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Poésie

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On ne sait pas si c’est toi (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020


poésie

 

Dans les livres je trouve ta trace:
une sorte de miroitement
aux limites du sens. Sous les mots
on dirait un sursaut mais à peine
sensible, quelque chose qui passe
sans qu’on le sache. On tourne une page
et c’est comme un vent frais qui se lève.
On le voit sur la fenêtre: il bouge,
il brille. On ne sait pas si c’est toi.

(Jacques Ancet)

 

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Fleur. Est-ce une fleur ? (Bai Juyi)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



Illustration
    
Fleur. Est-ce une fleur ?
Brume. Est-ce une brume ?
Arrivant à minuit
S’en allant avant l’aube.
Elle est là: douceur
d’un printemps éphémère
Elle est partie: nuée du matin
nulle trace

(Bai Juyi)

 

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SUR L’ÉTANG (Bai Juyi)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



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SUR L’ÉTANG

Une petite fille rame dans sa minuscule barque
Revenant de sa cueillette en cachette des lotus blancs
Comment pourrait-elle dissimuler ses traces ?
Son embarcation laisse derrière elle un sillage
Entre les lentilles d’eau

(Bai Juyi)

 Illustration

 

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Sultane Tulipia (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Sultane Tulipia

Après la passion d’assurer le bonheur de son peuple,
le sultan Shahabaam n’avait pas de distraction plus grande
que celle de faire des ronds en crachant du haut des créneaux de son palais dans la mer.
Il tenait ce goût de son aïeul Shahabaam I », dit le Grand.
Un jour il fit cette réflexion, qu’un objet plus lourd qu’un peu de salive
ferait en tombant dans la mer un rond plus grand, et par conséquent plus agréable à l’oeil.
Il chercha quel objet il pouvait choisir pour cet usage,
et insensiblement ses idées se reportèrent sur la sultane favorite.

Décidément, se dit-il, cette Tulipia est bête comme une oie;
oui et non, voilà tout ce qu’on peut en tirer.
Une femme sans esprit est comme une fleur sans parfum,
ainsi que je l’ai dit dans la dernière séance du conseil d’État.
Il me faut une autre sultane favorite.
D’ailleurs, je soupçonne celle-ci d’entretenir des relations avec un jeune Grec.
Je puis me tromper, mais il me plaît de croire que je ne me trompe pas: cela suffit.

Avant le coucher du soleil, Shahabaam, suivi de toute la cour,
monta sur la tour la plus haute du palais.
Quatre esclaves l’attendaient, tenant un sac de cuir
dans lequel semblait se mouvoir une forme humaine.
Les esclaves balancèrent pendant quelques minutes leur fardeau,
et, sur un signe du maître, ils le lancèrent par dessus les créneaux.
Shahabaam se pencha en dehors de la plate-forme,
suivit du regard la chute du sac dans les flots,
et quand l’eau se fut refermée, il se retira en s’écriant:
Oh! le magnifique rond!

Ce magnifique rond, c’était le corps de l’incomparable Tulipia
qui l’avait produit en tombant dans la mer.
On se raconta pendant quelques jours l’histoire de la fin tragique
de la pauvre sultane, puis on n’en parla plus; personne ne la regretta:
la beauté sans intelligence laisse peu de traces dans le souvenir.

(J.J. Grandville)

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Elles effacent à l’instant (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2019




    
Elles effacent à l’instant
la trace de mes pas –
vagues d’automne

***

(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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CHEVAL BLEU (Dora Teitelboïm)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
CHEVAL BLEU

Cheval bleu, cheval de feu
Plus vite, plus vite,
Plus loin et plus loin,
File encore, file
Au galop,
Franchis
Les jours tels des fleuves profonds,
Les nuits, ces abîmes, sans
Pourtant m’y précipiter.
Il est triste, il est décharné
Ton cavalier.
Traces perdues,
Les vents – rênes dénouées,
Les lampes au loin – éteintes,
Les épis de la vie, – battus,
Mon rêve – une étoile
Déjà brillée sur mes épaules,
Et la bouche aux paroles blanches –
Des dents brisées.
Cheval bleu, cheval de feu
Plus vite, plus vite,
Frappe de tes sabots les pierres,
Vole par la flamme et l’épée,
Dans la nuit, que tes étincelles
Allument les étoiles sur la terre.

(Dora Teitelboïm)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans une larme du temps (Rivka Basman)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
Dans une larme du temps
Comme il est dur
De sertir
Un sourire,
Une mélodie
Se couvre
De nuages
Le chemin
Du berceau.
Seul le bleu, ce bleu-là,
Galope
Sur un faon
Et veut percer de part en part
Le brouillard
Et le
Temps

Un désert verdoyant
Est-il impossible ?
Je suis un désert verdoyant,
Mon aridité fleurit,
Mes étoiles éteintes
M’illuminent par le regard,
Parmi les sables
Je vois des traces
Éparpillées –
Qui donc les découvrira ?
Permettez-moi de demander encore
Est-ce qu’un désert
Peut verdir ?

