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Poésie

Posts Tagged ‘torpeur’

Quand tu te dressas (Pierre Rodel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Jimmy Lawlor
    
I
Orgueil

Quand tu te dressas, nue, au milieu de la chambre,
La lampe eut un regard jaloux pour ta clarté,
La flamme fut plus vive en l’âtre de décembre,
Le miroir se pencha pour te mieux refléter…

Les vieux meubles, de voir ta gorge qui se cambre,
Eurent un cri de joie et de lubricité,
L’Ombre, à longs traits huma ta chair aux senteurs d’ambre.
Et le silence eut un frisson de volupté…

Et toi, tu souriais… et tes lèvres décloses
Semblaient remercier l’âme éparse des choses
Du murmure flatteur, de l’hommage rendu…

Et tes yeux, tes grands yeux de mystère et d’abîme,
Ne daignaient s’abaisser sur cette chose infime :
Ton amant, qui râlait à tes pieds — éperdu !…

II
Clartés dans l’Ombre

La Nuit s’est assoupie en la chambre qui doit…
Dans l’Ombre, une pâleur: et c’est ton front de rêve…
La lueur de deux diamants — soudaine et brève —
Et c’est un vif regard de tes yeux striés d’or…

Un soleil qui flamboie : et c’est ta chevelure…
Un clair de lune qui sourit : ce sont tes dents…
La brûlante clarté de deux charbons ardents,
C’est ta bouche entr’ouverte ainsi qu’une blessure.

Un feu de deux rubis jumeaux — fiers suzerains
Arrogants — et ce sont les pointes de tes seins;
Mais une aube, émouvante, idéale et sereine,
Et c’est ta nudité se dressant — surhumaine!

Et la Nuit, s’enfuyant, jette un long cri de haine.

III
Impiété

L’Ombre crépusculaire étend ses larges ailes
D’où tombe, par instant, une larme de nuit…
C’est la mort des clartés, et c’est l’exil du bruit,
C’est l’éveil, dans le soir, de formes irréelles…

C’est l’éveil des regrets fanés et des remords
Qui sous le soleil clair ont dormi sans secousses;
Et c’est réclusion de remembrances douces,
De bonheurs oubliés et que l’on croyait morts…

Il plane une douceur de piété dans l’air…
Amie, recueillons-nous… laissons parler nos Ames;
Entendons leurs sanglots, leurs aveux ou leurs blâmes,
Etouffons seulement la voix de notre chair…

[…]

Quand nos âmes seront lasses, très abattues.
Sans que je puisse voir que tu quittes mon bras.
Bien doucement, à pas feutrés, tu l’en iras,
Quand nos âmes enfin lasses se seront tues…

Tu t’en iras, dans le silence de l’alcôve
Secouer la torpeur de ton recueillement,
Pour te dresser, superbe inoubliablement,
Dans le triomphe d’or de ta nudité fauve…
Et l’Ombre frémira, luxurieusement !…

(Pierre Rodel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Magicienne je m’allume (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Ce pouvoir, un dieu d’eau l’assume.
Magicienne je m’allume
au bleu lointain d’une lumière
Ainsi dans ma torpeur première
quand le sang libre encor de grains
trouvés au seuils des crépuscules
je prêtais aux reflets marins
le cristal de mes tentacules

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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Dans les pires années (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Dans les pires années des purges d’Ejov,
j’ai passé dix sept mois dans les queues des prisons de Leningrad.
Un jour, je ne sais qui me « reconnut ».
Alors la femme aux lèvres bleues qui attendait derrière moi
et qui, bien sûr, n’avait jamais entendu mon nom,
s’arracha à cette torpeur particulière qui nous était commune
et me chuchota à l’oreille (toutes chuchotaient, là-bas):

— Et ça, vous pouvez le décrire ?

Je répondis:
— Je peux.

Alors, quelque chose comme un sourire
glissa sur ce qui autrefois avait été son visage.

(Anna Akhmatova)

 

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

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Ode à un rossignol (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Heiko Müller rossignol

Ode à un rossignol

Mon coeur se serre et une torpeur douloureuse
Me prend comme si j’avais bu à longs traits
La cigüe, ou bien quelque morne opium,
Et coulé à l’instant au fond du Léthé :
Non que j’envie ton heureuse fortune,
Mais je me réjouis trop de ta félicité, –
Qu’ainsi, dryade aux ailes légères,
Dans un mélodieux bouquet
De hêtres verts et d’ombres innombrables,
A plein gosier tu incantes l’été.

