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Poésie

Posts Tagged ‘traduire’

Entre feuillets et mystère (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2019


feuillet_tobie_

T’entremettant
Entre feuillets et mystère
Tu traces tu interprètes
Tu esquisses tu traduis

D’épures en signes
Sillonnant le rêve
Forant le réel

Tu frayes la voie
A nos soifs millénaires
A nos formes enfouies

(Andrée Chedid)

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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Destin du poète (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


Ráed Al-Rawi Triangle

 

Destin du poète

C’est toujours quelqu’un d’autre,
le Toi silencieux qui se parle en moi-même.
Parfois je m’arrache à l’écoute qui est prière
et je chante en son nom dans la langue empruntée
à la bouche des morts. Pour lui en moi, pour lui,
qui déjà me traduit
dans la gorge d’autrui.

(Claude Vigée)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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J’écoute une voix inaudible (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




J’écoute une voix inaudible
Sons inarticulés
Syllabes étouffées
Pourtant elle bourdonne à mes oreilles
Dimanches stagnants
Etangs d’ennui
De l’aube à minuit
Pourtant le village chante au bout du chemin
Terre aérienne
Lumière dévote
Soleil de gloire
Ciel ardent
Mais je porte un monde intérieur
Que je n’aurai pas su traduire
Et je me dissous dans un verre d’eau
Où flotte un glaçon

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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Une boîte métallique (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019


 

Une boîte métallique
Dévale le raidillon

Et son récit

Aurait besoin pour le vallon
D’être traduit.

(Guillevic)

 

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TRADUIRE UNE PRÉSENCE (Sylvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019




TRADUIRE UNE PRÉSENCE

Quelquefois, très rarement,
il arrive que dans ce qui respire ou s’exprime,
dans le vol de la beauté
ou ce qui couvre une lumière,
une fulguration de l’obscurité,
quelque chose d’ineffable et d’essentiel se dégage ,
prend forme dans sa forme, fait un pas,
du fond du geste, de la voix ou du silence,
et c’est comme une apparition accompagnée
sans laquelle rien n’émerge à la vie véritable.

Nous la percevons immédiatement,
en retenant le souffle,
et nous la nommons
présence.

(Sylvia Baron Supervielle)

Illustration: Catherine RÉAULT-CROSNIER

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Le déchiffrement (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le déchiffrement
pour Octavio et Marie-Jo Paz

Ce que les pattes des sternes ont écrit
sur le sable luisant de la marée basse
la mer en remontant l’efface
avant que j’aie pu déchiffrer le message

Ce que les astres d’Occident inscrivent
sur le ciel de la nuit d’automne entre le Lynx
et Fomalhaut le jour en se levant
l’a fait pâlir avant que j’aie pu traduire les signes

Ce que les pliures du temps sur l’écorce des chênes
ont gravé leurs annales enfouies leurs prophéties
le gel et la pluie l’ont creusé et brouillé
avant que les paroles aient été épelées

Déesse Mère Matrice première Source de vie
s’il y a un texte à traduire que je n’ai pas su lire
gardes-en pour moi le secret perdu
Et s’il n’y a ni texte ni sens
berce-nous longtemps sur ton sein obscur Orée du temps
Mère de tout

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand nous saurons ouvrir et déchiffrer en nous (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2019




    
Quand nous saurons ouvrir
Et déchiffrer en nous
Le livre dont nous sommes
La langue et le secret,
Nous n’aurons plus de mots
Pour traduire le silence,
Nous trouverons des frères,
Des glaneurs de lumière,
Des amoureux du Souffle,
Des quêteurs de l’Esprit.
Nous laisserons le vent
Lire la mélodie
Et tourner chaque page
Du chant de notre vie.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Du fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Du fond du rêve,
comme un poing illuminé
émergeant de la créature solitaire endormie,
surgit la volonté irrésistible
de continuer la narration.

Il ne s’agit pas de conter ceci ou cela,
ni de copier ou de traduire
ou d’enjôler le jour aux abois.
Il s’agit d’une pulsion bien plus forte
et qui ne peut s’interrompre :
poursuivre simplement la narration.

Narration qui n’a pas de début ni de fin,
narration qui n’est pas un genre,
qui nе lie pas une intrigue.
Images qui coulent comme un fleuve,
se prennent et se dessaisissent,
étrange manière de dire et de dédire
en arrière et en avant des choses.

Volonté de poursuivre la narration,
énergie éparse dans l’ici de partout,
qui ne distingue pas les vies des morts
ni l’homme d’autre chose

C’est l’histoire qui s’écoule tout au fond,
l’histoire sans et avec histoire
qui joint dans un bouquet délié
l’arôme de l’être
et le parfum du néant.

Le service demandé à l’homme
n’est que poursuite de la narration
quel que soit l’argument.

Et même sans aucun.

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Un arrosoir (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Un arrosoir, une herse à l’abandon dans un champ,
un chien au soleil, un cimetière misérable,
un infirme, une petite maison de paysan,
tout cela peut devenir le réceptacle de mes révélations.

Chacun de ces objets, et mille autres semblables
dont un oeil ordinaire se détourne avec une indifférence évidente,
peut prendre pour moi soudain, en un moment qu’il n’est nullement en mon pouvoir de provoquer,
un caractère sublime et si émouvant,
que tous les mots, pour le traduire, me paraissent trop pauvres
[..]

Cherche, parmi tous ces objets misérables et grossiers de la vie paysanne,
celui, posé ou appuyé et n’attirant point l’oeil,
dont la forme insignifiante, dont la nature muette
peut devenir la source de ce ravissement énigmatique, silencieux, sans limite.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Patrick Martin

 

 

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