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Poésie

Posts Tagged ‘tourmenter’

UNE FEE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020




    
UNE FEE

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi.

C’est elle dont le luth d’ivoire
Me redit, sur un mâle accord,
Vos contes, qu’on n’oserait croire,
Bons paladins, si votre histoire
N’était plus merveilleuse encor.

C’est elle, aux choses qu’on révère
Qui m’ordonne de m’allier,
Et qui veut que ma main sévère
Joigne la harpe du trouvère
Au gantelet du chevalier.

Dans le désert qui me réclame,
Cachée en tout ce que je vois,
C’est elle qui fait, pour mon âme,
De chaque rayon une flamme,
Et de chaque bruit une voix ;

Elle, – qui dans l’onde agitée
Murmure en sortant du rocher,
Et, de me plaire tourmentée,
Suspend la cigogne argentée
Au faîte aigu du noir clocher ;

Quand, l’hiver, mon foyer pétille,
C’est elle qui vient s’y tapir,
Et me montre, au ciel qui scintille,
L’étoile qui s’éteint et brille,
Comme un œil prêt a s’assoupir ;

Qui, lorsqu’en des manoirs sauvages
J’erre, cherchant nos vieux berceaux,
M’environnant de mille images,
Comme un bruit du torrent des âges,
Fait mugir l’air sous les arceaux ;

Elle, – qui, la nuit, quand je veille,
M’apporte de confus abois,
Et, pour endormir mon oreille,
Dans le calme du soir, éveille
Un cor lointain au fond des bois.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi !

(Victor Hugo)

 

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La coccinelle (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020




    
La coccinelle

Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J’aurais dû – mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche franche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.

– Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l’insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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Enfer et ciel (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020



Illustration: Christian Schloe
    
Enfer et ciel

Dans le silence de la nuit,
dans la brume du soir,
quand la pensée tourmentée s’accroche au souvenir
de ses amours perdus,

quand l’aube prête une beauté soudaine
au ciel couvert et maussade,
et qu’aux sanglots lents de la pluie
répond un vent de mystère,
toujours me revient son visage
et sa voix murmure à mes oreilles,
triste et cruelle beauté,
aux yeux d’azur austères.

Sombre silhouette jadis rayonnante
de vie et de lumière intérieures
quand son âme s’épandait en ondes cristallines
et que les lèvres vermeilles se riaient du péché !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Enfer et ciel (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



    

Enfer et ciel

Dans le silence de la nuit,
dans la brume du soir,
quand la pensée tourmentée s’accroche au souvenir
de ses amours perdus,

quand l’aube prête une beauté soudaine
au ciel couvert et maussade,
et qu’aux sanglots lents de la pluie
répond un vent de mystère,
toujours me revient son visage
et sa voix murmure à mes oreilles,
triste et cruelle beauté,
aux yeux d’azur austères.

Sombre silhouette jadis rayonnante
de vie et de lumière intérieures
quand son âme s’épandait en ondes cristallines
et que les lèvres vermeilles se riaient du péché !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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POÈME AU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Armand Point 
    
POÈME AU MONDE

C’est bonheur que pouvoir bouger
C’est enchantement que toucher
C’est une merveille vibrer
Dans le floral éclat des prés,
Exaltant se laisser aller
Au flux d’événements ailés,
Joyeux en élans s’exhaler,
S’élancer en joie s’égarer.
C’est jeu se laisser entraîner
Vers les dangers illuminés,
Léger et lesté se leurrer
De tant de leurres éventés,
Par la nostalgie tourmenté,
Au vent des épreuves porté
Dans les tourbillons déchaînés
Et les cauchemars effrénés.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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VIRGINAL (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2019



Illustration: Johannes Vermeer
    
VIRGINAL*

Pâle, devant un clavecin
Ses doigts en tourmentent les touches
Tremble son sein

Muette se plisse sa bouche
Amoureuse ou sainte-nitouche
En mal d’amant

Jouant comme on fourbit ses armes
Lors, les notes exquisément
Perlent en larmes

* Instrument de musique pour jeunes filles.

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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Je demande (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    

Je demande

Je me demande chaque heure mille fois
D’où me vint cette conscience d’un poids,
Ce souffrir sourd, toujours plus profond.
J’ai perdu depuis longtemps toute joie
De m’éprouver dans l’épuisement,
Je suis tourmentée dans mon cheminement
Et amère de ne savoir me garder.

Je me secoue en m’exhibant vers les cieux,
M’essaie à la jouissance et à la frénésie.
J’ai rompu avec Dieu et son monde
Et même à genoux n’ai jamais senti
Qu’existe cette paix humble
Que les autres atteignent si facilement.

