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Posts Tagged ‘tourmenté’

Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Lui que je loue de ma bouche muette nocturne
Murmurant des silences jusqu’au moment où les étoiles
Sont suspendues aux noeuds immobiles de mes vagues tourmentées,
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Je tisse sur le sol désert de l’espace
La danse nuptiale, je danse les mystères
Qui ont incendié la maison de Penthée.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

Il pose dans ma tombe profonde ses feux impérissables,
Sa flamme jaillit en moi fontaine arbre et coeur,
Il plane’issu du lit de la nature dans un vol d’oiseau.
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Mes feuilles attirent de leurs mains vertes le soleil
Et lient en gerbe ses rayons dans la rose sauvage du monde.
J’offre mes miroitantes mers à son visage.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

***

Him I praise with my mute mouth of night
Uttering silences until the stars
Hang at the still nodes of my troubled waves.
Into my dark I have drawn down his light.

I weave upon the empty floor of space
The bridal dance, I dance the mysteries
That set the house of Pentheus ablaze.
His radiance shines into my darkest place.

He lays in my deep grave his deathless fires,
In me his flame springs fountain tree and heart,
Soars up from nature’s bed in a bird’s flight.
Into my dark I have drawn down his light.

My leaves draw down the sun with their green hands
And bind his rays into the world’s wild rose.
I hold my mirroring seas before his face.
His radiance shines into my darkest place.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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Vérité du coeur (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018


 

Vérité du coeur : des gouffres
Taillés par le poids de la douleur
Émerge aveugle,
Tourmentée par le soleil, en pleurs,
La forme monstrueuse de l’amour.

***

Heart’s truth: from shelving depths
Shaped by the weight of sorrow where it broods,
Sightless surfaces,
Tormented by the sun,
Love’s monster weeping form.

(Kathleen Raine)

Illustration: Eugène Médard

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Echelle du sec au fluide (Roxana Páez)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018




    
Echelle du sec au fluide

Les lettres d’encre ne sont pas si différentes
de la fumée que dégage le lit de papier
dans le feu.

Et mon plaisir n’a pas de nom quand les paroles montent
pour se fondre dans la tourmente, au rythme aléatoire
des papillons en guenilles.

***

Escala de lo seco a lo fluido

Las letras de tinta no son muy distintas
del humo que suelta la cama de papel
en el fuego.

Y mi placer no tiene nombre cuando las palabras suben
a fundirse con la tormenta, en un ritmo aleatorio
de mariposas harapientas.

(Roxana Páez)

 

Recueil: Des brindilles à sa flambée
Traduction:
Editions: Reflet de lettres

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Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras
et beaucoup de vertige, beaucoup d’insurrection
même après tant d’années de mer entre nous
à chaque aube il est dur de ne plus t’aimer

parfois dans la foule surgit l’éclair d’un visage
blanc comme fut naguère le tien dans ma tourmente
autour de moi l’air est plein de trous bourdonnant
peut-être qu’ailleurs passent sur ta chair désolée
pareillement des éboulis de bruits vides
et fleurissent les mêmes brûlures éblouissantes

si j’ai ma part d’incohérence, il n’empêche
que par moments ton absence fait rage
qu’à travers cette absence je me désoleille
par mauvaise affliction et sale vue malade
j’ai un corps en mottes de braise où griffe
un mal fluide de glace vive en ma substance

ces temps difficiles malmènent nos consciences
et le monde file un mauvais coton, et moi
tel le bec du pivert sur l’écorce des arbres
de déraison en désespoir mon cœur s’acharne
et comme, mitraillette, il martèle
ta lumière n’a pas fini de m’atteindre
ce jour-là, ma nouvellement oubliée
je reprendrai haut bord et destin de poursuivre
en une femme aimée pour elle à cause de toi

(Gaston Miron)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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Cogitations (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Esther Granek   
    

Cogitations

Et s’usera le temps
au rythme des saisons.
S’useront mes printemps.
Et moi… je reste…

Je me voudrais marée
au rythme imperturbable.
Je me voudrais jetée.
Ou je me voudrais sable.

Et s’useront mes rêves.
Et s’usera ma joie.
S’useront mes combats.
Et s’usera ma sève.

Je me voudrais étang
à surface de moire
où les aubes et les soirs
se mirent infiniment..

S’usera ma gaieté.
S’useront mes attentes.
S’useront mes projets.
S’useront mes tourmentes.

Je me voudrais le vent.
Je me voudrais la mer.
Je me voudrais le temps
au rythme de la terre.

S’useront les images
qu’on garde au fond de soi.
Et s’useront les pages
qu’on se fit pas à pas.

Alors tel un vieux loup
au bout de son chemin,
je me voudrai caillou
au rythme de plus rien !

(Esther Granek)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Je cours après mon ombre
Traduction:
Editions:

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SUR MON LIT DE MALADE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




SUR MON LIT DE MALADE

Dans la pure lumière de l’aube qui point
je vis l’Univers ceint de la Couronne de Paix.
De leur tête inclinée les arbres lui donnaient leur bénédiction.
Solidement établie au coeur de l’Univers, la Paix
se garde elle-même à travers les luttes et la douleur au long des âges.
Dans ce monde tourmenté, elle se manifeste chaque jour, à l’aube et au crépuscule.

