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Posts Tagged ‘trahir’

Hommage à T.S. (Old Possum) Eliot (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Hommage à T.S. (Old Possum) Eliot

La mésange sur le cerisier nu
le hérisson qui dort caché dans la haie
la chatte noire qui rôde dans la brume
ne sont mésange hérisson ou chatte que par politesse

Chacun d’eux sait qu’il a un vrai nom
un nom caché au fond du fond de lui-même
mais il ne le dira à personne
Ils font semblant d’avoir les noms qu’on leur donne
viennent parfois quand on les nomme
mésange chatte ou hérisson

Mais c’est juste pour faire plaisir
à ces animaux à noms et prénoms
les humains qui croient qu’on peut dire simplement
qu’une mésange est une mésange
qu’une chatte est une chatte
ou qu’un hérisson est un hérisson

Devant notre naïveté désarmante
les bêtes sont tentées parfois de trahir leur secret
et de nous révéler leurs véritables noms
Mais elles se méfient du qu’en-dira-t-on
et préfèrent garder leur strict incognito
Elles vivent dans l’ombre reposante
de ces noms saugrenus sortes de noms d’emprunt
mésange chatte hérisson noms à l’usage humain

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Je trahirai demain (Marianne Cohn)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



Je trahirai demain, pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage,
Moi, je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues,
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
Demain

Il me faut la nuit pour me résoudre
Il me faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir
Pour renier mes amis
Pour abjurer le pain et le vin
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime est est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire.

Je trahirai demain.

(Marianne Cohn)

 

 

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L’INSTANT CRÉÉ (Jean-Guy Pilon)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Oleg Zhivetin  
    

L’INSTANT CRÉÉ

Pose là tes mains
Comme deux silhouettes frémissantes
Qui ne trahiront pas ta mémoire
O Belle secrète

Déjà s’ébranlent tes veines
Pour apprendre le vertige
Pour poser des charnières
Aux personnages que nous incarnons

Tu as oublié ta pesanteur
Aux rives où l’on enchaîne
Les mouettes noires
Et s’ouvrent devant ton corps
Les horizons chauds du rêve
Du rêve du monde et de la vie
Fondus et confondus
Brillants à l’appel de tes yeux A
l’infini des parfums

J’ignore la croissance du miel
Le mécanisme de l’aile
Le port où l’on nous attend toi et moi
Séparément
Je ne veux reconnaître que l’appel du jour
La courbe de ta hanche
Et la frayeur de mon corps
A l’instant de l’amour

L’arbre non plus ne voit pas son destin La
pierre oubliée au fond de la rivière Espère
reconnaître chaque courant A mon
passage

Donne-moi tes mains
O Belle secrète
Cette nuit ta mémoire éclatera

(Jean-Guy Pilon)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Bonté de lys (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022


lys-maman

Je crois en la blancheur immaculée des lys.
Rien n’égale la joie du lys blanc dans le coeur,
le lys blanc qui jamais ne trahit la beauté.
Que croisse dans mon âme le pur amour des lys,
rien ne peut égaler la joie de rester pure
quand la joie m’a jetée dans les bras purs des lys.
Le lys blanc mentirait s’il te cachait ta mort.
Le lys blanc m’assistait de sa blanche agonie
le lys blanc a guéri mon âme de son doute.
Le doute est le seul mal dont on puisse mourir.
Un seul lys a suffi à faire pâlir la mort.
Que serait la bonté sans la bonté des lys
et le divin parfum du lys blanc dans ton âme?

(Lydie Dattas)

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Tapi dans la neige (Charles Simond)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




    
Tapi dans la neige
Un chat blanc.
Ses yeux le trahissent.

(Charles Simond)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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En désespéré (Inconnu)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022



Illustration: Tsukioka Yoshitoshi
    
En désespéré
J’attends la mort qui délivre:
Car, s’il me faut vivre,
Quelque jour je trahirai
Le triste amour qui m’enivre.

(Inconnu)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

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Chaque fois que je pense une chose, je la trahis (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2022



Illustration: Matthew Spiegelman
    
Chaque fois que je pense une chose,
je la trahis.
Ce n’est que lorsque je l’ai devant moi
que je dois penser à elle.
En ne pensant pas,
mais en voyant,
Pas avec la pensée,
mais avec les yeux.

Une chose qui est visible
existe pour être vue,
Et ce qui existe pour les yeux
n’a pas à exister pour la pensée;
Elle n’existe vraiment
que pour les yeux
et non pour la pensée.

Je regarde,
et les choses existent.
Je pense
et j’existe moi seul.

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nocturne (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Nocturne

Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée ?
Tu t’es souvenu du fruit de l’été
quand tu as blessé sa chair de rubis.
Moi je porte aussi blessure à mon flanc,
mais tu ne veux pas regarder vers moi !

Tu t’es souvenu de la grappe noire
et tu l’as donnée au pressoir carmin ;
du peuplier as dispersé les feuilles
avec ton haleine, dans l’air subtil.
Mais dans le vaste pressoir de la mort
tu ne veux encor fouler ma poitrine !

En marchant, j’ai vu s’ouvrir les violettes
mes lèvres ont bu du vent le falerne
et j’ai abaissé, jaunes, mes paupières,
ne voulant plus voir Janvier ni Avril.
J’ai crispé la bouche et j’ai refoulé
la strophe et son flux qui ne doit couler.
Tu as blessé le nuage de l’Automne,
mais tu ne veux pas te tourner vers moi !

Celui qui baisa ma joue m’a trahie ;
i1 m’a reniée pour ma robe de pauvre.
Mon visage en sang lui avais offert
dans ma poésie, comme Toi au linge.
Pour ma nuit au Jardin des Oliviers
Jean a été lâche et l’Ange, ennemi.

L’infinie fatigue est venue enfin,
jusque dans mes yeux elle s’est fichée :
fatigue du jour en train de mourir
et de l’aube qui doit lui succéder ;
fatigue du ciel quand il est étain
et fatigue aussi du ciel indigo !

Je délace ma sandale martyre
et, tresses dénouées, demande à dormir.
Perdue dans la nuit, j’élève vers Toi
cette clameur-1à que tu m’as apprise :
Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée !

(Gabriela Mistral)

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LA MUSE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



LA MUSE

J’ai retrouvé ma muse encore par hasard.
J’étais si malheureux qu’elle est venue.
Elle parlait avec tout le monde, elle les écoutait tous,
Elle avait engraissé, mais n’avait plus de tension,
Elle me trahissait tant qu’elle m’avait complètement oublié,
On lui dit que je vais mourir,
Elle arrache son corps, gémit, vieillit;
Ses yeux profonds me pénètrent, me raniment,
Me jettent l’alliance dont j’ai besoin
Et sans rien lui avouer je retrouve la respiration.

(Pierre Morhange)


Illustration: Edward John Poynter

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Au-delà (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Louise de Vilmorin

Au-delà

Eau-de-vie! Au-delà!
A l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.

Je choisis celui-là
Qui sait me faire rire,
D’un doigt de-ci, de-là,
Comme on fait pour écrire.

Comme on fait pour écrire,
Il va par-ci, par-là,
Sans que j’ose lui dire:
J’aime bien ce jeu-là.

J’aime bien ce jeu-là,
Qu’un souffle fait finir,
Jusqu’au dernier soupir
Je choisis ce jeu-là.

Eau-de-vie! Au-delà!
A l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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