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Poésie

Posts Tagged ‘trahir’

LE GARÇON BOUCHER (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Alfred Boucher
    
LE GARÇON BOUCHER

Toujours te sourire,
Jamais te toucher,
Tu me rendras pire
Qu’un garçon boucher!

Apprends qui je suis,
Sache qu’en dormant
J’égorge, la nuit,
Cette femme enfant

Qui est dans tes yeux,
Qui penche la tête,
Je tords ses cheveux,
Je trahie une bête

Vague, blanche et nue,
Grande comme toi,
Quand elle remue
J’enfonce tout droit

Le couteau joyeux,
Le couteau rageur,
Je le sens heureux
D’aller dans ton cœur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Après le froid et le vent (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

 

Après le froid et le vent, j’avais
Du plaisir à me chauffer dans l’âtre.
Je ne me suis pas méfiée assez :
On m’a volé mon coeur par mégarde.

La fête du jour de l’An s’étire,
Et les roses humides s’exhalent;
Mais je n’entends plus dans ma poitrine
Le bruissement des cigales.

J’ai deviné sans peine le voleur :
Ses yeux, son regard le trahissent.
Je sais que bientôt, pour mon malheur,
Il me rendra de lui-même sa prise.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Prie pour mon âme misérable (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Prie pour mon âme misérable,
Mon âme perdue, mon âme vivante,
Toi qui es toujours sûr de ton chemin,
Toi qui a vu la lumière dans la hutte.

Alors, triste et reconnaissante,
Je te dirai en échange comment
J’ai souffert de la nuit étouffante,
Respiré dans le froid du matin.

Dans cette vie, j’aurai vu peu de choses.
Je n’ai rien fait que chanter et attendre.
Je sais: je n’ai ni haï mon frère
Ni trahi ma soeur.

Pourquoi Dieu m’a-t-il punie,
Chaque jour, chaque heure?
Ou c’était un Ange qui me montrait
Une lumière pour nous invisible…

(Anna Akhmatova)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Les branches ont le secret (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Les branches ont le secret
d’une écriture aussi
vivante que celle qui rythma

mon enfance. L’école était
mon château, mon refuge,
ma patrie. Sur le tableau,
se déroulaient, comme

des portées radieuses,
les modèles que je devais
suivre pour conquérir
le coeur du temps et

comprendre qu’il me
faudrait grande prudence
pour ne jamais trahir
l’écriture des branches.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Merci (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




    
Merci —

Merci — de n’avoir été
qu’un arbre, de l’herbe verte à son pied.
Qu’une essence vivante de chaleur
accompagnant la force de l’arbre, de l’herbe,
de l’ombre dans ton sang d’homme.

Merci — de n’avoir rien dit. De n’avoir été
qu’une senteur, comme celle du jeune sang sain,
et qu’une épaule dans l’ombre.
Qu’un arbre, de l’herbe verte à son pied
pour y poser son front brûlant.

Tu as reçu mes pleurs de cette nuit,
ne m’as trahi ni par des signes ni par des mots.
Tu les reçus cette nuit, en silence, invisible,
aussi simplement que s’ils étaient une source
et toi la terre noire.

***

Tak for det —

Tak for det — at du ingenting var
uden et Trie oggront Græs ved dets Fod.
Kun var et levende Væsen af Varme
med Træets, Græssets og Markets
Kraft i dit Menneskeblod.

Tak for det — at du ingenting sae,
kun var en Duft som af sundt, ungt Blod
og kun var en Skulder i Market.
Kun var et Træ og gront Græs ved lets Fod
til at lægge sin brændende Pande imod.

Du tog mod den Graad, som jeg græd den Nat,
forraadte mig ikke med Tegn eller Ord.
Du modtog den tavs og usynlig den Nat
saa ligetil som om den var en Kilde
og du var den sorte lord.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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Aubade orientale (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
Aubade orientale

Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés ?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.

Car cette nuit où tant de cris retentirent
— bêtes qui s’appellent et se déchirent —
ne nous est-elle pas atrocement étrangère ?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle ?

On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.

Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Vagabondages (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




Illustration


Vagabondages

J’ai trahi ma solitude
En la divulguant

Je vois mourir le soleil
Et déchiffre les fenêtres
Où la clarté se dégrade
L’herbe pave le sol

Poussé par des vents
Qui se heurtent aux branches
Aux murs
Et au ciel impassible
Où s’ancrent des nuages
Aux cargaisons de pluie
Je traverse la nuit
À la recherche d’un matin éternel.
Légères
Des brumes flottent
Sur les bois de Vauréal
Et s’accrochent aux arbustes

La colline dégrafe son corsage de verdure

J’arrache des feuilles et des herbes
Et les froisse entre mes mains
Quand je les ouvre le paysage s’échappe
Et l’horizon tremble
Du regard je caresse la colline
Qui s’alanguit

Voyageur du silence
Je coupe le cordon qui me retient à la ville
Et soulève le poids de la boue à mes semelles

La route se déroule sous la poussière
Et je marche sur des cailloux pointus
Pour épouser le mouvement coloré des champs

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

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Absences (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Audrey Kawasaki 2006

 

Absences

Tout proche de l’interlocuteur
et pourtant loin, l’esprit ailleurs,
comme en un voyage m’évadant,
je suis là, présent et absent,
hochant la tête de temps en temps.

Tout proche de l’interlocuteur
et pourtant loin, l’esprit ailleurs,
combien de fois ai-je trahi
quand je semblais, yeux et ouïe,
attentif à mon vis-à-vis ?

(Esther Granek)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Quête (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Audrey Kawasaki Flutter-Away-by-Audrey-Kawasaki_3-e1268431163411

Quête

J’ai faim
d’un moment d’attention
m’ouvrant un horizon
que je mendie sans fin.

J’ai faim
de ce regard d’autrui
m’offrant comme un crédit
lorsque tout tourne à rien

J’ai faim
J’ai faim et je m’emplis
d’un rêve inaccompli.
Mon espoir est-il vain ?

J’ai faim
Et ma faim ne s’apaise.
Et mon air très à l’aise
ne me trahira point.

(Esther Granek)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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