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Poésie

Posts Tagged ‘tourmenter’

VIRGINAL (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2019



Illustration: Johannes Vermeer
    
VIRGINAL*

Pâle, devant un clavecin
Ses doigts en tourmentent les touches
Tremble son sein

Muette se plisse sa bouche
Amoureuse ou sainte-nitouche
En mal d’amant

Jouant comme on fourbit ses armes
Lors, les notes exquisément
Perlent en larmes

* Instrument de musique pour jeunes filles.

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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Je demande (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    

Je demande

Je me demande chaque heure mille fois
D’où me vint cette conscience d’un poids,
Ce souffrir sourd, toujours plus profond.
J’ai perdu depuis longtemps toute joie
De m’éprouver dans l’épuisement,
Je suis tourmentée dans mon cheminement
Et amère de ne savoir me garder.

Je me secoue en m’exhibant vers les cieux,
M’essaie à la jouissance et à la frénésie.
J’ai rompu avec Dieu et son monde
Et même à genoux n’ai jamais senti
Qu’existe cette paix humble
Que les autres atteignent si facilement.

Cependant, je dois être de Dieu, en toute contradiction.
Pour le croire comme il me faut croire,
Il faut bien qu’il me donne de son rayonnement.
Comme tu es las, monde qui m’as enfantée,
Pour n’être prêt qu’à m’imposer des chaînes et,
Alors que je peux m’enflammer, m’enchanter,
Ensevelir en moi plus fixement tes ombres.

***

Ich frage

Ich frage mich aile Stunden tausendmal,
Woher mir dieses Lastbewußtsein kam,
Dies dumpfe immer tiefer Schmerzen.
Ich habe aile Freude längst verloren,
Mich zu empfinden in den Mattigkeiten,
Ich bin gequält in meinem Weiterschreiten
Und bitter, daß ich mich nicht wehren kann.

Ich schüttel mich in himmelwärt’ger Schau,
Versuch mich in Genuß und Raserei.
Ich bin mit Gott und seiner Welt zerfallen
Und habe selbst im Knieen nie gefühlt,
Daß es den Demutfrieden gibt,
Den aile andern sich so leicht erdienen.

Ich doch Gottes sein, in allem Widerspruch.
Ihn so zu glauben, wie ich glauben
Mie er notwendig mich aus seinem Strahle geben.
Wie bist du müde, Welt, die mich geboren,
Einzig bereit, mir Ketten aufzudrücken
Und, wo ich lodern kann und mich entzücken,
Mir deine Schatten fester einzugraben.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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L’arbre qui chante (Jean-Pierre Voidiès)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Ivan Alifan c43 [1280x768]

L’arbre qui chante

Ecoute, écoute : un arbre chante
Car un nid s’est caché dedans

Qui trouvera, qui trouvera
Dans tout ce vert de sophora

Dans cette boule caressante
Le bateau chaud que la tourmente
Jamais, jamais ne brisera ?

Qui trouvera, qui trouvera ?

Mais laisse donc, enfant, tais-toi

Pour une fois qu’un arbre chante…!

(Jean-Pierre Voidiès)

Illustration: Ivan Alifan

 

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LE LANGAGE DES OISEAUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
LE LANGAGE DES OISEAUX
pour Helen Sutherland

Ce ne sont pas les oiseaux qui parlent, mais les hommes qui apprennent le silence.
Eux, ils ne savent et n’utilisent aucun langage.
D’une sagesse de feuilles
Dans un vol d’ombres qui se faufilent entre les frondaisons des arbres,
N’exprimant que les longues pensées du monde,
Leur chant s’élève, absolu, ce chant qui n’a qu’une seule phrase
Et ne vient pas d’un coeur divisé, douloureux.

Les bêtes aux yeux indifférents et doux,
Éveillées ou endormies, ont la grâce naturelle.
Ordre innocent des étoiles et des marées,
Un élan circule dans le cours du sang.
Obéissant à un seul pouls vivant,
Avec eux, les saints conversent en secret.

Nous, ignorants et bannis, nous restons
A nous émerveiller du vol de l’hirondelle,
A contempler la main ouverte,
A interroger les lignes de la chance :
Chaque destinée tourmente
L’esprit exilé.

Nos paroles et nos idées ne nomment
Qu’un univers d’ombres; car la vérité est claire
Qui a visité Jacob en rêve,
Que Moïse entendit dans le désert brûlant,
Et que livrent les anges dans l’annonciation.

***

THE SPEECH OF BIRDS
For Helen Sutherland

It is not birds that speak, but men learn silence;
They know and need no language; leaf-wise
In shadowy flight, threading the leafy trees,
Expressive only of the world’s long thoughts,
Absolute rises their one-pointed sons,
Not from a heart divided, and in pain.

