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Poésie

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ANTIBUCOLIQUE (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



Illustration: Gustav Klimt   
    
ANTIBUCOLIQUE

Un vautour avec un morceau de viande rouge dans le bec
paraissait manger sa propre poitrine.

Des seins tombaient
sur un ventre comme deux serpents.

Un chien jaune léchait les ombres des pierres,
le chien sans maître affamé d’amour.

Dans la plaine, une machine invisible sifflait.
Passait l’Ange des Mystères quotidiens,

voyageant mystérieux et sans valise
dans le train de midi.

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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Ophélie (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Arthur Hughes

    

Ophélie

À la pêche à la ligne avec un bouchon
Qui ressemble à la fleur du jupon d’Ophélie
Avec une chanson au bout de mon hameçon
Y a quelque chose de pourri au royaume des poissons

Quand ils s’étaient couchés dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à chanter
S’était mise à chanter dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait chanté

À la pêche à la blonde avec un regard
Qui ressemble à un train qui a perdu sa gare
Avec un billet pour partir à l’armée
Y a quelque chose de pourri au royaume de Peynet

Quand ils s’étaient quittés dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à pleurer
S’était mise à pleurer dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait pleuré

À la pêche aux médailles avec un pantalon
De la couleur du temps qu’il fait dans les entrailles

Avec une mitraille pour faire la moisson
Y a quelque chose de pourri au royaume des semailles

Quand il était tombé dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à prier
S’était mise à prier dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait prié

À la pêche aux larmes avec le sourire
Des femmes déchirées qui n’ont plus rien à dire
Avec un télégramme venu de quelque part
Y a quelque chose de pourri au royaume des faire-part

Quand elle s’était couchée dans l’herbe de l’étang
Les gens disent que la pluie s’était mise à tomber
S’était mise à tomber dans l’herbe de l’étang
Comme jamais l’été la pluie n’était tombée

À la pêche à la ligne avec un bouchon
Qui ressemble à la fleur du jupon d’Ophélie
Avec une chanson au bout de mon hameçon
Y a quelque chose de pourri au royaume des poissons

(Maurice Fanon)

 

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Que deviennent (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Shoji Ueda 1

Les trains apportent tous les jours de Pologne
leur cargaison de froid sous la bâche de leur neige.
Sur les plumages des corbeaux stationne et sautille avec mon désespoir vague.

Les corbeaux.
La faim des corbeaux blesse l’unité de la neige.
Où dorment l’hiver les corbeaux ?

Et que deviennent — le printemps revenu —
les feuilles mortes des arbres ?

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Shoji Ueda

 

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Voici les cloches de midi (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



    

Voici les cloches de midi
et la route est très contrariée
parce que le train lui a porté
des chairs blanches et des habits gris
avec des souliers noirs qui font du bruit
de quel hiver arrivent-ils ceux-là

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Ceux qui vont mourir (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017




    

Ceux qui vont mourir tout à l’heure à la guerre
se sont mis devant moi
et je ne vois plus la fête
mais j’entends le train qui siffle
et je sens le soleil sur ma tête
peut-être qu’il y a aussi du soleil où ils vont mourir
mais puisque je suis vivant mon devoir
est de chanter baissez-vous
que je puisse voir
la-belle-en-robe-rose-qui-passe-sur-la-route
en-balançant-ses-hanches-sous-son-ombrelle-rose-aussi

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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L’un va tout droit (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Gao Xingjian

 

L’un va tout droit,
L’autre tourne en rond,
Attend le retour à la maison du père,
Attend l’amie du temps passé.
Mais moi je vais — derrière moi le malheur,
Ni droit ni de travers,
Vers nulle part et vers jamais,
Comme les trains qui déraillent.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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BALCON DE GÛADARRAMA (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2017



BALCON DE GÛADARRAMA

Hôtel aux bleus déteints,
aux paupières mi-closes,
gardé par les grillons,
et faiblement
troublé
par les plaintes des trains.

Le train d’une heure…
puis de deux heures…
Celui qui roule vers les plages
emporte mon coeur.

