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Poésie

Posts Tagged ‘touffu’

À COMPLIES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À COMPLIES
In manus tuas, Domine.
(Office de Complies.)

Ton ange a pris le bien et le mal que j’ai faits,
Ô Père, tes moissons exactes sont rentrées.
Les routes de salut se sont enchevêtrées…
Ferme le jour stérile ou plein, bon ou mauvais.

Mon âme en vain cherche le fil de sa mémoire
Et se heurte dans l’ombre à des pensers confus,
Démesurés, béants et comme un bois touffus,
Ou si petits que je les perds en la nuit noire.

C’est l’heure où lentement des orbites sans yeux
S’ouvrent comme des puits fixes dans les ténèbres,
Où le ver des tombeaux ondoie en nos vertèbres.
Délivre-nous du mal, notre Père des cieux.

Aux quatre murs les navettes des araignées
Tissent à petits coups l’ombre en mille filets.
Une à une j’entends derrière les volets,
Une à une mourir les lampes éloignées.

Que reste-t-il du soir ? À quand le jour nouveau ?
Sans le savoir vais-je aux ténèbres éternelles ?
Je ne vois rien, plus rien qu’au bord de mes prunelles
Le reflet tournoyant de mon propre cerveau.

J’entre dans le sommeil, aveugle et sans défense.
O mon Père, voici la clef de ma maison.
Garde tout ce que j’ai, ma vie et ma raison,
Et ta Grâce : le Ciel dont tu me fais l’avance.

Bonsoir Père ! J’ai mis mes deux mains dans ta main.
Le sommeil — ou la mort — traverse la nuit brève.
Souffle un peu sur la bulle errante de mon rêve
Pour qu’elle apporte en moi mes roses de demain.

Bonsoir Père ! Tes doigts ont scellé mes paupières,
Le sommeil — ou la mort — s’en vient à pas légers
Et vers minuit m’appelleront douze dangers.
Mais je m’endors sans crainte en chantant mes prières.

Car je te sais, ô Père, assis à mon chevet
Et si quelque vertige affole et perd mon âme,
Tu la retourneras vers Toi, comme une femme
Retourne dans le lit son petit qui rêvait.

Je ne suis pas un saint, mon Dieu, pour que tu veuilles
Me bercer dans tes bras et chasser mes frissons.
Je ne suis qu’un enfant, je n’ai que mes chansons
Et je ne vaux pas mieux qu’un oiseau sous les feuilles.

Et je ne sais pourquoi tu m’aimes… Les chemins
Me mènent tous à Toi, sans lutte, sans secousse ;
Le sommeil — ou la mort — glisse dans la nuit douce…
Bonsoir Père, reçois mon âme entre tes mains.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Julie Longchamp (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Julie Longchamp

Nous allions rêvant sous les chênes,
Ensemble, dans les bois touffus;
Par les soirs aux fraîches haleines
Sont les grands chênes chevelus.

A travers le temps et l’espace
Qui mêlent les flots et les jours,
Sans qu’aucune épreuve nous lasse,
Notre amitié dura toujours.

La voilà froide sous la terre,
Où tout tombe éternellement;
Ce coeur charmant est en poussière,
Esprit, bonté sont au néant.

(Louise Michel)


Illustration: Alexandre Séon

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Sourire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Sourire

La blessure interne est le reflet du mal
Et le miroir révèle le masque d’un vrai visage
Tandis que l’intérieur du corps réfléchit
En les déformant les instincts les plus vils
Et que le lac renvoie le ciel à sa propre image

Sur la courbe de ta bouche
Le sourire prend sa source
Ton regard vogue sur la mer
Avant d’y faire naufrage
Tandis que le soleil jaloux
Se cache dans la vague
Vierge encore de nos désirs

Ton sourire sur ta bouche
S’estompe dans l’écume
Ton œil larmoyant
D’embruns se pose
Sur les bornes de l’horizon
Et ta voix minérale
S’élève dans la rougeur du soir

Des plaies de la nuit
Coule le pus du jour
Et une ombre plus sombre
Éclipse ton sourire
Ton corps d’ange déchu
Débauche tout le rivage
La dune emprunte la forme de ton sein
Et le bois devient plus touffu
Pour cacher ta nudité.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Anders Zorn

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Polissonnerie (Voltaire)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Polissonnerie

Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s’il n’est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.

– Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car, si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M’en faire verser d’autres.

– Quoi ! vous craignez l’évènement
De l’amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;
L’amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser la gazon
Sans imbiber la terre.

– Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connaît guère.
L’amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l’être.

(Voltaire)

Illustration: Jean-Honoré Fragonnard

 

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AURORES DE MOGUER (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



 

Gilles Capton   taureau

AURORES DE MOGUER

Le noir taureau surgit seul, net et beau,
sur l’aurore froide et verte, là-haut sur le rocher d’azur.
Il mugit du sud au nord, repoussant
le profond zénith à la robe pie, tout constellé
de grandes étoiles,
de son front gigantesque.

– L’immense solitude s’effraie ;
le silence sans fin se tait.

!…! –

Le taureau — rocher éboulé —
dévale le ravin touffu.

***

AURORAS DE MOGUER

El negro toro solo surfe, neto y bello,
sobre la fría aurora verde, alto en el peñasco azul.
Muje de sur a norte, rempujando
el hondo cenit cárdeno, estrellado todavía
de las estrellas grandes,
con su ajigantado testuz.

—La soledad inmensa se amedrenta;
el silencio sin fin se calla.

¡…!—

El toro — roca desgajada— baja contra
el barranco frondoso.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gilles Capton

 

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AUX CHOSES LENTES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




AUX CHOSES LENTES

Blasons, prenons le temps de vous bien déchiffrer
prenons le temps de tout compter
et de lire l’écriture fine
que modela la belle inconnue
un jour qu’elle était pâle et nue.
Dans un monde touffu se mêlent
les frissons de la maladie
les armes de la médisance
le visage du laboureur
l’éclat de l’amour inconnu
et les yeux bleus du travailleur
celui au front couvert de signes
s’appuyant au bras de sa fille
portant le poids de sa beauté
traquée à l’abri du corset
femme au regard rejoignant
la douceur d’une feuille qui tremble.

(Jean Follain)

Illustration

 

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La pluie venue (Song Tche-Wen)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017




La pluie venue du mont Ki-chan avait passé rapidement avec le vent impétueux.
Le soleil se montrait pur et radieux au-dessus du pic occidental,
les arbres de la vallée du Midi semblaient plus verdoyants et touffus.

Je me dirigeai vers la demeure sainte
où un bonze vénérable me fit un accueil bienveillant.
Le religieux et moi nous nous sommes unis dans une même pensée ;
nous avions épuisé ce que la parole peut rendre
et nous demeurions silencieux.

Je regardais les fleurs immobiles comme nous,
j’écoutais les oiseaux suspendus dans l’espace,
et je comprenais la grande vérité.

(Song Tche-Wen)

 

 

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Chanson d’été (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Chanson d’été

Le soleil brûlant
Les fleurs qu’en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.

Cherchons les sentiers
A demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.

Des halliers touffus
Un soupir confus
S’élève
Si doux qu’on dirait
Que c’est la forêt
Qui rêve…

Chante doucement ;
Dans mon coeur d’amant
J’adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.

L’oiseau, d’un élan,
Courbe, en s’envolant,
La branche
Sous l’ombrage obscur
La source au flot pur
S’épanche.

Viens t’asseoir au bord
Où les boutons d’or
Foisonnent…
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.

Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L’eau claire.

(Albert Samain)

Illustration: Pascal Giroud

 

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Dans les bois touffus (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



J’ai du plaisir dans les bois touffus
qu’aucun sentier ne traverse.

(Paul Fort)

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Dire que … (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2016




Dire que les arbres sont ouverts au jour, les poissons rapides,

dire les dahlias nids d’abeilles et les sentiers où l’herbe pousse
malgré les pas et les chariots qui la blessent.

Dire que tout est riche, touffu, impénétrable

et que la mort nous cerne.

(Luc Dietrich)

Illustration

 

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