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Poésie

Posts Tagged ‘tourment’

A ma Mère (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
A ma Mère

Où as-tu appris à sécher tes larmes
à supporter en silence la douleur
à enfouir dans ton cœur chagrin blessures
souffrance tourment et peine ?

Ecoute le vent !
La gueule béante
il hurle par monts et par vaux

Regarde l’océan
avec fureur et colère
il fouette d’énormes falaises

la nature toute vibrante et frémissante
brise chaque barrière et chaque obstacle

D’où vient la sagesse de ton cœur ?
Où as-tu puisé cette force ?

(Hannah Senesh)

 

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Rêve (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



    

Rêve

Ô mes auteurs chéris, vous qui, lorsque je pleure,
Me consolez toujours, m’entourez à toute heure,
Vos écrits ont calmé mes pensers dévorants,
Et je vous aime tous, en amis, en parents !…

Dans mes rêves brillants, fils de la poésie,
Je vois s’ouvrir pour moi votre foule choisie ;
Votre voix m’encourage, et je vous dis comment
Ma jeunesse a passé de tourment en tourment :
Comment, sans qu’un ami soit venu leur sourire,
Je fis mes premiers vers sans savoir les écrire ;
On m’interdit l’étude, ainsi que l’on défend
Le jeu, qui le distrait, au paresseux enfant.
Et je cachais à tous, comme on cache des crimes,
Les désirs du poète et ses penchants sublimes !…

Alors, comme un tribut pour ce que j’ai souffert,
Le laurier triomphal par vos mains m’est offert.

(Louise Colet)

 

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Un coeur au coeur (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Un coeur au coeur n’est pas rivé,
Tu veux partir, va t’en.
Bien du bonheur est dévolu
À qui suit librement sa route.

Je ne pleure pas, ne me plains pas,
Le bonheur ne sera pas pour moi.
Ne m’embrasse pas, fatiguée, —
La mort viendra m’embrasser.

Sont passés les jours des pires tourments
Avec l’hiver blanc.
Mais pourquoi, pourquoi donc es-tu
Mieux que celui de mon choix ?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Edvard Munch

 

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La nuit pose ses lacs (Elisabeth Racine)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

La nuit pose ses lacs

Toute la nuit, j’écoute le silence qui m’appelle.
La lune qui se cache,
La lune absente
N’est pas plus noire
Que tes cheveux.
Le silence n’est pas plus sombre.

Tu es la source invisible,
Le lieu même de la nuit.
En toi, elle a contemplé son visage
Et s’est aimée.

Toute la nuit, j’écoute ton appel,
J’écoute l’appel de la nuit.
A l’aube, je suis morte.
Dès la matin qui nous sépare
J’attends la nuit.

Etrange et sans merci,
C’est toi l’abence originaire
Dont tant, comme moi, sont épris
Et à jamais meurtris.

*

Dans le ciel obscur elle se mire,
étoile vespérale, étoile du matin.
Comme toi son propre reflet.

Tu es le même et l’autre,
Le tourment créateur
Né de la paix du songe,
La passion pour le jour
Que la nuit seule éprouve.

Le nuit pose ses lacs
Et jette ses filets,
Lentement les ramène.

Du Nord vient l’oubliance
Et du Sud le tourment :
Auprès du Sagittaire
Ils s’étreignent.

A l’aube, ils sont captifs.

*

Puisque tout a été nommé
mesure et démesure,
lumière et nuit,
deux voix s’opposent et se fondent dans la plus grande union et la plus grande séparation.

Pour elles brille dès le soir,
pour elles s’attarde l’étoile double et singulière que la nuit s’efforce
de ramener au jour et le jour renvoie à la nuit, visage défendu, chant perdu.

Plus loin que la flamme en sa source mystérieuse, vers la
demeure invisitée tu me portes. Splendeur nocturne de ton regard
cherchant son reflet lumineux…

Dans l’échange contenu de nos regards
Réside mon désir.
Dans la nuit sans miroir, la nuit incessante
Il s’accomplit,
Demeuré désir.

Vers la demeure invisitée
Tu me portes,
En toi réside mon désir.

(Elisabeth Racine)

 

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Ô COMBIEN EST HEUREUSE (Adrian Le Roy)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017




    
Ô COMBIEN EST HEUREUSE

Ô combien est heureuse
La peine de cacher
Une flamme amoureuse
Qui deux cœurs fait brûler,
Quand chacun d’eux s’attend
D’être bientôt content.

Las on veut que je taise
Mon apparent désir,
En feignant qu’il me plaise
Nouvel amy choisir :
Mais telle fiction
Veut même affection.

Votre amour froide et lente
Vous rend ainsi discret :
La mienne violente
N’entend pas ce secret :
Amour nulle saison
N’est amie de raison.

Si mon feu sans fumée
Est cuidant et chaud
Etant de vous aimée
Du reste ne m’en chaut :
Soit mon mal vu de tous
Et seul senti de tous.

