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Posts Tagged ‘torche’

LA TERRE DE L’ÉTÉ (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Laetitia Plinguet  femme cheval

LA TERRE DE L’ÉTÉ

Cheval, cheval, beau cheval qui t’avances
Tu ne verras jamais ce que je vois
Pour caresser les cheveux de l’enfance
Je suis venu la flamme à chaque doigt.

Je dis des mots, je m’éclaire à leur huile
Et mon regard brûle sans consumer
Je porte en moi l’incendie de la ville
Et dans la ville une femme à sauver
Une alouette, une torche tranquille
Fille de feu qui persiste à rêver.

L’air est empli de soldats, de murailles
De soubresauts, de galops effarés
Une étincelle aux sabots de l’orage
Et ma poitrine éclate de mitraille
Et mon seul souffle embrase la forêt.

Je dis des mots pour la martre et la loutre
Je dis des mots pour la soif et l’étang

Je parle en moi pour écarter les poutres
Et les cheveux du front de mon enfant
Mon bel enfant plus bleu que mille routes
Plus pur en moi que l’arbre dans le vent

Cheval, cheval, beau cheval qui m’écoutes
Cheval, cheval, dis-moi que tu comprends.

(Robert Sabatier)

Illustration: Laetitia Plinguet

 

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LINDAU (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



LINDAU

L’hirondelle y apporte
des brins d’herbe, elle ne veut pas que la vie cesse.
Mais entre les digues, la nuit, l’eau morte use les galets.
Sous les torches fumeuses toujours vacillent
quelques ombres sur la rive déserte.
Dans le cercle de la place une sarabande
se déchaîne au grondement des bateaux à aubes.

(Eugenio Montale)


Illustration

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Chaque plume sur l’autre rayonne (Bernard Manciet)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Chaque plume sur l’autre rayonne
et te diapre et t’accroît en épaules
d’une aile à l’autre échange de torches
quand te bouscule l’orage en foule

de l’envergure l’ireuse joie
par à-coups argentés tremble et s’ouvre
hausse les dieux affamés de foudre
les ralentit et leurs pas retourne

(Bernard Manciet)


Illustration

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TU PASSES (Maurice Henry)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018




    
TU PASSES

Tu passes derrière la vie traînant sans effort l’invisible tapis de diamants
fine sur tes aiguilles tu t’avances
et la rue tangue et bascule et disparaît dans le fracas des volets de fer
dans le parfum de l’enfance à la recherche des étoiles perdues
dans le flux des visages rendus à la nuit

Tes yeux sont des lièvres à l’heure de la rosée
tes mains sont de sable d’été

Je tombe dans ton souffle je nage dans tes murmures
mais tu passes comme une torche

(Maurice Henry)

 

Recueil: Les poètes du Grand Jeu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au cirque, une nuit, je retrouvai un langage perdu (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




Au cirque, une nuit, je retrouvai un langage perdu
lorsque les cavaliers, torches en main,
faisaient une ronde féroce sur des coursiers noirs.
Ni dans mes rêves de bonheur
n’existera un choeur d’anges
capable de fournir, pour mon coeur,
quelque chose de comparable
aux sons chauds des sabots contre les sables.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Bartabas

 

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NOCTURNE (Skipwith Cannell)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Jody Bergsma
    
NOCTURNE

I
Tes pieds
Comme de petits oiseaux d’argent,
Tu les poses sur les chemins charmants ;
Ainsi je te suivrai,
Toi Colombe aux Yeux D’or,
Sur n’importe quel chemin je te suivrai,
Car la lumière de ta beauté
Éclaire ma route comme une torche.

II
Tes pieds sont blancs
Sur l’écume de la mer;
Serre-moi fort, toi Cygne brillant,
De peur que je chute,
Et dans les eaux profondes.

III
Longtemps j’ai été
Le Chanteur sous la Croisée
Et maintenant je suis las.
Je suis malade de désir,
O ma Bien-aimée;
Prends-moi donc avec toi
Vite
Sur notre chemin.

