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Poésie

Posts Tagged ‘trahir’

Jaloux de nos mains (Akl Awit)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017




… Nous sommes jaloux de nos mains lorsqu’elles écrivent
Jaloux de nos mains,
Car elles trahissent nos désirs…

(Akl Awit)

Illustration

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Bien avant d’avoir pu contempler (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



 

Bien avant d’avoir pu contempler à mon gré
Ta statue en chair toute nue,
J’avais vu tout ton corps, quoiqu’il me fût muré.
Et sa beauté m’était connue.

Des corsages jaloux traversant les rideaux,
Mes yeux touchaient ta gorge blanche ;
Et j’avais deviné la chute de ton dos,
Ta croupe, ton ventre, ta hanche,

Ton mollet rond, ta cuisse au contour ferme et plein,
Rien qu’à voir ta cheville preste.
Le bas de jambe est comme un espion malin
Qui trahit les secrets du reste.

Depuis lors je t’ai tenue
Entre mes doigts curieux.
J’ai vu ta chair toute nue
Sous mes yeux.

J’avais bien deviné juste
Tes invisibles trésors,
Tes flancs, tes reins et ton buste.
Tout ton corps.

Il faudrait un dithyrambe
Pour célébrer tes appas.
Car, sang-dieu ! ton bas de jambe
Ne ment pas.

(Jean Richepin)

 Illustration: Charles Amable Lenoir

 

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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N’êtes-vous pas songeur ? (Taira no Kanemori)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Amoureux

Je sais feindre
Mais la couleur de mon visage
Trahit mon amour.
N’êtes-vous pas songeur ?
Me demande-t-on parfois.

(Taira no Kanemori)

Illustration

 

 

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Je trahirai demain (Marianne CohnMarianne Cohn )

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Je trahirai demain, pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage,
Moi, je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues,
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
Demain

Il me faut la nuit pour me résoudre
Il me faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir
Pour renier mes amis
Pour abjurer le pain et le vin
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime est est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire.

Je trahirai demain.

(Marianne Cohn)

 

 

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La Terre ne t’inspirerait plus (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

La Terre ne t’inspirerait plus
Ô rêveuse solitaire ?
Si la passion trahit, la Nature
Cessera-t-elle d’incliner?

Ton esprit toujours s’avance
Dans des régions pour toi obscures ;
Révoque sa vaine errance —
Reviens demeurer avec moi —

Je sais que mes brises sauvages
T’enchantent encore et t’apaisent.
Je sais que mon soleil te charme
Malgré ta volonté rebelle —

Quand le jour dans le soir se fond
Et sombre au ciel de l’été,
J’ai vu, en une tendre adoration
Ton esprit se prosterner —

Je t’ai guettée à toute heure.
Je sais mon puissant empire —
Je sais mon magique pouvoir
De chasser tes chagrins —

Peu de coeurs parmi les mortels
Sur terre languissent aussi fort
Mais nul ne désire autant un Ciel
Plus semblable à cette Terre.

Alors laisse mes vents te caresser —
Accepte-moi pour compagne.
puisque rien d’ autre ne peut te combler
Reviens demeurer avec moi —

***

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now ?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow ?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee ;
Recall its useless roving —
Come back and dwell with me —

I know my mountain breezes
Enchant and soothe thee still.
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry —

I’ve watched thee every hour.
I know my mighty sway —
I know my magic power
To drive thy griefs away —

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine
Yet none would ask a Heaven
More like the Earth than thine.

Then let my winds caress thee —
Thy comrade let me be.
Since nought beside can bless thee
Return and dwell with me —

(Emily Brontë)

 

 

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LENTO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

Alexander Nedzvetskaya (13)

LENTO

Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.

*

Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

*

Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.

*

Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.

Piétinez le doux nid de soie et de fourrures ;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.

Faussez les instruments. Encrassez les lambris ;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.

Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.

Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.

*

(Avec des rythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

*

Un jour, j’ai mis mon cœur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.

L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne !
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne !

Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.

Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.

Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.

*

(Avec des rythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

*

Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
À la pensée enclose en deux yeux de velours.

*

Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.

J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.

J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.

*

J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés !
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers !

Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.

J’ai ramassé mon cœur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.

*

(Avec des rythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

*

C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.

*

Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues !

Je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois !

Fermer les yeux ? Rêver ? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.

*

J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.

Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.

Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.

*

Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

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Dors-tu ? (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



 

Alberto Donaire  la-puerta-abierta

Dors-tu ?

Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l’eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?

Démêles-tu, dans ton âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
Ces longs secrets dont l’amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
Non ! c’est du soir la vague mélodie ;
Ton souffle encor n’a pas séché mes pleurs !

Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
Son mal est doux, bien qu’il fasse mourir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alberto Donaire 

 

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La douce Amie (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



La douce Amie

Voilà ma douce amie : une grande Nature !
Souvent elle s’oppose à toute créature.
On peut donner son cœur : elle ne trahit pas.
Sur ces sentiers fleuris acheminez vos pas

Et sans vous retourner tendez les bras vers elle ;
Elle est toute splendeur — elle est toujours nouvelle.
Elle vit plus que vous. Les changeantes saisons
Étendent à vos yeux d’éternels horizons.

Si vous savez l’aimer même dans sa folie,
L’hiver, en la poudrant, vous la rendra jolie,
Mettra dans ses cheveux un blanc bouquet de fleurs.
Vous l’aimerez toujours… et même dans ses pleurs !

Soit que ses yeux profonds de bleus deviennent glauques,
Soit que des vents, soudain, passent en souffles rauques
Ou, qu’en murmure, un aquilon, un doux zéphyr
Viennent rider les eaux dormantes, de saphir…

(Bernard de Louvencourt)

 

 

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Les mots d’amour (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



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Les mots d’amour

Les mots d’amour ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

Ils sont les souvenirs des heures
Dont les regrets sont les moments ;
Parfois, ils en sont les tourments
Et blessent les âmes meilleures.

Car plus d’une, au jour des aveux,
Prenant pour témoin l’hirondelle,
Jura qu’elle serait fidèle
Et ne ferait qu’une de deux.

Elles ont trahi ! Pauvres âmes,
Leur amour, c’était l’amitié…
Mais les mots d’amour, sans pitié,
Les brûlent ainsi que des flammes !

Car – tristesse ! – ils ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

(Albert Lozeau)

 

 

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