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Poésie

Posts Tagged ‘trahi’

PYRRHA (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



John William Waterhouse81_o [800x600]

PYRRHA

Non loin du cours d’eau vive échappé des forêts,
Quel beau jeune homme, ceint de molles bandelettes,
Pyrrha, te tient pressée au fond de l’antre frais,
Sur la rose et les violettes ?

Ah ! ton coeur est semblable aux flots sitôt troublés ;
Et ce crédule enfant enlacé de tes chaînes
Vous connaîtra bientôt, serments vite envolés,
Dieux trahis et larmes prochaines!

(Leconte de Lisle)

Illustration: John William Waterhouse

 

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A un crâne qui n’avait plus sa mâchoire inférieure (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Mon frère! — où vivais-tu? dans quel siècle? Comment?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boite?
L’infini? la folie? ou la pensée étroite
Qui fait qu’on passe et meurt sans nul étonnement?

Chacun presque, c’est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu’il exploite.
L’ornière de l’instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, — jusqu’au dernier moment.

Ah! ce moment est tout! C’est l’heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis!

Oh! ta vie est bien peu, va! si noire fut-elle!
Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?

(Jules Laforgue)

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La vérité du coeur (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Bannis de ce brillant rêve,
La vérité du coeur,
Trahis par tous nos actes, tout ce que nous avons été,
La douleur garde encore la foi.

***

Banished from that bright dream
Of the heart’s truth,
Betrayed by all that we have done and been,
Sorrow still keeps faith.

(Kathleen Raine)

 

 

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Il y a de l’eau (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Il y a de l’eau sous l’écorce
de nos années trahies
comme des champs abandonnés !

Quel courage faut-il
pour songer à la récolte ?

Le rêve de l’eau
est rempli d’épis de blé.

(Edmond Jabès)

 

 

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Je danserais dans l’absolu (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018


derviche tourneur

 

Faut-il que j’aime
les dieux mauvais

pas une halte
où je m’en vais

folles promesses
trahies sans cesse

mais si l’histoire
avait voulu

je danserais
dans l’absolu

promesses folles,
les dieux s’envolent.

(Claude Esteban)

 

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En rêvant la mort (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Odilon Redon
    
En rêvant la mort

Comme la blanche rose
Dont le nimbe dans le noir se dérobe au regard;
Comme le blanc désir
Devant l’amour déchu se lève invisible;
Comme la blanche flamme
Qui en souffle toujours change les mensonges du corps,
Dans la nuit silencieuse ou le jour solitaire
Tu passes, ombre éternelle,
Un doigt sur les lèvres.

Tu es ce blanc nuage qui déjà, s’ourlant d’or,
D’un dieu est devenu l’aile transparente;
Ce blanc coteau, ces vallons
Que veillent les peupliers, verts lévriers mystiques;
Tu passes sur la blanche figure des hommes,
Oubliés toute leur vie entre rêve et folie;
Partout tu te glisses, ombre énigmatique,
Et posément évoques,
Telle une eau, cette fièvre de la vie.

Lorsque je vois la blanche jeunesse abattue,
Tachée et brisée entre les heures grises;
Lorsque je vois la blanche vérité trahie
Par des mains ambitieuses et des bouches éloquentes;
Lorsque je sens la blanche inspiration perdue
Par tant de siècles cruels passés dans la douleur,
Je ne crois plus qu’en toi, ombre vaste,
Par delà les sombres myrtes de ton portique,
Unique et claire réalité du monde.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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L’AMI CAILLOU (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
L’AMI CAILLOU

Caillou,
au lieu de dire :
« Bonjour, caillou »,
je devrais t’admirer
si longtemps, si longtemps,
que tu acceptes
de parler à ma place.
« Bonjour, poète »,
me dirais-tu, et mente
« Bonjour, caillou»,
pour me prouver
que tu n’es pas dupe des mots.
Alors, caillou moi-même,
et plus digne de toi,
j’aspirerais
à devenir un homme.
Nous serions frères,
et si jaloux
de notre nature trahie.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Coeur du Monde (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Le Coeur du Monde

Ils sont
La sève des arbres
Le coeur du monde
Les yeux de l’aveugle
La substance des choses

Ils sont
Les forces souterraines
Animant les étoiles
Donnent à l’univers
Sa structure et sa forme

Ils sont
Le cri de révolte
De la vie torturée
Lavent de leur corps
La plaie de la corruption

Ils sont
Le regard du naufragé
Tendant les mains
Vers une promesse trahie
Vers un avenir achevé

Ecoutez-les
Ils ont
Mille visages
Ils sont de toujours
Ils enlacent l’infini
En une gerbe lumineuse

Quand l’un d’eux disparaît
S’éteint une étoile dans le ciel

Car chaque soleil qui meurt
Assombrit la nuit des humains

M’abandonne à la nuit
M’abandonne l’espoir
De demain

(Luciole)

https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Antonio Chacon

 

 

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Ave (Catherine Pozzi)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2016



Très haut amour, s’il se peut que je meure
Sans avoir su d’où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
Ô mon séjour.

Quand je serai pour moi—même perdue
Et divisée à l’abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,

Par l’univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l’esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.

(Catherine Pozzi)

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Ecce Puer (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2016



Ecce Puer

Du sombre passé
Un enfant est né.
De joie, de peine
Mon coeur s’égrène.

Au calme berceau
La vie éclot.
Que l’amour pieux
Descelle ses yeux.

Haleine qui passe
Vite sur la glace.
Monde à peine là
Qui déjà s’en va.

Un enfant dort.
Un vieillard est mort.
Ô père trahi
Pardonne à ton fils

***

Ecce Puer

Of the dark past
A child is born.
With joy and grief
My heart is torn.

Calm in his cradle
The living lies.
May love and mercy
Unclose his eyes!

Young life is breathed
On the glass;
The world that was not
Comes to pass.

A child is sleeping:
An old man gone.
O, father forsaken,
Forgive your son!

(James Joyce)

Illustration: Heidi Malott

 

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