Si femme en ma présence
Autre vous entretient,
Amour veut que je pense
Que cela m’appartient :
Car luy et longue foi
Vous doivent tout à moi.

Que me sert que je sois
Avec Princes, ou Rois,
Et qu’ailleurs je vous voie
Sans approcher de moi ?
La peur du changement
Me cause grand tourment.

Quand par bonne fortune
Serez mien à tout point,
Lors parlez à chacune
Il ne m’en plaindrai point :
Bien vous pry cependant
N’être ailleurs prétendant.
Hélas qu’il fut possible
Que puisses être moy,
Pour voir s’il m’est pénible
Le mal que j’ai pour toi :
Tu prendrais grand pitié
De ma ferme amitié.

Vous semble-t-il, que la vue
Soit assez entre amis,
Ne me voyant pourvue
De ce qu’on m’a promis ?
C’est trop peu que des yeux
Amour veut avoir mieux.

De vous seul je confesse
Que mon cœur est transis :
Si j’étais grand princesse
Je dirais tout ainsi :
Si le vôtre ainsi fait
Montrez-le par effet.

***

O how happy is
The pain of sealing
An amorous flame
That makes two hearts burn,
When each of them expects
To soon be happy.

Alas, one wishes that I conceal
My apparent desire,
By feigning that it pleases me
To choose my new friend
But such a fiction
Wishes the same affection.

Your cold, slow love
Thus makes you discreet:
Mine, violent
Hears not this secret:
Love in no season
Is the friend of reason.

If my fre without smoke
Is burning and hot,
Being loved by you
Besides, it matters little to me:
Let my ill be seen by all
And felt alone by all.

If a woman in my presence
Other than you maintains,
Love wants me to think
That that belongs to me:
For he and long faith
You owe everything to me.

***

O, wie schön ist doch die Müh’,
Eine Liebesflamme zu verhehl’n,
Die zwei Herzen lässt erglühn,
Und wenn ein jeder freudig drauf’ gefasst’,
Zufrieden bald zu sein.

Ach, ich soll jedoch verschweigen
Mein sichtbares Begehr,
Und tun, so, als ob er mir gefele,
Einen neuen Freund erkör’.
Aber solch eine Mär
Will doch auch Herzenserhör’.

Eure ach so kalte und lahme Lieb’
Macht Euch so “verschämt“,
Die meine nun hingegen, gar heftig,
Hört nicht auf solch Geheim’:
Die Liebe, wann auch immer,
Will nie vernünftig sein!

Wenn mein rauchlos’ Feuer
Ist brennend und so heiß,
Wenn ich von Euch geliebet,
Der Rest ist mir dann gleich!
Dann kann ruhig ein jeder sehen
Und spüren meine Pein.

Wenn ein ander’ Weib
Vor mir Euch unterhält,
Die Liebe will, dass ich dann denke,
Dass mir das doch zufällt:
Denn er und lange Treue
Euch alles schulden mir.

(Adrian Le Roy)

 

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Petite lyre romantique (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Petite lyre romantique

Pourquoi me refuser
tes yeux et ton souris
et venir m’arracher
ainsi au paradis?

Pourquoi ne veux-tu pas
laissant là les alarmes
(ah, Dieu : ce que sont femmes !)
me prendre dans tes bras ?

Pourquoi as-tu choisi
la fleur sans odeur
l’agressive fleur
de la jalousie?

Est-ce que tu ne saurais
que je t’aime à un tel point
à toute heure que Dieu fait
que je ne sais plus combien ?

Attendu qu’à la fin
tout entier il est tien
nulle autre ne le tient
ce cœur qui est le mien ?

Ange sans foi
en mes serments,
mais pourquoi, pourquoi
me causer tourment?

Mon âme pleut
du froid, tout blême.
Et il ne t’émeut
ce petit poème.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Alexander Sulimov

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Pour l’amour de mourir (Malcom Lowry)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Pour l’amour de mourir

Les tourments de l’enfer sont implacables, vifs
Sont les feux de l’enfer; et pourtant les vautours
S’arc-boutant contre l’air pour virer sur leur aile
Sont plus beaux que le vol plané de ces mouettes
Abandonnées au vent dans la fraîcheur du jour
Plus beaux que les ventilateurs dans les asiles
Qui par leur soyeux va-et-vient
Tissent à l’espoir un destin;
Et jamais l’espoir n’a lancé
Sa gageure aussi haut que l’illusion vitale
Qui chevauche le vol du vautour. Si la mort
Peut voler pour l’amour de voler, est-il rien
Que la vie, pour l’amour de mourir, ne pût faire ?

