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Poésie

Posts Tagged ‘tournesol’

Celui qui se fie au tournesol (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019


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Celui qui se fie au tournesol
ne méditera pas dans la maison.
Toutes les pensées de l’amour
deviendront ses pensées.

(René Char)

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LA NONNE GITANE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019


 


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LA NONNE GITANE

Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines.
Sur une toile jaune paille
la nonne brode des giroflées.
Volent dans le lustre gris
les sept oiseaux du prisme.
Tel un ours panse en avant
loin de là grogne l’église.
Comme elle brode ! Quelle grâce !
Sur la toile jaune paille
elle aimerait bien broder
des fleurs à sa fantaisie.
Quel tournesol ! Quel magnolia
de faveurs et de clinquant !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l’autel !
Cinq oranges en compote
cuisent dans l’office proche :
ce sont les plaies du Christ
cueillies près d’Almeria.
Dans le regard de la nonne
galopent deux cavaliers.
Une rumeur dernière et sourde
lui décolle la chemise,
la vue des monts et des nuées
dans les lointains arides
fait qu’alors son coeur se brise,
son mur de sucre et de verveine.
Oh, quelle plaine escarpée
sous l’éclat de vingt soleils !
Quelles rivières soulevées
entrevoit sa fantaisie !
Mais à ses fleurs elle s’applique
tandis que debout dans la brise
l’éclat du jour joue aux échecs
par les fentes de la jalousie.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Louis Toffoli 

 

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Le tournesol est ton meilleur ami (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019




Le tournesol est ton meilleur ami

Si tu écris au tournesol,
dis-lui qu’à l’ombre de ton cou
la vie est volupté.
Promets-lui que tes yeux s’effaceront
devant les siens,
intenses comme un peuple d’étourneaux.
Sois magnanime:
n’était-il pas trop jeune pour comprendre
que ta beauté jalousait sa beauté?
Prépare son retour et fais-lui fête:
ils sont nombreux,
tous les printemps qu’il te rapportera.
Le tournesol est ton meilleur ami.

(Alain Bosquet)

 

 

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Tu vois tes pensées (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



 Illustration
    
Tu vois tes pensées comme
la béance des tournesols
au-dessus des herbes.
Fraîcheur presque visible, le vent

est plein d’ombre. Tu es tout entier
dans cette vague sans profondeur.
Un ciel d’ennui se pose
sur la cime des chênes,

les siècles noueux y font
un bruissement monotone
Comme d’une mer éternelle.

Les heures s’usent
et tombent
d’un monde à l’autre.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un lapereau court (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un lapereau court
Dans le vaste jour.

Comme j’étudiais,
L’odeur d’amandier
M’a fait prisonnier.

Une araigne pend
À son fil d’argent.

Chrysalide rose,
Le ciel se propose
Ta métamorphose.

Un colvert patoise
Sur le lac turquoise.

Pleurs joyeux ! semailles !
J’aime le remeil
Jamais en sommeil.

Un âne chemine
Vers les cardamines.

Contre un tournesol
Au ooeur crépuscule
Un bourdon somnole.

Si le soleil songe,
Est-ce aux nuits du monde ?

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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AVEC TOI (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration
    
AVEC TOI

Turquoise rafale fuient
Par couples les perroquets
Véhémences
Le monde flambe
Un arbre
Bouillonnant de corbeaux
S’embrase sans brûler
Immobile
Parmi les hauts tournesols
Tu es
Pause de la lumière
Le jour
Un vaste mot clair
Battements de voyelles
Tes seins
Mûrissent sous mes yeux
Ma pensée
Est plus légère que l’air
Je suis réel
Je vois ma vie je vois ma mort
Le monde est réel
Je vois
J’habite une transparence

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Soleil (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Soleil

[De la difficulté de convertir un Aztèque]
Une fois baptisé sous le nom d’Esteban, l’Aztèque se fixa à Mexico,
où il vécut d’une pension modique que lui faisait le gouvernement
en qualité de descendant de Montézuma.
Des doutes s’étaient élevés plusieurs fois sur la sincérité de sa conversion,
et on songeait à le faire passer de nouveau devant le saint-office, lorsqu’il tomba gravement malade.
Il demanda à voir un médecin: ses voisins, plus charitables, lui envoyèrent un prêtre.

