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Poésie

Posts Tagged ‘toucher’

La mer était si près (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2020



La mer était si près
Que je croyais toucher
Tous les bateaux couchés
A l’ombre des cyprès.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Yolande Ardissone

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Le ciel est comme la traîne de la mariée (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    

Le ciel est comme la traîne de la mariée que les enfants viennent toucher pour y croire.
Le ciel, c’est de pressentir que tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n’y sera pas.
Le ciel, c’est la reddition, la fin de la croisade, les armes baissées. C’est la goutte de miel de l’instant sur la langue.
J’ai beaucoup fait pour ce monde quand je suspends ma course pour dire merci…

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Dans tous ces instants où je suis « touchée » (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2020



    

Dans tous ces instants où je suis « touchée », Dieu est au rendez-vous.
Dieu ou comme vous préférez : cette mémoire haute qui m’habite !
L’écho du logion 77 de saint Thomas :
« Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois.
Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre… »
Non pas : je suis le bois, je suis la pierre, mais chaque fois que tu es là,
vraiment là, absorbé dans la rencontre du monde créé, alors je suis là !
Là où tu es, dans la présence aiguë, je suis aussi. Être là ! Le secret.
Il n’y a rien d’autre. Il n’est pas d’autre chemin pour sortir des léthargies nauséabondes,
des demi-sommeils, des commentaires sans fin,
que de naître enfin à ce qui est.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Depuis combien d’années (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2020



Depuis combien d’années, depuis toujours
Vers la fin du jour
Ton pas revient le long du mur,
Ta main me touche,
Déçue: Leonardo, dis-tu, la bouche
Fermée. Le vent te délivre, légère.
Et moi, je te sens qui t’éloignes
De moi, dans la brise des feuilles.
Ta voix est une caresse
Qui brûle à mesure qu’il se fait tard:
J’ignore où elle me conduit.

(Leonardo Sinisgalli)

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Dieu présent est absent (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Dieu présent est absent, Dieu absent est présent;
c’est l’acte de penser qui, donnant forme à son absence,
nous permet de Le «toucher».

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le golfe (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2020



Le golfe

Un golfe de silence l’un de l’autre nous sépare.
Je me tiens sur une rive, toi sur l’autre.
Je ne peux te voir ni t’entendre, mais je sais que tu es là.
Souvent je t’appelle par ton nom d’enfance
Et m’imagine que l’écho de mon cri est ta voix.
Quel pont pourrait joindre les rives de ce golfe?
Ni la parole ni le toucher.
Autrefois je pensais que nous le comblerions de nos larmes ;
A présent je veux le briser par notre rire.

***

The gulf

A gulf of silence separates us from each other.
I stand at one side of the gulf, you at the other.
I cannot see you or hear you, yet know that you are there.
Often I call you by your childish name
And pretend that the echo to my crying is your voice.
How can we bridge the gulf? Never by speech or touch.
Once I thought we might fill it quite up with tears.
Now I want to shatter it with our laughter.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Vladimir Kush

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Retouche à la chouette (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

retouche à la chouette

syncope de l’ombre
on a touché la moelle de la nuit

(Daniel Boulanger)

 

 

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POUR UNE FLEUR FAUCHÉE (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



POUR UNE FLEUR FAUCHÉE

Peut-on dire, jeune morte,
que tu aies changé le monde ?
J’en ai la certitude sans pouvoir
la transmettre à d’autres. Nous ne sommes jamais sûrs
de nous-mêmes bien qu’ayant des yeux
et des mains pour nous voir, nous toucher.
Une trace invisible n’en est-elle pas moins
marquée ? Je te l’ai dit un jour
et toi : ce fait ne me regarde pas.
Je suis la fauvette qui lance un trille
et parfois le répète mais on ne sait
c’est elle ou une autre. Tu en serais bien incapable
toi-même qui as de l’oreille.

(Eugenio Montale)


Illustration

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Le zizi perpétuel (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



    

Le zizi perpétuel

Mon petit frère a un zizi
Mais moi, Zaza,
Je n’en ai pas.

Mon petit frère a un zizi
Toujours placé au bon endroit
Mais moi, Zaza,
Je n’en ai pas.
Pourquoi ?

Il me le montre sans répit
Pour me donner du dépit
Pour se donner un air gaulois
Pour m’enfoncer dans l’désarroi !

Il me le sort en catimini’
En tapis rouge en tapinois’
Et me le fait toucher du doigt :
C’est assez doux
Comme caoutchouc
Mais y’a pas de quoi
Perdre la foi.

Et moi, et moi, moi je me dis
Pourquoi mon frère a un zizi
Dans quel tiroir se font les lois ?
Le jour et la nuit
Son zizi le suit
Toujours placé au bon endroit.

Et moi, Zaza, dans les draps blancs
J’ai beau me tâter
Me tâter souvent
À la place où ç’aurait dû été
Que du vent ! Que du vent !

« Tu verras Zaza
Avec mon zizi
Un jour je serai le Roi »
Qu’il dit
Tout en lui collant tout autour du sparadrap.

À la fin c’est énervant
De manquer obstinément
De cette sorte d’émolument.

Si j’ai le regard zoulou
Si j’ai le nombril sournois
Si je fais des coups en d’ssous
Si je pousse de guingois
Si je ne fais pas mon poids
Faut pas demander pourquoi !

Mais pourquoi ?
Pourquoi ?

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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Les cuisses de Colette (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Illustration: Pablo Picasso

    

Les cuisses de Colette

Les cuisses de Colette
Sont douces au toucher
Comme des cacahuètes
Qu’on aurait épluchées.
Je n’aime pas sa tête
Ses yeux demi-pochés
Son oreille en cuvette
Son nez en arbalète
Sa bouche endimanchée.
Mais j’aime bien ses cuisses
Si douces au toucher.
Pendant le Saint-Office
L’un près de l’autre assis,
Ma main vient s’y chauffer.
De profundis, ad te Domine, clamavi !
Que c’est doux ! Que c’est doux !
Plus doux qu’une souris
Que le coeur de l’été,
Du miel et du saindoux !
Dans le rang d’à côté,
(Ma main enfouie
En cette blanche obscurité),
Madame la Baronne d’Auxerre
Qui ressemble à un dromadaire
Me sourit.
C’est sa mère !
Madame la Baronne d’Auxerre
Madame la Baronne sa mère
Madame est servie
Madame très très bien avec le bon Dieu
Très très bien avec son âme
Madame
N’y voit que du feu.
– Retire ta main de là
Me dit Colette, tout bas !
Mais elle serre, elle serre
Avec la force du tonnerre
Ma main se trouve emprisonnée
Ainsi qu’un missionnaire en Nouvelle-Guinée.
Retire ta main de là, petit garçon,
Ce ne sont pas des façons !
Mais elle serre à tout casser
Elle serre comme un Canaque !
Mes doigts craquent
Mes doigts sont tous fiancés
Je ne peux plus les retirer
Elle serre, elle serre
À tire-larigot.
Oh ! le bruit de mes os !
Gloria in excelsis Deo’ !
Dommage que Colette
Soit pas très belle en haut.
Mais qu’importe la tête
Quand le bas donne chaud !
Pour caresser ses cuisses
Je donnerais comme un rien
Desserts et pain d’épice
Et tous les paroissiens.
Entre ces deux poissons
Dont le sang est humain
Je laisserai ma main
Jusqu’au dimanche prochain.
Ah ! Colette, Colette !
Que la vie est agreste !
Et que mon coeur est leste
Et que l’Enfer est loin !
(Madame la Baronne se signe en un grand geste)
Ite missa esta.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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