(Malcom Lowry)


Illustration

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BIEN QU’UN CRUEL MARTIRE (Pierre Guédron)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Annette Poupard
    
BIEN QU’UN CRUEL MARTIRE

Bien qu’un cruel martire me rende languissant
Et que plus je soupire, plus mon mal va croissant.
La cause en est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

Tout les maux dont se trouve mon esprit agité
Ne servent que de preuve à ma fdélité
Dont la cause en est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

J’ai cela d’avantage sur les autres amants
Que jamais mon courage ne s’étonne aux tourments
Car la cause est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

Je ne crains leurs supplices Plustot je les chéris
Et les tiens pour délices les souffrant pour Cloris,
Cloris qu’on voit si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

***

Even though a cruel martyrdom makes me listless
And the more I breathe, the greater my ill.
The cause of it is so lovely that were I to suffer death
A hundred times for her, I should not complain.

All the ills by which my mind is perturbed
Serve only as proof of my faithfulness.
The cause of it is so lovely that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

I have this advantage over other lovers:
My courage is never astonished by torments.
The cause of it is so lovely that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

I fear not their torture; rather, I cherish it
And view it as a delight, suffering it for Cloris,
Cloris, seen so beautiful that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

***

Auch wenn ein grausam‘ Marter mich gar sehr sehnen lässt,
Und je mehr ich seufze, desto stärker noch mein Elend,
Doch ist der Grund dafür so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

All‘ Übel, die meinen Geist aufwühl‘n,
Sind nichts als Probe meiner Treu‘,
Für die der Grund so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen würd’.

Mein Vorzug ist‘s, vor andren Liebsten,
Dass niemals nicht mein Mut vor einer Qual erbebt,
Denn’s ist der Grund dafür so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

Ich fürcht‘ nicht ihre Qualen, vielmehr ich hoch sie schätz‘,
Und sind sie gar für Chloris, so sind mir sind sie Ergetz‘!
Chloris, die Allerschönste,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

(Pierre Guédron)

 

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QUE FERAY-JE? (Jean Boyer)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 


    
QUE FERAY-JE?

Que feray-je ? Que diray-je ?
De quel costé tourneray-je,
Mes plus douloureux accents ?
A vous rochers et montagnes,
A vous forests et campagnes,
Qui m’estes icy présens.

Quoy ? pourray-je bien me plaindre,
Et vous dire sans rien craindre
Mes plus cuisantes douleurs ?
Le tourment qui trop m’afflige
A vous déclarer m’oblige
Le sujét de mes malheurs.

Oseray-je bien le dire
La cause de mon martire
Aux driades de ces bois ?
O ! passions non pareilles !
Les forests n’ont point d’oreilles
Pour ouï ma triste voix.

Je ferey donc pénitence,
Dans l’effroyable silence
Des plus solitaires lieux,
A toujours mourir et vivre :
Car c’est mourir que survivre
A la perte de son mieux.

***

What shall I do? What shall I say?
Where shall I turn,
My most painful tones?
To you, rocks and mountains,
To you, forests and countryside,
That are present here for me.

What? Might I really complain
And tell you without any fear
My most smarting pains?
The torment that afflicts me too greatly
Obliges me to declare to you
The subject of my ordeals.

Might I dare utter
The cause of my martyrdom
To the dryads of these woods?
O! matchless passions!
The forests have no ears
To hear my sad voice.

So I shall repent,
In the frightful silence
Of the most solitary places,
To ever die and live:
For to survive is to die
To the loss of his best.

***

Was werd‘ ich tun? Was werd‘ ich sagen?
In welche Richtung wende ich
Mein schmerzlichstes Fragen?
Euch ruf‘ ich‘s zu, ihr Felsen und Gebirge,
Ihr Wälder und Wiesen,
Die ihr hier liegt vor mir.

Wie? Könnt ich wohl hier klagen
Und euch ohn‘ Ängste sagen
Mein‘ allerschmerzlichste Pein?
Die Unruh‘, die mich zu sehr quält,
Euch zu erklär‘n mich pflichtet
Den Inhalt meines Unglücks.

Sollt‘ ich es denn wohl wagen,
Den Grund mein‘s Leid‘s zu sagen
Den Dryaden dieses Hains?
Oh, Leiden ohnegleichen,
Die Wälder können gar nicht lauschen,
Zu hören mein‘ traur‘ge Stimm‘.

Ich werde also büßen,
In der furchtbaren Stille
Der einsamsten Ort‘ alldort.
Ich werde immer sterben und auch leben,
Denn es heißt sterben, wenn man muss überleben
Sein Liebstes, das man verlor.

(Jean Boyer)

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Mon Ami le Vent (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Ami le Vent

JE t’aime et te salue, ô mon ami le vent
Qui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,
Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant
Les flots dont l’âcreté ravive ta soif blême…

Rien ne saurait combler le vide de mes bras,
Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises…
J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas…
Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?

Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,
Vers les récifs et vers les îles désolées
Où les plantes n’ont point les magiques poisons ?
Que cherchent en vain les princesses exilées ?…

Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiver
Où nul essor de blancs goélands ne s’élance,
Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,
Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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