O que je boive une gorgée d’un vin
Rafraîchi dans les abîmes de la terre,
Fleurant bon Flore et la verte campagne,
Danse et chant de Provence, allégresse solaire !
O la chaleur du Sud à plein cratère
Où rougit l’authentique Hippocrène,
Son chapelet de bulles pétillant
A la bouche tachée de pourpre ;
O que j’en boive ! et quitter, ignoré, le monde,
M’évanouir avec toi dans la forêt profonde :

M’évanouir au loin, me dissoudre, oublier
Ce qu’en ta frondaison tu ne connus jamais,
L’ennui d’ici, la fièvre, le dégoût
Des humains occupés à s’écouter gémir ;
Où la paralysie ne laisse tressaillir
Que l’ultime poil gris, triste, clairsemé,
Quand, devenue d’une pâleur de spectre,
La jeunesse diaphane se meurt ;
Où toute pensée n’est plus rien que douleur
Et désespoir aux yeux vides ;
La Beauté même en perd son regard lustral,
Et le nouvel Amour languit, sans avenir.

Au loin ! Au loin ! Je volerai vers toi,
Non sur le char aux léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Tout encombré pourtant de mon cerveau infirme :
Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d’un essaim féérique d’étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.

Je ne puis distinguer ni les fleurs à mes pieds,
Ni l’encens délicat flottant dans la ramure,
Mais dans l’obscur embaumé je perçois chaque effluve
Que répand alentour la saison opportune,
Sur l’herbe, le hallier, les baies sauvages,
La blanche aubépine et l’églantier pastoral,
Et l’éphémère violette sous les feuilles ;
Et sur la fille aînée du mois de Mai,
La rose musquée qui déborde de rosée enivrante,
Annonçant les soirées bourdonnantes d’été.

J’écoute sombrement ; c’est vrai que souvent,
A moitié amoureux de la Mort consolante,
Dans plus d’un vers rêveur je l’ai nommée tendrement,
Qu’elle emporte dans les airs mon souffle apaisé ;
Maintenant plus que jamais, mourir semble une fête,
Cesser d’exister, sans douleur, à minuit,
Au moment même, Rossignol, où en pareille extase
Tu donnes libre cours à ton âme !
Et toujours tu chanterais, mais vainement,
Ton haut requiem au gazon de ma tombe.

Toi, tu n’es pas né pour mourir, Oiseau immortel !
Nulle avare génération ne t’a foulé aux pieds ;
Cette voix que j’entends dans la nuit fugitive
Aux temps anciens berçait souverains et bouffons :
Ce même chant, qui sait, avait trouvé la voie
Du triste coeur de Ruth privée de sa patrie,
Debout, en larmes, parmi la moisson étrangère ;
Le même qui maintes fois enchanta
Des croisées par magie ouvertes sur l’écume
De mers dangereuses, au pays sans retour des fées.

Sans retour ! C’est un glas qui résonne en ces mots,
M’arrache à toi, me livre à ma solitude.
Adieu ! Car malgré ce qu’on dit, les chimères
Ne peuvent tout à fait nous abuser, – elfe joueur,
Adieu ! Adieu ! ton hymne plaintif s’évanouit,
Court sur le pré voisin et le ruisseau tranquille,
Jusqu’au sommet de la colline ; le voilà enterré
Tout au fond, sous l’herbe du val proche :
Etait-ce une vision ? ou un rêve éveillé ?
La musique envolée, suis-je avec elle en songe ?

***

Ode to a the Nightingale

My heart aches, and a drowsy numbness pains
My sense, as though of hemlock I had drunk,
Or emptied some dull opiate to the drains
One minute past, and Lethe-wards had sunk:
‘Tis not through envy of thy happy lot,
But being too happy in thine happiness, –
That thou, light-winged Dryad of the trees,
In some melodious plot
Of beechen green and shadows numberless,
Singest of summer in full-throated ease.

O, for a draught of vintage! that hath been
Cool’d a long age in the deep-delved earth,
Tasting of Flora and the country green,
Dance, and Provençal song, and sunburnt mirth!
O for a beaker full of the warm South,
Full of the true, the blushful Hippocrene,
With beaded bubbles winking at the brim,
And purple-stained mouth;
That I might drink, and leave the world unseen,
And with thee fade away into the forest dim:

Fade far away, dissolve, and quite forget
What thou among the leaves hast never known,
The weariness, the fever, and the fret
Here, where men sit and hear each other groan;
Where palsy shakes a few, sad, last gray hairs,
Where youth grows pale, and spectre-thin, and dies;
Where but to think is to be full of sorrow
And leaden-eyed despairs,
Where Beauty cannot keep her lustrous eyes,
Or new Love pine at them beyond to-morrow.