—Frère Esteban, lui dit le prêtre, le moment est venu de recommander votre âme à Dieu.
—Je ne m’appelle pas Esteban, dit la cacique, on me nomme Tumilco. Allez-vous en.
—Songez à Dieu, mon frère.
—Ton Dieu n’est pas le mien, reprit Tumilco; qu’on ouvre les fenêtres.
On obéit à ce désir. Le soleil à son déclin brillait encore à l’horizon.
—Voilà mon Dieu, s’écria le cacique, c’est celui de mes pères. Soleil, reçois ton enfant dans ton sein.
—Le prêtre se cacha les yeux avec la main, fit le signe de la croix, et murmura: Vade retro Satanas.
—Vous empêcheriez plutôt le tournesol de suivre le marche du soleil,
que ces héritiques de revenir au culte de leur astre. Voilà ce qu’on a gagné à ne pas le brûler.

Le voisin charitable qui prononçait cette oraison funèbre, ne se doutait pas que Tumilco le cacique
n’était autre chose que l’incarnation du Tournesol.
En adorant le soleil, il ne faisait que suivre la loi de la nature.

(J.J. Grandville)

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Le Gardeur de Troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Tout ce que je vois est net comme un tournesol.
J’ai l’habitude d’aller le long des routes
Tout en regardant à droite et à gauche,
Et de temps en temps derrière moi…
Or ce que je vois à chaque instant
Est cela même qu’auparavant jamais je n’avais vu,
Et je sais fort bien m’en rendre compte…
Je sais maintenir en moi l’étonnement
Que connaîtrait un nourrisson si, à sa naissance,
Il remarquait qu’il est bel et bien né…
Je me sens nouveau-né à chaque instant
Dans la sereine nouveauté du monde…

Je crois au monde comme à une marguerite,
parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser, c’est ne pas comprendre…
Le monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(Penser, c’est être dérangé des yeux)
Mais pour que nous le regardions et en tombions d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais c’est que je l’aime, et je l’aime pour cela même,
Parce que lorsqu’on aime, on ne sait jamais ce qu’on aime
Pas plus que pourquoi on aime, ou ce que c’est qu’aimer…

Aimer est la première innocence,
Et toute innocence ne pas penser…

(Fernando Pessoa)

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Eux les tournesols (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



    
eux les tournesols
quand le soleil disparaît
leurs têtes s’inclinent
retombent ne sont plus
que ce coeur noir
ce jaune éteint

tu te voyais en eux

tête baissée
tu stagnais
prisonnier d’une attente
inerte

regard mort
ou tu fuyais par les rues mornes
aspirant à retrouver la terre
à sentir monter en toi
la lueur qui pourrait
te redresser
te donner le cran
d’engager le combat

sans lumière
tu étais sans force

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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JE LE SAVAIS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Pal Szinyei-Merse
    
JE LE SAVAIS

Je le savais bien : te voilà présente.
Vois les tournesols à la tête lente,
Leurs têtes de pierre ont toutes viré.
Et vois le désordre auprès des salades,
Méfait de la brise et de ses gambades.

«Au vent de ta jupe », ai-je murmuré.
Ruisseau de pavots à l’écume rouge.
Rouge aussi, dedans, le seigle qui bouge
Tel banc de poissons dont le tremblement
Est un doux sourire au doux bruissement.

Tu deviens mon bain, ma boisson qui sonne,
Tes deux bras si beaux sont des courants frais,
Dans ce remuement ton sein tourbillonne :
Mille clapotis que j’entends tout près
Lorsqu’à mon oreille ton souffle bourdonne.

Viens te laisser boire et plie sous mes dents
Que trouble ton feu. Car la mort, longtemps,
A soif de l’été, cette cruche immense
Où coule la bière à vive cadence.
Les nuages bien joufflus
Ne sont qu’écume au-dessus…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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