The sweet-eyed, unregarding beasts
Waking and sleeping Wear the natural grace.
The innocent order of the stars and tides
An impulse in the blood-stream circulates.
Obedient to one living pulse,
With them, at heart, converse the saints.

We, ignorant and outcast, stand
Wondering at the swallow’s flight
Gazing at the open band,
Questioning the lins of fate —
Bach individual destin »,
Preying on an exiled mind.

Our words, our concepts, only Harle
A world of shadows; for the truth is plain
That visited Jacob in a dream,
And Moses, from the burning desert heard,
Or angels in annunciation bring.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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L’infini me tourmente (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



 

Gao Xingjian  bbrl

[…]
l’infini me tourmente.
Je n’y saurais songer sans crainte et sans espoir ;
Et, quoi qu’on en ait dit, ma raison s’épouvante
De ne pas le comprendre et pourtant de le voir.
[…]

(Alfred de Musset)

Illustration: Gao Xingjian

 

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La raison la moins claire (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




Illustration
    
La raison la moins claire

Je voyais des beautés qui planaient imprenables
sur les plages léchées où les algues séchaient
Des seins qui soulevaient leur forme sur le sable
des jambes tourmentées quand le foehn rôdait

M’éblouissaient l’éclair de neige des aisselles
M’éblouissait leur pente douce vers la mer
L’horizon s’arrêtait sur des courbes de sel
Deux framboises gonflaient transpercées de lumière

Des jambes se lovaient jusqu’à l’humble repaire

Il manquait à l’amour
sa raison la moins claire.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le soir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



Jules Bastien Lepage - (9) [1280x768]
Le soir

Seule avec toi dans ce bocage sombre ?
Qu’y ferions-nous ? à peine on peut s’y voir.
Nous sommes bien ! Peux-tu désirer l’ombre ?
Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir !
Auprès de toi j’adore la lumière,
Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi,
Dès que la nuit a voilé ta chaumière,
Je me retrouve, en fermant ma paupière,
Seule avec toi.

Sûr d’être aimé, quel voeu te trouble encore ?
Si près du mien, que désire ton coeur ?
Sans me parler ta tristesse m’implore :
Ce qu’on voit dans tes yeux n’est donc pas le bonheur ?
Quel vague objet tourmente ton envie ?
N’as-tu pas mon serment dans ton sein renfermé ?
Qui te rendra ta douce paix ravie ?
Dis ! Quel bonheur peut manquer à ta vie,
Sûr d’être aimé ?

Ne parle pas ! Je ne veux pas entendre :
Je crains tes yeux, ton silence, ta voix.
N’augmente pas une frayeur si tendre ;
hélas ! Je ne sais plus m’enfuir comme autrefois,
Je sens mon âme à la tienne attachée,
J’entends battre ton coeur qui m’appelle tout bas :
Heureuse, triste, et sur ton sein penchée,
Ah ! Si tu veux m’y retenir cachée,
Ne parle pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jules Bastien Lepage

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La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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Pour trouver l’authentique amour (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: Oleg Zhivetin    
    
Ronsard écrivant ses Amours au son du luth et de la
flûte ne désignait, frauduleusement, que la passion la plus charnelle.

Pour trouver l’authentique amour,
il faut se tourner vers les saints et les mystiques de tous les temps,
qui en ont fait l’objet de leur quête personnelle et presque insensée.

Au Xe siècle, Hallâj s’écriait :
« Entre moi et Toi, il y a un  » c’est moi  » qui me tourmente.
Ah ! enlève par ton » c’est Moi « ,
mon  » c’est moi  » hors d’entre nous deux ».

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Présent, Passé, Avenir (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Présent, Passé, Avenir

Un instant, au passé, mon œil vague s’adresse.
Le présent le poursuit. Il ne peut se poser
Sur de vieux souvenirs. Non, il ne peut oser.
Le présent qui revient le tourmente sans cesse.

Le présent, le présent… toujours me tient en laisse.
Partout il me coudoie ! Je le vois aiguiser
Ses épines, hélas… promptes à m’inciser.
Il m’ôte tout espoir. Il me met en détresse.

Mais malgré la torture, il ne peut me ravir.
– Tout s’accomplit comme il est écrit – l’avenir!
L’avenir m’aidera sur mon chemin d’épines.

En l’avenir se glorifie l’être souffrant.
Me montrant le chemin, c’est toi qui m’illumines,
Avenir! Tous les deux, nous irons de l’avant.

(Attila Jozsef)

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