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Posts Tagged ‘trahir’

Né En 17 à Leidenstadt (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Né En 17 à Leidenstadt

{Refrain:}
Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent

Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir: tendre une main

Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

{au Refrain}

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp

(Jean-Jacques Goldman)

 

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LE LIVRE DU POURQUOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019



 

Edmund Dulac dreamer_of_dreams_p

LE LIVRE DU POURQUOI

Quand vint l’été, son soleil et ses mouches,
Je savourais des mots, je savourais
Le plaisir d’être — oubliant les microbes
Et la morsure et la lèpre et le vent.

Sur le versant du fjord, amère étoile
Se dissolvant au soleil de minuit,
J’imaginais de longues nuits polaires
Tandis qu’un ours léchait ma peau, ma peau.

J’aimais les corps, leur nudité sans herbe,
Le doute aussi trop prompt à me trahir
Et je luttais pour un muscle, une artère,
Un morceau d’ongle oublié par les jours.

(Robert Sabatier)

Illustration: Edmund Dulac

 

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Je déclare allégeance (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Je déclare allégeance
À ce qui me poursuit
Jusque dans mes songes,

Et que je trahirai
Le plus possible

(Guillevic)

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FAUNE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



FAUNE

Plus sournois qu’un regard, mon silence t’outrage.
L’odeur te fait mourir de mon désir tapi.
Ton corps est violé dans mon coeur, sans répit.
Prométhée envieux du feu de ton visage,
Je le vole à toute heure et rien ne me trahit.

(François Mauriac)

Illustration: Edmond Grandjean

 

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LE GARÇON BOUCHER (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Alfred Boucher
    
LE GARÇON BOUCHER

Toujours te sourire,
Jamais te toucher,
Tu me rendras pire
Qu’un garçon boucher!

Apprends qui je suis,
Sache qu’en dormant
J’égorge, la nuit,
Cette femme enfant

Qui est dans tes yeux,
Qui penche la tête,
Je tords ses cheveux,
Je trahie une bête

Vague, blanche et nue,
Grande comme toi,
Quand elle remue
J’enfonce tout droit

Le couteau joyeux,
Le couteau rageur,
Je le sens heureux
D’aller dans ton cœur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Après le froid et le vent (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

 

Après le froid et le vent, j’avais
Du plaisir à me chauffer dans l’âtre.
Je ne me suis pas méfiée assez :
On m’a volé mon coeur par mégarde.

La fête du jour de l’An s’étire,
Et les roses humides s’exhalent;
Mais je n’entends plus dans ma poitrine
Le bruissement des cigales.

J’ai deviné sans peine le voleur :
Ses yeux, son regard le trahissent.
Je sais que bientôt, pour mon malheur,
Il me rendra de lui-même sa prise.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Prie pour mon âme misérable (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Prie pour mon âme misérable,
Mon âme perdue, mon âme vivante,
Toi qui es toujours sûr de ton chemin,
Toi qui a vu la lumière dans la hutte.

Alors, triste et reconnaissante,
Je te dirai en échange comment
J’ai souffert de la nuit étouffante,
Respiré dans le froid du matin.

Dans cette vie, j’aurai vu peu de choses.
Je n’ai rien fait que chanter et attendre.
Je sais: je n’ai ni haï mon frère
Ni trahi ma soeur.

Pourquoi Dieu m’a-t-il punie,
Chaque jour, chaque heure?
Ou c’était un Ange qui me montrait
Une lumière pour nous invisible…

(Anna Akhmatova)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Les branches ont le secret (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Les branches ont le secret
d’une écriture aussi
vivante que celle qui rythma

mon enfance. L’école était
mon château, mon refuge,
ma patrie. Sur le tableau,
se déroulaient, comme

des portées radieuses,
les modèles que je devais
suivre pour conquérir
le coeur du temps et

comprendre qu’il me
faudrait grande prudence
pour ne jamais trahir
l’écriture des branches.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Merci (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




    
Merci —

Merci — de n’avoir été
qu’un arbre, de l’herbe verte à son pied.
Qu’une essence vivante de chaleur
accompagnant la force de l’arbre, de l’herbe,
de l’ombre dans ton sang d’homme.

Merci — de n’avoir rien dit. De n’avoir été
qu’une senteur, comme celle du jeune sang sain,
et qu’une épaule dans l’ombre.
Qu’un arbre, de l’herbe verte à son pied
pour y poser son front brûlant.

Tu as reçu mes pleurs de cette nuit,
ne m’as trahi ni par des signes ni par des mots.
Tu les reçus cette nuit, en silence, invisible,
aussi simplement que s’ils étaient une source
et toi la terre noire.

***

Tak for det —

Tak for det — at du ingenting var
uden et Trie oggront Græs ved dets Fod.
Kun var et levende Væsen af Varme
med Træets, Græssets og Markets
Kraft i dit Menneskeblod.

Tak for det — at du ingenting sae,
kun var en Duft som af sundt, ungt Blod
og kun var en Skulder i Market.
Kun var et Træ og gront Græs ved lets Fod
til at lægge sin brændende Pande imod.

Du tog mod den Graad, som jeg græd den Nat,
forraadte mig ikke med Tegn eller Ord.
Du modtog den tavs og usynlig den Nat
saa ligetil som om den var en Kilde
og du var den sorte lord.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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