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Posts Tagged ‘tourment’

Dit de la Force et de l’Amour (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Dit de la Force et de l’Amour

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poèmes politiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Tourment (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Tourment

Coeur, entends-tu
Le pas léger
Derrière toi?

Coeur, vois-tu?
Quelqu’un te fait signe,
Un signe furtif de la main.

Est-ce toi ? Est-ce toi ?
La neige tourbillonne,
Le croissant se fige…

Est-ce toi qui descends?
Est-ce toi qui m’emmènes?
Toi, dont je suis épris?

Au-dessus des neiges sans fin
Envolons-nous!
Par-delà les mers brumeuses,
Brûlons jusqu’au bout!

Oiseau du tourbillon,
Aux sombres ailes,
Donne-moi deux ailes!

Qu’avec toi, chère à mon coeur,
Dans le cercle de lune argent,
Mon âme se languisse!

Que les braises de l’hiver
Calcinent la croix
Lointaine et menaçante!

Que nous volions, flèches sifflantes,
Vers l’abîme des étoiles noires.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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A la muse (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

A la muse

Tes chants les plus secrets révèlent,
Le présage fatal de la mort,
L’anathème des lois sacrées,
Et l’outrage fait au bonheur.
Et ta force est irrésistible,
Je l’affirme avec la rumeur :
Tu as fait déchoir des anges
Pris au piège de ta beauté…
Et lorsque tu railles la foi
Au-dessus de ta tête, soudain,
Luit, blême, le cercle gris-pourpre
Que j’ai vu luire autrefois.
Méchante ? Bonne ? Tu es autre.
On te dit avec des mots savants :
Pour d’aucuns, tu es Muse et miracle.
Et pour moi tourment et enfer.

(Alexandre Blok)

Illustration: Evelyn De Morgan

 

 

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Ô Rêve, où es-tu à présent ? (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Ô Rêve, où es-tu à présent ?
De longues années ont passé
Depuis que sur ton visage d’ange
J’ai vu la lumière s’altérer —

Hélas, hélas pour moi,
Si radieuse était ta beauté,
Je ne savais pas que ton souvenir
Ne me livrerait que tourment !

Le rayon de soleil et l’orage,
La soirée d’été divine,
La nuit silencieuse au calme solennel,
La clarté pure de la pleine lune

Jadis entrelacés à toi
Le sont aujourd’hui au lourd chagrin —
Vision perdue ! il me suffit —
Tu ne peux plus resplendir —

***

O Dream, where art thou now ?
Long years have past away
Since last, from off thine angel brow
I saw the light decay —

Alas, alas for me
Thou wert so bright and fair,
I could not think thy memory
Would yield me nought but care !

The sun-beam and the storm,
The summer-eve divine,
The silent night of solemn calm,
The full moon’s cloudless shine

Were once entwined with thee
But now, with weary pain —
Lost vision ! tis enough for me —
Thou canst not shine again —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Elégie (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

John Simmons

Elégie

J’ai voyagé par les trois parts du monde,
J’ai vu la mer d’où lève le soleil,
Et j’ai vu l’onde où l’attend le sommeil,
Et mille biens dont les hautes louanges
Font ébahir les nations étranges,
Les y tirant par un désir de voir
Qui des pays la grandeur veut savoir.
J’ai enduré mainte dure fortune
Dessus les flots, royaume de Neptune;
J’ai enduré mainte fortune aussi
Dessus la terre, en proie de souci,
Soit voyageant en régions diverses,
Soit en suivant Bellone et ses traverses.
Tous ses malheurs, hélas ! j’ai surmonté
Pour être enfin de deux beaux yeux dompté,
Yeux qui me font une guerre cruelle,
Cruelle autant qu’elle semble nouvelle.
Tous les travaux auparavant connus
Ne me sont rien près de ceux que Vénus
Me fait souffrir. Une amoureuse peine
plus que nulle autre est de misère pleine :
Mais la beauté qui cause mon tourment
Vaut bien le mal que je souffre en aimant.

(Adamis Jamyn)

Illustration: John Simmons

 

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Confiance (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter

Confiance

Ils s’aiment en silence, et leur coeur se consume;
En attendant toujours l’instant qui doit venir.
Ils souffrent, mais pourtant ils n’ont pas d’amertume,
Ils savent que demain leur tourment va finir.

Ils savent que demain les Heures merveilleuses
Viendront sonner pour eux la fête de l’Amour
Et qu’Elles souriront aux belles amoureuses
Qui pleurent dans la nuit en espérant le jour.

