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Poésie

Posts Tagged ‘tournant’

La vie est si curieuse (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



La vie est si curieuse,
si surprenante, si nuancée
et chaque tournant du chemin
nous découvre une vue entièrement nouvelle.

(Etty Hillesum)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La mort ? (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



La mort ? Un tournant de la route.
Mourir ? Seulement ne plus être
Vu. Ecoutant, j’entends tes pas
Exister comme moi j’existe.

La terre est matière de ciel.
Le mensonge n’a aucun nid.
Nul jamais ne s’est fourvoyé.
Tout est chemin et vérité.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Un nom dans la montagne (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
Un nom dans la montagne

Et ton nom dans l’écho où paraît la montagne
Bleue
Crainte bleue des hauteurs et froide perception
Le vent seul, le vent
Obscur et vrai comme est le pain de vie

Avance
Parmi les hauts graviers de grège
Car on t’appelle d’un nom plus haut
Dans l’adage des morts, source grave
Étroite distinction

De toi parmi les morts, de toi parmi les roses
Et l’on ne sait si tu entends encore l’abondance
De ton corps descendu dans des milliers de graines

Pose les mains encore sur l’étendue
Car tous les chemins de fer se dissipent
Tous les tournants saignent sous l’arche

Éprends-toi d’un vieux reflet de la lumière
La main rie l’ami faible au loin te faisait signe.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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TOURNANT (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



    

TOURNANT

Je veux retourner à l’enfance.
Et de l’enfance à l’ombre.

Tu t’en vas, rossignol ?
Va-t’en.

Je veux retourner à l’ombre.
Et de l’ombre à la fleur.

Tu t’en vas, parfum ?
Va-t’en.

Je veux retourner à la fleur.
Et de la fleur
à mon coeur.

Tu t’en vas, amour ?
Adieu !
(A mon coeur désert!)

(Federico Garcia Lorca)

 

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LE MORT N° 18 (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Thérèse Bisch
    
LE MORT N° 18

L’oliveraie était verte, autrefois.
Était… Et le ciel,
Une forêt bleue… Était, mon amour.
Qu’est-ce qui l’a ainsi changée ce soir ?

Ils ont stoppé le camion des ouvriers à un tournant.
Calmes,
Ils nous ont placé face à l’est… Calmes.

Mon coeur était un oiseau bleu, autrefois… Ô nid de mon amour.
Et tes mouchoirs étaient chez moi, blancs. Étaient, mon amour.
Qu’est-ce qui les a souillés ce soir ?
Je ne sais, mon amour !

Ils ont stoppé le camion des ouvriers au milieu du chemin.
Calmes,
Ils nous ont placés face à l’est… Calmes.

Je te donnerai tout.
L’ombre et la lumière,
L’anneau des noces et tout ce que tu désires,
Un jardin d’oliviers et de figuiers,
Et la nuit, je te rendrai visite, comme à l’accoutumée.
J’entrerai, en rêve, par la fenêtre… et je te lancerai une fleur de sambac.
Et ne m’en veux pas si j’ai quelque retard.
C’est qu’ils m’auront arrêté.

L’oliveraie était toujours verte.
Était, mon amour.
Cinquante victimes
L’ont changée en bassin rouge au couchant… Cinquante victimes,
Mon amour… Ne m’en veux pas…
Ils m’ont tué… Tué
Et tué…

(Mahmoud Darwich)

 

Recueil: La terre nous est étroite
Traduction: Elias Sanbar
Editions: Gallimard

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FAUSSES PRÉSENCES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Illustration: Erich Heckel
    
FAUSSES PRÉSENCES

Tous les bruits disparus au tournant de l’oreille
Les monstres défraîchis
Les ailes du réveil
Le chant de l’homme au loin
La main blanche du vent sur le cou des sapins
Le ciel sans une ride
L’odeur d’un inconnu à cette place vide
Ce qui touche le fond
Les bêtes familières
Un buisson de soleil au beau milieu du champ
Et le azur qui s’en va sur l’arbre du couchant
Les pampas de l’orage

J’ai tout perdu
Et mon propre visage
Ce qui tenait à moi par des attaches d’or
Volet qui ne bat plus
Et qui m’écrase encore

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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AVEC L’AMOUR (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



 Illustration: Kajan: https://dessinrencontre.com/
    
AVEC L’AMOUR

N’entrez pas en ce moment
Ne venez pas me rejoindre à ce tournant
De ma vie
Laissez plutôt les chiens hurler sous la fenêtre
Et le vent s’approcher des murs
Je commence un poème qui ne doit pas s’achever
Il est parti du monde avec les feuilles
Il a tourné dans le soleil et dans ma main
Il est monté avec l’oiseau jusqu’à mes lèvres
Mais la beauté ne suffit plus

Laissez-moi seul avec l’amour
Je n’ai besoin pour vous aimer
Que d’un bruit de pas dans la rue
Et loin de vous je puis écrire
J’aime tous ceux qui font l’amour
Car je suis capable d’aller
De vous à moi
Sans déranger
La solitude et la parole.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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REMISE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
REMISE

Laissez filer les guides maintenant c’est la plaine
Il gèle à la frontière chaque branche l’indique
Un tournant va surgir prompt comme une fumée
Où flottera bonjour arqué comme une écharde
L’angoisse de faiblir sous l’écorce respire
Le couvert sera mis autour de la margelle
Des êtres bienveillants se porteront vers nous
La main à votre front sera froide d’étoiles
Et pas un souvenir de couteau sur les herbes

Non le bruit de l’oubli là serait tel
Qu’il corromprait la vertu du sang et de la cendre
Ligués à mon chevet contre la pauvreté
Qui n’entend que son pas n’admire que sa vue
Dans l’eau morte de son ombre.

(René Char)

 

Recueil: Poèmes et proses choisies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les chemins mènent tous au secret (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les chemins mènent tous au secret.
Ils s’infléchissent à quelque tournant,
on marche ainsi en pays réel
et puis soudain hors du temps mesurable.

On se retrouve enrichi de quelque épaisseur de vie étrange
comme si l’on avait déjà vécu plusieurs existences.

Pays à la brisure du crépuscule
comme s’il voulait signifier qu’il est tard
mais toujours temps.

On ramène alors de ces sortes de regards, de ces voyages,
la connaissance de l’être dilaté,
perméable au possible, un réel annexé, magnifié.

Dans ces randonnées en pays de vertige,
toujours hâtives, on grandit.

Il reste de ces fulgurations une ivresse toujours plus menaçante,
une drogue plus exigeante qui demande, au péril de la vie,
toujours plus d’audace.

C’est la vie multipliée dans les humbles choses
qui débouchent sur la largesse et l’illumination.

Alors le respect devient amour.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Fête de taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend!
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
lé fourreau arraché
on est autrui
n’importe quel autrui
On ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, matrice sans fond
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la hauteur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
Jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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