IV
Du filet de tes cheveux
Tu as pêché en mer
Et un poisson étrange
Fut pris dans ton filet;
Car ta chevelure,
Bien-aimée,
Tient mon coeur
Dans sa toile d’or.

V
Je suis las de l’amour et tes lèvres
Sont des coquelicots éclos au petit jour.
Donne-moi donc tes lèvres
Que je puisse connaître le sommeil.

VI
Je suis fatigué de désir,
Je suis faible d’amour;
Car sur ma tête le clair de lune
Est tombé
Comme une épée.

(Skipwith Cannell)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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NOUS (Anton Delvig)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Odilon Redon
    
NOUS

Pauvres de nous ! Notre esprit? — Une torche éclairant
dans la brume
Notre canot ballotté sur l’océan des douleurs ;
Notre bonheur? — L’ignorance, le rêve, l’informe démence :
Une bougie pour l’enfant, pour le jeune homme l’amour.

(Anton Delvig)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Effet de lune (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

George Sheringham (1884-1937), Illustration for Canadian Wonder Tales

Effet de lune

Sous la nue où le vent qui roule
Mugit comme un troupeau de boeufs,
Dans l’ombre la mer dresse en foule
Les cimes de ses flots bourbeux.

Tous les démons de l’Atlantique,
Cheveux épars et bras tordus,
Dansent un sabbat fantastique
Autour des marins éperdus.

Souffleurs, cachalots et baleines,
Mâchant l’écume, ivres de bruit,
Mêlent leurs bonds et leurs haleines
Aux convulsions de la nuit.

Assiégé d’écumes livides,
Le navire, sous ce fardeau,
S’enfonce aux solitudes vides,
Creusant du front les masses d’eau.

Il se cabre, tremble, s’incline,
S’enlève de l’Océan noir,
Et du sommet d’une colline
Tournoie au fond d’un entonnoir.

Et nul astre au ciel lourd ne flotte ;
Toujours un fracas rauque et dur
D’un souffle égal hurle et sanglote
Au travers de l’espace obscur.

Du côté vague où l’on gouverne,
Brusquement, voici qu’au regard
S’entr’ouvre une étroite caverne
Où palpite un reflet blafard.

Bientôt, du faîte de ce porche
Qui se hausse en s’élargissant,
On voit pendre, lugubre torche,
Une moitié de lune en sang.

Le vent furieux la travaille,
Et l’éparpille quelquefois
En rouges flammèches de paille
Contre les géantes parois ;

Mais, dans cet antre, à pleines voiles,
Le navire, hors de l’enfer,
S’élance au-devant des étoiles,
Couvert des baves de la mer.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: George Sheringham

 

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Et c’était le démon de mon rêve (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Et c’était le démon de mon rêve,
le plus bel ange.
Ses yeux victorieux brillaient comme l’acier,
et les flammes sanglantes
de sa torche éclairèrent
la crypte profonde de mon âme.

— Viendras-tu avec moi? — Non, jamais;
les tombes et les morts me font peur.
Mais la main de fer
emprisonnait la mienne.

— Tu viendras avec moi… Et dans mon rêve j’avançai
aveuglé par le rouge luminaire.
Et dans la crypte j’entendis des chaînes résonner
et un grondement de fauves enfermés.

(Antonio Machado)

Illustration: John Henry Fuseli

 

 

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S’éprendre d’une inconnue (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Illustration
    
S’éprendre d’une inconnue
et n’être plus que son étonnement.

Dormir avec les parasols.
La mort, c’est la lune,
ce n’est pas autre chose qu’une torche éteinte,
le dernier souffle brûlé vif.

Mais jamais nous ne fûmes si près de nous connaître,
bien que nous n’ayons pu nous consulter.

Jamais nous ne fûmes si enclins à disparaître.
Fantômes, vos noms, gravés sur la pierre du mythe,
bourdonnent, ruche punie.

Nous fûmes deux à compter l’échec.
L’étrangère couronnée d’algues
et puis aussi le sable.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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