Et dans le soir, fiévreusement, leurs bras se tendent
Bien qu’ils soient séparés, ils se parlent tout bas.
Ils disent doucement que leurs âmes s’attendent,
Et qu’il est des amours que l’on ne détruit pas.

(Ida Faubert)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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Allez en paix (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Sergey Kondrashov 23

Allez en paix

Allez en paix, mon cher tourment,
Vous m’avez assez alarmée,
Assez émue, assez charmée…
Allez au loin, mon cher tourment,
Hélas ! mon invisible aimant !

Votre nom seul suffira bien
Pour me retenir asservie ;
Il est alentour de ma vie
Roulé comme un ardent lien :
Ce nom vous remplacera bien.

Ah ! je crois que sans le savoir
J’ai fait un malheur sur la terre ;
Et vous, mon juge involontaire,
Vous êtes donc venu me voir
Pour me punir, sans le savoir ?

D’abord ce fut musique et feu,
Rires d’enfants, danses rêvées ;
Puis les larmes sont arrivées
Avec les peurs, les nuits de feu…
Adieu danses, musique et jeu !

Sauvez-vous par le beau chemin
Où plane l’hirondelle heureuse :
C’est la poésie amoureuse :
Pour ne pas la perdre en chemin
De mon coeur ôtez votre main.

Dans votre prière tout bas,
Le soir, laissez entrer mes larmes ;
Contre vous elles n’ont point d’armes.
Dans vos discours n’en parlez pas !
Devant Dieu pensez-y tout bas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Sergey Kondrashov

 

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PREMIERS BEAUX VERS (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



PREMIERS BEAUX VERS

Où sont les jours d’hiver pleins de calme infini
Dans la salle d’étude, aux carreaux blanc de givre;
Et les grands abat-jour sur les lampes de cuivre
Comme autour d’une lune un halo d’or bruni.

Quel éveil dans nos coeurs quand le soir, en sourdine,
Chuchotait sa tristesse aux fentes des châssis
Et que, sur les bancs noirs pensivement assis,
Nous lisions, tout songeurs, des vers de Lamartine.

Trouble des premiers vers douloureux ou charmants!
Trouble des premiers vers dont les musiques vagues
Vibraient avec un bruit pareil au bruit des vagues
Et semblaient correspondre à nos jeunes tourments!

Nous pleurions longuement Graziella trahie
Qui, n’ayant pu laisser tel qu’un tapis moelleux
Son amour sous les pas du poète oublieux,
Sans bague au doigt fut mise en sa bière fleurie !

Mais tout là-bas, au bord des rivages houleux
Ou priera l’avenir sur sa tombe odorante,
Nous autres, négligeant la morte de Sorrente,
Nous cherchions dans la mer l’infini des yeux bleus.

A travers l’idéal des grandes eaux dormantes,
A travers l’idéal des beaux vers consacrés,
Nous pouvions voir déjà, pendant ces soirs sacrés,
Appareiller vers nous nos futures amantes !

Tout nous parlait d’hymen, de baisers et d’aveux !
Et dans la barque d’or des strophes amoureuses
Les rimes accordaient leurs rames langoureuses
Pour amener vers nous la vierge de nos voeux!

La douceur de la mer méditerranéenne
Chantait dans les flots bleus des vers pleins de langueur
Qui venaient déferler sur la plage du coeur
Avec un bruit de robe et des frissons de traîne!

(Georges Rodenbach)

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La Carte Du Tendre (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017




    
La Carte Du Tendre

Le long du fleuve qui remonte
Par les rives de la rencontre
Aux sources d’émerveillement
On voit dans le jour qui se lève
S’ouvrir tout un pays de rêve
Le tendre pays des amants
On part avec le coeœur qui tremble
Du bonheur de partir ensemble
Sans savoir ce qui nous attend
Ainsi commence le voyage
Semé d’écueils et de mirages
De l’amour et de ses tourments

Quelques torrents de médisance
Viennent déchirer le silence
Essayant de tout emporter
Et puis on risque le naufrage
Lorsque le vent vous mène au large
Des îles d’infidélité
Plus loin le courant vous emporte
Vers les rochers de la discorde
Et du mal à se supporter
Enfin la terre se dénude
C’est le désert de l’habitude
L’ennui y a tout dévasté

Quand la route paraît trop longue
Il y a l’escale du mensonge
L’auberge de la jalousie
On y déjeune de rancune
Et l’on s’enivre d’amertume
L’orgueil vous y tient compagnie
Mais quand tout semble à la dérive
Le fleuve roule son eau vive
Et l’on repart à l’infini
Où l’on découvre au bord du Tendre
Le jardin où l’on peut s’étendre
La terre promise de l’oubli

(Georges Moustaki)

 

 

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