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Retouche à la tonnelle (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2015


la tonnelle

le jour compose son vitrail
les merles en volent quelques pierres
des promesses s’échangent
d’un bleu de goût d’amande
le sable songe à son commencement
et l’avenir se lit du doigt
le ciel enfant dans sa robe en dentelle
pousse le cerceau du soleil

(Daniel Boulanger)

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