Il arrive parfois
Que même une abeille
Oublie son gîte et son travail
Et reste la dernière
Sur un arbre
À cause d’un lilas en fleur,
La grande nuit ne l’effraie pas
Qui tourbillonne avec l’ailleurs.
Alentour il n’y a personne,
Elle seulement,
Amoureuse
Jusqu’à la mort
En fleur.

(Rivka Basman)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LUNE ET MER (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2019



Illustration: Oscar Bento
    
LUNE ET MER
Pour Oscar Bento

Virginale

comme si jamais un homme
n’y avait laissé ses traces:
la lune
qui reflète sa beauté
dans le miroir bleu azur de la mer,
en apparence immaculée,
non souillée pour toujours
de déchets et d’ordures
voracité des hommes.

***

MOON AND SEA
for Oscar Bento

Virginal
as if no human
ever set foot on it:
the moon
reflecting her beauty
in the azure mirror of the sea
which apparently seems uninfected,
not irrevocably contaminated
with garbage and waste,
the voracity of people.

***

LUA E MAR
para Oscar Bento

Virginal
como se jamais um homem
a tivesse pisado:
a lua
reflectindo a sua beleza
no espelho azul do mar
aparentemente tão limpo
mas tão irremediavelmente contaminado
pela imundice e os despojos
da voracidade dos homens.

***

Lună și mare
pentru Oscar Bento
Neprihănită
neatinsă parcă
de-a omului amprentă:
luna.
Inaccesibila-i splendoare se-oglindește
în aparent la fel de pura
mare,
ce adună-n pântec
omeneștile deșeuri,
ale deșartei lăcomii.

***

LUNA Y MAR
a Oscar Bento

Virginal
como si nunca un hombre
hubiese puesto el pie sobre ella:
la luna
reflejando su belleza
en el espejo azul del mar
aparentemente tan pulcro
pero irrevocablemente contaminado
con la basura y los desechos
por la voracidad de los hombres.

***

LA LUNA E IL MARE
per Oscar Bento

Vergine
come se nessun essere umano
vi avesse mai messo piede:
la luna
specchia la sua bellezza
nello specchio azzurro del mare
che all’apparenza sembra non contagiato,
né irreversibilmente contaminato
di spazzatura e rifiuti,
la voracità dell’uomo.

***

MAAN EN ZEE
voor Oscar Bento

Maagdelijk
alsof er nooit een mens
zijn sporen nagelaten heeft:
de maan
die haar schoonheid reflecteert
in de azuurblauwe spiegel van de zee
die ogenschijnlijk onbezoedeld lijkt
niet onherroepelijk besmet
met afval en vuilnis,
de vraatzucht der mensen.

***

Mond und Meer
für Oscar Bento

Unberührt
als hätte noch nie ein Mensch
seine Spuren hinterlassen:
Der Mond
der seine Schönheit betrachtet
im azurblauen Spiegel des Meeres,
das unverseucht scheint,
nicht unumkehrbar verunreinigt
mit Abfall und Müll,
durch die Gier der Menschen.

***

Луна в апреле (Оскар Бенто)_

Луна и море
Оскару Бенто
Девственна,
словно никто никогда
не оставлял там следов,
Луна
созерцает свою красоту
в зеркале моря лазурном,
что кажется незамутненным,
не превращенном в урну
для мусора и отходов
алчности человека

***

***

***

ΘΑΛΑΣΣΑ ΚΑΙ ΦΕΓΓΑΡΙ
Παρθένα

σαν να μην πατήθηκε
ποτέ από ανθρώπους:
το φεγγάρι
αντανακλά την ομορφιά του
στο γαλανό καθρέφτη του νερού
που δεν επηρεάζεται
κι ούτε μολύνεται
σκουπίδια και απόρρητα,
κι η απληστία του ανθρώπου

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 599
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Anglais Germain Droogenbroodt / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Néerlandais / Allemand / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Tadjik Rahim Karim / Chinois Zhou Dao Mo / Grec Manolis Aligizakis / Hébreu Dorit Wiseman
Editions: POINT

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Mes châteaux démolis (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Mes châteaux démolis
Des douves aux terrasses,
Mes jardins envahis
Par les ronces voraces,
Mes forêts abattues,
Il n’en reste plus trace,
Mes vaisseaux disparus
Et la mer est si vaste,
Mon printemps, mon été
(Mon automne ?) vécus,
Mes amis en allés
Comme ils étaient venus,
Tant d’amours défleuries,
De cendre sur le coeur,
Tu me restes, Seigneur,
Et commence la vie !

(Paul-Alexis Robic)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Retouche à l’amour (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Retouche à l’amour

ses armes dans un coin de la chambre
il multiplie ses nus dans la lumière
dans les rues l’ennemi perd sa trace
et n’ouvre que l’ombre

(Daniel Boulanger)


Illustration: Marc Chagall

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