Cependant, je dois être de Dieu, en toute contradiction.
Pour le croire comme il me faut croire,
Il faut bien qu’il me donne de son rayonnement.
Comme tu es las, monde qui m’as enfantée,
Pour n’être prêt qu’à m’imposer des chaînes et,
Alors que je peux m’enflammer, m’enchanter,
Ensevelir en moi plus fixement tes ombres.

***

Ich frage

Ich frage mich aile Stunden tausendmal,
Woher mir dieses Lastbewußtsein kam,
Dies dumpfe immer tiefer Schmerzen.
Ich habe aile Freude längst verloren,
Mich zu empfinden in den Mattigkeiten,
Ich bin gequält in meinem Weiterschreiten
Und bitter, daß ich mich nicht wehren kann.

Ich schüttel mich in himmelwärt’ger Schau,
Versuch mich in Genuß und Raserei.
Ich bin mit Gott und seiner Welt zerfallen
Und habe selbst im Knieen nie gefühlt,
Daß es den Demutfrieden gibt,
Den aile andern sich so leicht erdienen.

Ich doch Gottes sein, in allem Widerspruch.
Ihn so zu glauben, wie ich glauben
Mie er notwendig mich aus seinem Strahle geben.
Wie bist du müde, Welt, die mich geboren,
Einzig bereit, mir Ketten aufzudrücken
Und, wo ich lodern kann und mich entzücken,
Mir deine Schatten fester einzugraben.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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L’arbre qui chante (Jean-Pierre Voidiès)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Ivan Alifan c43 [1280x768]

L’arbre qui chante

Ecoute, écoute : un arbre chante
Car un nid s’est caché dedans

Qui trouvera, qui trouvera
Dans tout ce vert de sophora

Dans cette boule caressante
Le bateau chaud que la tourmente
Jamais, jamais ne brisera ?

Qui trouvera, qui trouvera ?

Mais laisse donc, enfant, tais-toi

Pour une fois qu’un arbre chante…!

(Jean-Pierre Voidiès)

Illustration: Ivan Alifan

 

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LE LANGAGE DES OISEAUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
LE LANGAGE DES OISEAUX
pour Helen Sutherland

Ce ne sont pas les oiseaux qui parlent, mais les hommes qui apprennent le silence.
Eux, ils ne savent et n’utilisent aucun langage.
D’une sagesse de feuilles
Dans un vol d’ombres qui se faufilent entre les frondaisons des arbres,
N’exprimant que les longues pensées du monde,
Leur chant s’élève, absolu, ce chant qui n’a qu’une seule phrase
Et ne vient pas d’un coeur divisé, douloureux.

Les bêtes aux yeux indifférents et doux,
Éveillées ou endormies, ont la grâce naturelle.
Ordre innocent des étoiles et des marées,
Un élan circule dans le cours du sang.
Obéissant à un seul pouls vivant,
Avec eux, les saints conversent en secret.

Nous, ignorants et bannis, nous restons
A nous émerveiller du vol de l’hirondelle,
A contempler la main ouverte,
A interroger les lignes de la chance :
Chaque destinée tourmente
L’esprit exilé.

Nos paroles et nos idées ne nomment
Qu’un univers d’ombres; car la vérité est claire
Qui a visité Jacob en rêve,
Que Moïse entendit dans le désert brûlant,
Et que livrent les anges dans l’annonciation.

***

THE SPEECH OF BIRDS
For Helen Sutherland

It is not birds that speak, but men learn silence;
They know and need no language; leaf-wise
In shadowy flight, threading the leafy trees,
Expressive only of the world’s long thoughts,
Absolute rises their one-pointed sons,
Not from a heart divided, and in pain.

The sweet-eyed, unregarding beasts
Waking and sleeping Wear the natural grace.
The innocent order of the stars and tides
An impulse in the blood-stream circulates.
Obedient to one living pulse,
With them, at heart, converse the saints.

We, ignorant and outcast, stand
Wondering at the swallow’s flight
Gazing at the open band,
Questioning the lins of fate —
Bach individual destin »,
Preying on an exiled mind.

Our words, our concepts, only Harle
A world of shadows; for the truth is plain
That visited Jacob in a dream,
And Moses, from the burning desert heard,
Or angels in annunciation bring.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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L’infini me tourmente (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



 

Gao Xingjian  bbrl

[…]
l’infini me tourmente.
Je n’y saurais songer sans crainte et sans espoir ;
Et, quoi qu’on en ait dit, ma raison s’épouvante
De ne pas le comprendre et pourtant de le voir.
[…]

(Alfred de Musset)

Illustration: Gao Xingjian

 

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