O Poète, héraut du Bien,
tu as sûrement reçu son invitation.
Si, ignorant son appel,
tu deviens le porte-parole du désespoir,
l’émissaire de la difformité,
si tu joues faux sur une harpe cassée,
défigurant l’éternelle vérité de l’Univers,
alors pourquoi as-tu été mis au monde ?
Dans les rizières pourquoi laisse-t-on les chardons prospérer,
pour insulter la faim de l’Homme ?

Si le malade considère la maladie comme l’ultime vérité,
mieux vaut mourir en silence.
Le poète dans l’Homme devrait-il ne devenir qu’objet de disgrâce
en suivant les sentiers d’une imagination sans pudeur,
et mettant un masque éhonté
devrait-il ternir l’éclat de la figure humaine ?

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Alex Alemany

 

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ENDYMION (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ENDYMION

La chasse l’habite encore. Au travers de ses veines
comme d’un fourré, jaillit la bête.
Des vallées prennent forme, des étangs en forêt
reflètent la biche, tandis que derrière elle

alerte court le sang du dormeur clos,
tourmenté par la brutale évanescence
de l’arsenal confus des rêves.
Mais la déesse, elle qui n’a jamais connu l’union,

va, adolescente, par les nuits de tous les âges,
elle qui s’est accomplie elle-même
dans les cieux, sans rencontrer personne,

elle se pencha sans bruit sur les flancs du dormeur,
et de ses épaules elle fit briller
soudain la coupe où il buvait le sommeil.

***

ENDYMION

In ihm ist Jagd noch. Durch sein Geäder
bricht wie durch Gebüsche das Tier.
Täler bilden sich, waldige Bäder
spiegeln die Hindin, und hinter ihr

hurtigt das Blut des geschlossenen Schläfers,
von des traumig wirren Gcwäfers
jähem Wicderzergehn gequält.
Aber die Göttin, die, nievermählt,

Jünglingin über den Nächten der Zeiten
hingeht, die sich selber ergänzte
in den Himmeln und keinen betraf,

neigte sich leise xu seinen Seiten,
und von ihren Schultern erglänzte
plötzlich seine Schale aus Schlaf.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Edward John Poynter

 

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LE PATOIS DE CHEZ NOUS (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
LE PATOIS DE CHEZ NOUS

Dans mon pays, dès ma naissance
Les premiers mots que j’entendis
Au travers de mon «innocence »
Semblaient venir du paradis
C’était ma mère, toute heureuse,
Qui me fredonnait à mi-voix
Une simple et vieille berceuse,
En patois…

Le joli patois de chez nous
Est très doux !
Et mon oreille aime à l’entendre.
Mais mon cœur le trouve plus doux,
Et plus tendre !

Dans mon pays, au temps des sèves,
A l’âge où d’instant en instant,
L’amour entrevu dans nos rêves
Se précise dans le Printemps.
Cueillant les fleurs que l’avril sème
Un jour, pour la première fois,
Une fille m’a dit : « Je t’aime »
En patois…

De mon pays blond et tranquille
Quand je suis parti « déviré »
Par le vent soufflant vers la Ville,
Mes vieux et ma mie ont pleuré.
Pourtant, jusqu’au train en partance
M’ont accompagné tous les trois
Et m’ont souhaité bonne chance
En patois…

Loin du pays, dans la tourmente
Hurlante et folle, de Paris,
Où ma pauvre âme se lamente
Un bonheur tantôt m’a surpris !
Des paroles fraîches et gaies
Ont apaisé mes noirs émois :
J’ai croisé des gens qui causaient
Mon patois…

(Gaston Couté)

 

 

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DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE

En vain dans tes grands yeux quelque bûcher s’allume,
En vain de tes baisers le tourment me consume,
Mes lèvres sont meurtries, mais je veux davantage !

Pour arracher ta robe, un feu incendiaire
En vue des cieux profonds halète dans ta chair.
Et qu’y a-t-il encor? Mais je veux davantage.

Pareil au nourrisson que sa catin de mère
Pour qu’il morde le feu jette en la poudrière,
Voici mon сoeur, mon coeur si beau, fou de désir !

Ah! combien j’aimerais que nos corps s’unissant,
Le sang, le mien, le tien ne soient qu’un même sang,
Fleuves unis par l’ouragan qui va finir !

Double, notre âme unique alors s’envolerait,
Calme, vers l’infini; mais qui l’effacerait,
Juste pour un seul corps et que plus rien ne touche,

Rêve de tristes fleurs qui vont éclore ensemble,
tel un subtil parfum dans la brise qui tremble,
Lorsque s’apaise enfin la tourmente farouche.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le cœur et l’œil (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le cœur et l’œil

Le cœur sent, l’œil cherche. Il voit le chemin
Qui mène à l’amour de la belle fille.
Et quand celle-ci ne semble pas loin
Palpite le cœur, tandis que l’œil brille,
Comprend le désir. C’est qu’il le connaît!
Cher et doux trésor, quel est ton souhait?

Quand l’amour s’enfuit de celle qu’on aime,
Le cœur, tout à coup, veut se révolter.
Égoïste cœur qui pense à lui-même
Et ne tarde pas à rire ou chanter.
C’est que nul souci, vraiment, ne le hante.
Il s’est séparé sans nulle épouvante.

L’œil lave son être, humble et tourmenté.
Son trésor caché, tout seul, il le pleure.
Mais à quoi sert-il, ce pleur qui l’effleure?
L’œil aura perdu sa vive clarté
Sitôt que ce pleur offert à la belle
Ne coulera plus, retiendra son zèle.

(Attila Jozsef)


Illustration

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