En sa nostalgie de la mer,
ma fiancée boit de la bière
au wagon-restaurant.

La lune, solitaire,
glisse sur le glacier.
La luciole du train
fore le défilé.

Et ma fiancée, oubliée,
s’envole en rêve sur la plage
gris perle du Sardinero.

(Rafael Alberti)

 

 

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Dans le train (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Dans le train.
Le premier plan tourne à toute allure
tandis que l’arrière-plan est proche de la fixité centrale.
Foncer, aller droit,
c’est longer des cercles.

(Laurent Albarracin)

 Illustration

 

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Je voyage (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Dans les puits creusés par la voix
Dans la voix
Dans le nombre entre le chiffre et le chiffre
Dans la pulsion entre le Sens et sa Soeur
Entre la veine du poignet et le cou
Je voyage

Dans le train du sommeil et de l’éveil,
Dans son tremblement qui va à la mort qui vient de l’enfance,
Dans le mouvement qui entre ses roues accélère, ralentit, et se bloque
Qui descend et monte, mouvement de la peau,
des barricades et des frontières dans
Le royaume de la peau, mouvement de lancer, de pousser, de tirer, mouvement
De la destruction, de la véhémence et de l’explosion,
mouvement de la bulle et de la mort juste avant
La mort entre le tonnerre et le signe entre le mot et la gorge
Je voyage

A l’extérieur des formes — l’image et son contraire
Rivages envahis de coquillages
A l’extérieur du coquillage
Je voyage

Je monte, j’explose
Je m’habille du bruit de la mer et du tremblement

Je tangue avec la terreur
Je me libère du repentir, des sermons, du retour
Je me libère de la patience
De mon sang et de l’Histoire qui dort en lui
Je me fragmente, je me dénude, j’inspire tout bas
moi-même contre moi-même
Je me mets à l’extérieur de toute chose et je demande
A la svelte folie de dérober mes cils comme une brise d’ouest

Je coupe, je romps, je me sépare
Je me cache sous mes deux lèvres
Loin loin loin

Dans la lumière dans les ténèbres
Dans le silence dans l’oubli
Dans une langue qui altère la parole
Dans une pluie qui change les saisons
Dans la soif audacieuse et la marche gratuite

Loin loin loin

De ce qui pèse et freine
De ce qui incline, attache, enferme
De ce qui favorise, concilie, enseigne
De ce qui satisfait, apaise, séduit

Loin loin

Là où je deviens l’éclair, la racine flottante la racine
Je voyage


Où le mur et le mur la chaise et le mur le tabac et le mur
sont dans un dialogue perpétuel
Où l’heure est trompe, le journal goéland ou colombe
Où le corps est tapis
Et le pain magicien aux milliers de masques
Et le corps présence et théâtre
Je voyage je voyage

Là — dans l’herbe sèche entre la veine et la veine
Dans la chaise couverte de la nuit
Dans mes livres ces peuples malades qui s’enlacent
et dorment autour de moi
Je voyage

(Adonis)

Illustration

 

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Dormir avec toi (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dormir avec toi

Ecoute le tonnerre, ce bûcheron, traverser la nuit.
Entends ce délire.
Ah ! Serre-moi dans tes jambes nues.
Inonde-moi de chaleur, de lumière.

L’orage monte des draps froissés.
Je ne suis qu’un homme dans les bras de la nuit

Dormir avec toi

Dans la respiration s’ouvrent des sentiers.
Un train de luxe passe dans la sainfoin

Dormir avec toi

Je dors avec toi.
Je dors toujours en toi, plus profondément en toi.

Je t’enlace, tu me pénètres des dents, des bras.
Tu as le râle des palombes.
Les yeux fermés, je vois ouverts tes yeux.
Y dérivent les rivières

Dormir avec toi

Ne me laisse jamais seul.
Un cheval tourne dans ma tête

Dormir avec toi pour assouvir la vie.

(Jean Malrieu)

 Illustration: Emilia Castañeda

 

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