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Poésie

Posts Tagged ‘tournoyer’

LA MORT EST DEVANT MOI (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



LA MORT EST DEVANT MOI

La mort est devant moi
comme un morceau de pain d’épice,
la vie m’a tournoyé dans le gosier
comme le vin d’un calice.
L’une par l’autre j’ai cherché à les expliquer.
J’ai trempé le pain dans le vin,
je me suis assis,
j’ai fumé,
j’étais sauvage avec les femmes.
Avec les mains, avec l’esprit
j’ai tâché de travailler à des oeuvres qui respirent.
Maintenant je cherche un parfum
dans la nuit.

(Maurice Chappaz)

 

 

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AUTRE FOIS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

AUTRE FOIS

Fidélité du soir
les yeux clos qui répondent oui
lenteur et mollesse
le soir vole
et des milliers d’ailes
ou une seule plus grande
s’étendent et font un bruit
qui élargit le silence
qui éloigne la nuit
un peu plus loin
encore un peu plus loin
Ce n’est pas le repos
mais la soif des pays froids
qui ne réclame pas
Ce n’est pas l’angoisse
le soir est un bon chien qui attend
Et puis ce vide qui cherche
ce murmure qui tournoie
ce chemin qui monte et qui descend
cet homme qui souffle la lumière
ce feu qui va mourir
tout ce qui n’existe pas
et qui est là
encore une fois
puis une autre fois

(Philippe Soupault)

Illustration: Carry Akroyd

 

 

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L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



 

L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

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Chanson en Si (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

Yoshiro Tachibana -  (4)

Chanson en Si

Si j’étais noble Faucon,
Tournoîrais sur ton balcon…
– Taureau : foncerais ta porte…
– Vampire : te boirais morte…
Te boirais !

– Geôlier : lèverais l’écrou…
– Rat : ferais un petit trou…
Si j’étais brise alizée,
Te mouillerais de rosée…
Roserais !

Si j’étais gros Confesseur,
Te fouaillerais, ô Ma Soeur !
Pour seconde pénitence,
Te dirais ce que je pense…
Te dirais…

Si j’étais un maigre Apôtre,
Dirais :  » Donnez-vous l’un l’autre,
Pour votre faim apaiser :
Le pain-d’amour : Un baiser.  »
Si j’étais !…

Si j’étais Frère-quêteur,
Quêterais ton petit coeur
Pour Dieu le Fils et le Père,
L’Eglise leur Sainte Mère…
Quêterais !

Si j’étais Madone riche,
Jetterais bien, de ma niche,
Un regard, un sou béni
Pour le cantique fini…
Jetterais!

Si j’étais un vieux bedeau,
Mettrais un cierge au rideau…
D’un goupillon d’eau bénite,
L’éteindrais, la vespre dite,
L’éteindrais !

Si j’étais roide pendu,
Au ciel serais tout rendu :
Grimperais après ma corde,
Ancre de miséricorde,
Grimperais !

Si j’étais femme… Eh, la Belle,
Te ferais ma Colombelle…
A la porte les galants
Pourraient se percer des flancs…
Te ferais…

Enfant, si j’étais la duègne
Rossinante qui te peigne,
Senora, si j’étais Toi…
J’ouvrirais au pauvre Moi,
– Ouvrirais ! –

(Tristan Corbière)

Illustration: Yoshiro Tachibana

 

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L’écran est intermittent (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2019




    
L’écran est intermittent
Au gré de celui qui
Regarde sa nuit sans que
La nuit soit là ni que les choses faillent
Il suffit d’abaisser la paupière en plein jour
Pour que l’écran se ferme
Tournoie s’il fait soleil.

(Jean Tortel)

 

Recueil: Précarités du jour
Traduction:
Editions: Flammarion

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DEPART (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019




    
DEPART

L’heure
Adieu

La foule tournoie
un homme s’agite
Les cris
des femmes autour de moi
chacun se précipite me bousculant
Voici que le soir tombant
j’ai froid

Avec ses paroles j’emporte son sourire

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Détachée de l’arbre (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




    
Détachée de l’arbre
feuille d’automne qui tournoie
voyage sans retour.

***

Van de boom bevrijd
een neerdwarrelend herfstblad
reis zonder wederkeer

***

Liberada del árbol
una hoja otoñal cayendo
viaje sin retorno

***

Released from the tree
a whirling down autumn leaf
trip with no return

***

Foglia liberata
volteggia dall’albero
senza ritorno

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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Le dernier souvenir (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Euan MacLeod  - Diver

Le dernier souvenir

J’ai vécu, je suis mort. – Les yeux ouverts, je coule
Dans l’incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule.

Inerte, blême, au fond d’un lugubre entonnoir
Je descends d’heure en heure et d’année en année,
À travers le Muet, l’Immobile, le Noir.

Je songe, et ne sens plus. L’épreuve est terminée.
Qu’est-ce donc que la vie ? Étais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! – Rien, rien. Va, chair abandonnée !

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l’oubli s’épaissit et t’absorbe à mesure.
Si je rêvais ! Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m’arriver en des temps très anciens.
Ô nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! – La chose est sûre :

Quelqu’un m’a dévoré le coeur. Je me souviens.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Euan MacLeod

 

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Quelque (Michaël Donhauser)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Quelque m’a ou
dis-je et
feuillage, chose
effleuré

Crépite à peine
pendant, alors que
sur l’asphalte
cela tournoie

oscille, afin
qu’impassible
venté, oui
et puis s’en va

***

Hat mich oder
sag ich und
Blattwerk, etwas
leicht bewegt

Knistert kaum
während, wenn
am Asphalt
es sich dreht

Wippend, daß
unbetört
windig, ja
und vergeht

(Michaël Donhauser)

Illustration: ArbreaPhotos

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TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI… (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Agathe Bonnet
    
TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI…

Ce n’est pas sur terre, comme tu le crois,
que se dressent ces rochers qui détournent le vent :
à leur sommet il y a des anges.

Ce n’est pas de terre que ces eaux surgissent —
ni pour étancher la soif, mais l’extase,
que la cascade jaillit du ciel.

Ces nuages sans nom qui tournoient, tourbillonnent
autour de la montagne — ils sont le voile
qui tombera de sur ces yeux aveugles

le jour où dans le sol s’évanouiront les sens,
où temps et lieu disparaîtront avec le vent.

***

TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI…

Not upon earth, as you suppose
tower these rocks that turn the wind,
for on therr summits angels stand.

Nor from the earth there waters rite —
to quench not thirst, but ecstasy
the waterfall leaps from the sky.

Those nameless clouds that storm and swirl
about the mountain are the oeil
that from these sightless eyes shah/ fall

when sentes faint into the ground,
and time and place go down the wind.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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