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Posts Tagged ‘tragique’

Je me souviens du soir où je t’ai vainement attendue (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Je me souviens du soir où je t’ai vainement
Attendue en un parc aux pensives allées
Dont les arbres pleuraient leurs feuilles en allées
Et miraient leur douleur dans le bassin dormant.

O soir mélancolique ! Une église était proche
Avec son cadran d’or énigmatique et noir;
J’écoutais dans le parc agrandi par le soir
Ruisseler sur les toits les larmes de la cloche.

Et j’entendais venir les psaumes du jubé
Comme un je ne sais quoi de très vague qui pleure.
Tout en songeant, perdu dans la fuite de l’heure,
Que tu ne viendrais plus après le soir tombé !

Tout à coup un soupçon de trahisons prochaines
Me fit sentir au coeur comme un rêve noyé,
Pendant que le clocher, d’un chant apitoyé,
Racontait ma détresse aux paroisses lointaines !

Et ce fut à travers notre amour commençant
Toute une impression d’automne et de veuvage,
De barque naufragée échouant au rivage,
De salon attristé par un portrait d’absent…

Je te croyais déjà sacrilège et parjure !
Et, pour s’harmoniser avec mon deuil poignant,
Voilà que le jet d’eau s’égoutta tout saignant
Et rouge, au fond du parc, comme un sang de blessure.

Et voilà qu’aux lueurs du soir pacifié,
Le soir calme où passait une douceur magique,
Le cadran, lui aussi, prit un aspect tragique :
On eût dit un soleil cloué, crucifié !

Et ses aiguilles d’or, comme des bras funèbres,
Comme des bras raidis dans des convulsions,
S’étirant, s’allongeant au milieu des rayons,
Allèrent dans le ciel attaquer les ténèbres !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Edvard Munch

 

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LIENS (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



 

    

LIENS

Ces petits bouts de verre poli
ramassés sur les plages
roulés, usés au sable

Tessons d’humanité perdus aux vagues
bouteilles à la mer
messages éclatés

Espoirs possibles
entre déréliction-tendresse
cynisme-attachement

Les enfermer en nœuds précieux
autant de liens
pour les offrir

Un grain pour la folie
un grain pour le tragique
un dernier pour le rire

Afin d’attacher la mémoire
d’enchaîner la beauté
pour contrer l’impossible.

(Françoise Coulmin)

In Pendant qu’il est encore temps, recueil,
Le Temps des Cerises, Fr, 2011.
In Pennilesspress, revue en anglais, GB, 2007.

 

Recueil: FLORILÈGE, 30 ans de poésie : SANS ESPOIR JE CÈDE À L’ESPOIR (SEJCE)
Traduction:
Editions: La feuille de thé

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TRAGIQUE DU TEMPS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018




TRAGIQUE DU TEMPS

La porte si forte des prisons
le vent passe dessous quand même
parfois aussi un pâle soleil
en un vieux temps nuance les plis
d’une robe de bourreau.
Dans un bourg de vacances
commence à jouer une harmonie
tandis qu’ayant posé sa houe
assis un journalier contemple
les exécutants pacifiques
voués au massacre
dans l’année
disant croire à leurs âmes éternelles
à leurs corps ressuscitant.

(Jean Follain)

Illustration: Maurice Denis

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INSCRIPTION (Saint-Georges de Bouhélier)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



INSCRIPTION
SUR CE QUI CAUSE LE MALHEUR

Tu te plains de la vie, elle u pourtant ses charmes
Qu’il est beau de connaître.
Il te semble, il est vrai, qu’ils ont un goût de larmes
Mais il naît de ton être !

L’eau de pluie en tombant dans un puits plein de sable
Prend son odeur ainsi.
Toute chose qui passe en ton cœur misérable
Se charge de soucis.

Tu crois les jours sans grâce, ils te paraissent sombres,
Sans qu’aucun d’eux ne brille :
C’est en toi qu’empruntant ces couleurs pleines d’ombres
Ils deviennent stériles.

La peine qui t’emplit fait de chaque délice
Un chagrin éternel,
Comme un objet plongé dans la vague qui glisse
Se recouvre de sel !

Rejette loin de toi cette langueur tragique
Qui toujours te dévore :

Tu verras quel bonheur l’univers communique
A l’âme qui l’adore !

(Saint-Georges de Bouhélier)

Illustration

 

 

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Tragique est la vie (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

lucarne

tragique est la vie
pour moi que rien
ne délivre
du tourment d’exister

parle-moi

parle-moi

arrache
de ma gorge
ces mots
qui m’étouffent

extirpe
cette fatigue
qui stagne
dans les profondeurs
de mon sang

comme tant d’autres
je dérive au sein
d’une humanité
en détresse

(Charles Juliet)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

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La lucide ivresse (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



Illustration: Carrie Vielle
    
la lucide ivresse
du ruissellement
exacerbée
par la conscience
du tragique de la vie

puis la vague te dépose
au creux du quotidien

tu n’en es pas dépité

persistent
la paix et la lumière

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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DÉSIR, IMPATIENT CHASSEUR… (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018




DÉSIR, IMPATIENT CHASSEUR…

Désir, impatient chasseur d’azur et d’ombre,
Toi qui, bardé d’espoir mais de doute vêtu,
Par les forêts du Temps, de l’Espace et du Nombre
Nous entraînes, qu’es-tu, Désir, et d’où viens-tu ?

Feu né de nos orgueils et qu’attisent nos songes,
Flamme folle qui veut brûler plus que saisir,
Tragique dard fleuri d’élyséens mensonges,
Vers quels ciels inconnus nous mènes-tu, Désir ?

(Pascal Bonetti)

Illustration: L’Empire des Sens

 

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Pour chaque jour (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration
    
Pour chaque jour

Pour chaque jour une enfance de mots.
La longue phrase est celle d’une vie.
Si l’écriture est un monde en gésine,
elle est la voix du jour ressuscité.

Rêver d’Icare abrège notre chute
et la prolonge en cet autre dessein
de cheminer entre la terre et l’ombre
pour y semer des graines de pensée.

A tant cueillir des étoiles tragiques,
à tant mener cet étrange combat,
nous déroulons l’écharpe de lumière
pour la poser sur notre ultime jour.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Il est dur de marcher parmi les hommes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Il est dur de marcher parmi les hommes
Et de faire semblant qu’on n’est pas mort,
De raconter le jeu tragique des passions
Devant ceux qui n’ont pas vécu encore.
De trouver, en scrutant le cauchemar des nuits
Un ordre dans le chaos fou des émotions
Pour que l’art fasse voir par ses pâles reflets
Quel brasier est la vie qui se détruit

(Alexandre Blok)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Edward Okun

 

 

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