Away! away! for I will fly to thee,
Not charioted by Bacchus and his pards,
But on the viewless wings of Poesy,
Though the dull brain perplexes and retards:
Already with thee! tender is the night,
And haply the Queen-Moon is on her throne,
Cluster’d around by all her starry Fays;
But here there is no light,
Save what from heaven is with the breezes blown
Through verdurous glooms and winding mossy ways.

I cannot see what flowers are at my feet,
Nor what soft incense hangs upon the boughs,
But, in embalmed darkness, guess each sweet
Wherewith the seasonable month endows
The grass, the thicket, and the fruit-tree wild;
White hawthorn, and the pastoral eglantine;
Fast fading violets cover’d up in leaves;
And mid-May’s eldest child,
The coming musk-rose, full of dewy wine,
The murmurous haunt of flies on summer eves.

Darkling I listen; and, for many a time
I have been half in love with easeful Death,
Call’d him soft names in many a mused rhyme,
To take into the air my quiet breath;
Now more than ever seems it rich to die,
To cease upon the midnight with no pain,
While thou art pouring forth thy soul abroad
In such an ecstasy!
Still wouldst thou sing, and I have ears in vain –
To thy high requiem become a sod.

Thou wast not born for death, immortal Bird!
No hungry generations tread thee down;
The voice I hear this passing night was heard
In ancient days by emperor and clown:
Perhaps the self-same song that found a path
Through the sad heart of Ruth, when, sick for home,
She stood in tears amid the alien corn;
The same that oft-times hath
Charm’d magic casements, opening on the foam
Of perilous seas, in faery lands forlorn.

Forlorn! the very word is like a bell
To toll me back from thee to my sole self!
Adieu! the fancy cannot cheat so well
As she is fam’d to do, deceiving elf.
Adieu! adieu! thy plaintive anthem fades
Past the near meadows, over the still stream,
Up the hill-side; and now ’tis buried deep
In the next valley-glades:
Was it a vision, or a waking dream?
Fled is that music: – Do I wake or sleep?

(John Keats)

Illustration: Heiko Müller

 

 

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Lenteur de l’immensité (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2017



Lenteur de l’immensité
le geste large de l’horizon

Les flamboiements de l’eau
sous la torpeur des ponts

Le pommier derrière l’église
mémoire de la faute

La mort peut-être
la plus douce saison

(Georges Bonnet)

 

 

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Pire Saison (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Pire Saison

Je déteste l’hiver au plumage de givre,
Il rend le coeur fébrile et les nerfs sans influx
Et, menant au regret des bonheurs révolus,
Donne le sentiment de tout juste survivre.

Je vais encore prendre un médiocre livre
Dans la pile de ceux que j’ai quinze fois lus
Pour me plier au sort studieux des reclus,
Avec le vague espoir que l’ennui m’en délivre.

La neige a repoussé le monde loin, si loin
Du rayon de mes pas que je n’ai plus besoin
D’espérer divertir ma torpeur continue.

Face à la cheminée un fulgurant frisson
Me traverse le corps, et la flamme insinue
Que la fin de l’amour est la pire saison.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration: Ai Xuan

 

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D’une telle douceur… (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2016



 

D’une telle douceur…
O Vous, Blancs Magnolias —
Nuit calme, torpeur !

***

Steep with deep sweetness,
O You White Magnolias,
This still torpid night!

(Richard Wright)

Illustration

 

 

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Rumeurs (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Rumeurs

Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs
J’ai collé mon Oreille lasse et alourdie
Pour écouter à travers vos vaines Clameurs
L’écho d’une Voix mourante, morte, assourdie
Par l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.

Dans l’Aube froide et blême et sale et mal venue
Et qui n’enfantera qu’un Avorton de Jour,
Le Mur est monté, monté plus haut que les Nues,
Roc sans une faille, sombre Bloc sans contours
Dans l’Aube froide et blême et sale et mal venue.

A la Méridienne, s’écaillant de Lueurs,
Le Mur épais devenait un vaste Incendie
D’où coulaient et grésillaient Larmes et Sueurs,
Larmes d’Enfants, Sueurs d’Hommes, Chair engourdie
Dans la Méridienne s’écaillant de Lueurs.

Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs
J’ai posé mes pieds plats pauvre Pêcheur perclus,
Tirant de la Gangue gluante de torpeurs
La Pirogue partant pour tous les Pays perdus
Dans l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.

L’âpre Mur s’est dressé au rouge Crépuscule,
Comme un Mont, Roc rugueux au Soleil rougissant,
Bloc noir de Sang figé où poussaient des Pustules
Alors qu’il fut bâti sur du sang innocent
L’âpre Mur dressé dans le rouge Crépuscule.

Et c’est la Nuit. La noire et froide et vaste Nuit
La noire Nuit où les Voix ont peur d’elles-mêmes;
Les Rumeurs et les Cris, les Sueurs et les Bruits
Engrossent l’âpre Mur de nos âcres Blasphèmes
Dans la noire Nuit, dans la froide et vaste Nuit.

Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.
J’ai collé mon Oreille alourdie et plus lasse,
Pour écouter à travers vos vaines Clameurs
L’Echo d’une Voix, le Bruit d’un Souffle qui passe
Dans l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.

(Birago Diop)

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Clair, vide, nu (Shabkar)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016




Lorsque la torpeur, l’hébétude et la somnolence
Auront été balayés,
L’état naturel de l’esprit apparaîtra:
Clair, vide, nu,
Immaculé comme le ciel d’automne.

(Shabkar)

 

 

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A L’OREE DU BONHEUR (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




A L’OREE DU BONHEUR

I

L’ombre des bancouliers fera fleurir nos rêves.
Nous irons implorer, dans la ferveur du soir,
La grâce et le parfum du parc où, pour s’asseoir,
Nos âmes choisiront le banc ouaté des rêves.

Le bruit sourd de la ville errera,loin de nous.
Le souci, le chagrin éteindront leurs lumières,
Au souffle calme et sain des ténèbres premières.
Le bonheur éploiera ses frondaisons sur nous.

Nos lèvres scelleront d’un splendide silence
L’hymne d’or qu’un baiser cueillera de nos coeurs.
Et tu verras nos jours, lucides et vainqueurs,
Suspendre leur triomphe aux rameaux du silence.

II

Pourquoi retardes-tu l’heure ouverte en ta main ?
J’ai déjà composé la romance promise.
Tu me la chanteras de cette voix soumise
Qui du sort attendri conjure le dédain.

Frémissant de caresse et palmé de désir,
Tu sentiras, alors, au creux de ton épaule,
L’élan pur de mes doigts enrouler leurs plaisirs
Sur ton cou svelte ainsi qu’un collier d’auréole.

Mes songes nageront dans l’étang de tes yeux :
J’y verrai, comme un sang au rebord d’un calice,
Les gouttes de l’amour empourprer nos délices
Et combler de nos voeux le lac silencieux.

III

Les herbes dont le puits embellit sa margelle
S’enivreront de brise au vol lent des frissons.
Sous les flots des lilas que le printemps flagelle
Se formera le lit suave des gazons.

De la chute du jour s’érigera la stèle.
La main du souvenir y peindra l’écusson.
Seuls, nous déchiffrerons les signes dont s’attèle
Le chariot du temps au pré de l’horizon.

Et nous regarderons, par les sentes désertes,
Conduire jusqu’à nous la richesse des voeux
Le séraphin des nuits que, seule, déconcerte,
Comme moi, la splendeur lourde de tes cheveux…

IV

Tu n’auras pas de mot. Je serai sans parole.
Insensible aux versets que clameront les sens,
La Fierté saura taire au pied de son idole
Le chant originel dans l’odeur des encens…

L’amour resplendira des choses virginales.
Des tiges du tanguin qui nous tiendra captifs,
Nos mains feront jaillir quelles sèves finales
Et baigner nos désirs dans le lac primitif.

L’azur allumera ses promesses stellaires
Sur nous deux ; il fera, comme un phare d’honneur,
Etinceler dans l’ombre où mourront les colères
Notre coeur chavirant aux confins du bonheur…

V

L’ivresse surprendra ma lèvre sur ta lèvre.
La Quiétude lourde, O soeur d’élection,
Pèsera sur nos fronts comme une fleur de fièvres
Dont l’aromate embaume avant l’éclosion.

Un souffle adolescent mourra de rêveries
Sous tes cheveux défaits trop chargés de langueur.
La lune, souveraine, au tournant des prairies,
Mûrira sur ton sein en fondantes vigueurs…

Tu ne bougeras pas. Nous serons immobiles.
Les vagues du secret hausseront, baisseront
En vain le rythme pur de nos oeuvres débiles
Que les doubles torpeurs du destin berceront…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Lydia Percheron

 

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