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Poésie

Posts Tagged ‘train’

LIBERTÉ (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



LIBERTÉ

A Pan-Mun-Jom
Faut tailler des joncs.

A Buenos Aires
Faut un revolver.

A Salonique
Faut s’armer de piques.

A Berlin
Faut pas s’tromper d’train.

A Moscou
Faut tenir le coup.

A Belgrade
T’en prends pour ton grade.

A Yokohama
Faut se faire tout plat.

A Québec
Béni-béni-bec.

A Pékin
Faut être pour Mâ-Chin.

A Shangai
Contre la racaille.

A Jérusalem
On pleure toute la semaine.

A Calcutta
Calcule ce que t’as.

A Bangkok
Faut subir le choc.

A Panama
Nu-tête i1 faut pas.

A Montevideo
Faut être comme i1 faut.

Plus bas à Cuba
Etre ou n’être pas.

A Rome
I1 faut faire comme.

A Banga-Bango
Gare à ton gigot!

Lausanne, Genève
Les coeurs sant de neige.

Anvers, Amsterdam
Y’a des drôl’de dames.

Copenhague, Oslo
C’est pas du lolo.

New York, Tombouctou
Faut s’attendre à tout.

Bientôt dans la lune
On sera tous posthumes.

N’y a qu’à Viroflay
(Larirette, larirette)
N’y a qu’à Viroflay
(Poussez, poussez l’escarpolette)
N’y a qu’à Viroflay
Que je fais
Ce qui me plaît.

(René de Obaldia)

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Chanson subsidiaire (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Chanson subsidiaire

Le train m’entraîne. Je viens te rejoindre.
Dès aujourd’hui, qui sait, je peux t’atteindre…
Alors le feu de mon front s’éteindra.
Mais, tout bas, peut-être, tu me diras:

«Va donc prendre un bain; j’ai ouvert l’eau tiède,
Pour te sécher voilà une serviette.
Si tu as faim, la viande est à chauffer.
Ton lit est toujours où je suis couchée.»

(Attila Jozsef)


Illustration

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DONNE-MOI, DONNE-MOI UN BAISER (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
DONNE-MOI, DONNE-MOI UN BAISER

C’est le dernier ! Baise-moi, je t’en prie.
Dans tes bras blancs, étreins-moi, serre-moi.
Donne un baiser ! Donne, je t’en supplie.
Car ton amour est le prix de ma vie.
Et dès demain, je ne serai plus là.

Je suis parti. Je suis parti sans elle.
Plus de baisers. Elle n’est nulle part.
Je sens, hélas, qu’elle m’est infidèle.
Pour qui sont-ils, les baisers de ma belle ?
Qui les acquiert, par des fleurs, un regard?

La nuit, le jour, je vis dans la souffrance.
Qui flattez-vous, baisers voluptueux
Qu’offre à présent la femme à qui je pense
Et qui, par là, bafoue mon espérance ?
Je suis loin d’elle et combien malheureux!

Voici venu le bonheur sans mélange !
Je peux rentrer ! d’un seul bond ! d’un seul saut !
Je hais le train et sa lenteur étrange.
Ô juste ciel, reverrai-je mon ange?
Pourquoi, Soleil, déclines-tu si tôt?

Merci, mon Dieu, j’entre dans ma demeure.
Aucun bruit. Rien. Mon сoeuг cogne et me dit,
Près d’éclater : «T’attend-elle à cette heure? »
L’horloge dort. Suis-je seul? Est-ce un leurre ?
Une poussière en mon oeil s’introduit.

J’ai sur la bouche une main qui se gèle.
Des pleurs secouent tout mon corps éperdu.
Je la croyais déloyale, infidèle.
Mais elle aimait… et mon coeur se morcelle.
Le sien est mort d’avoir trop attendu.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La valise (Georges-L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018


Hilaire est à la foire.
Il pense à sa femme
qui garde la ferme.
Alors il achète un cadeau.
Une valise blanche
garnie de linge fin.
Il rentre tôt.
Il pose le présent sur la table.
Sa jeune femme est médusée.
Jamais elle n’a vu de valise blanche.
Elle a une idée.
Vite elle dénoue son tablier,
elle met son manteau
et prend la valise.
Elle se regarde
dans le grand miroir,
elle est élégante,
elle marche,
elle arrive à la ville,
elle monte dans le train pour Paris.
Paris, Hilaire!
Le paysan se tait.
Il attend patiemment
qu’elle revienne.
C’est son premier voyage.

(Georges-L. Godeau)

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Poème du chat (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018


Poème du chat

Quand on est chat on n’est pas vache
on ne regarde pas passer les trains
en mâchant les pâquerettes avec entrain
on reste derrière ses moustaches
(quand on est chat, on est chat)

Quand on est chat on n’est pas chien
On ne lèche pas les vilains moches
parce qu’ils ont du sucre plein les poches
on ne brûle pas d’amour pour son prochain
(quand on est chat, on n’est pas chien)

On passe l’hiver sur le radiateur
à se chauffer doucement la fourrure

Au printemps on monte sur les toits
pour faire taire les sales oiseaux

On est celui qui s’en va tout seul
et pour qui tous les chemins se valent
(quand on est chat, on est chat)

(Jacques Roubaud)

 

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Comptine de la fillette qui ne doit pas jouer avec la serrure (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Comptine de la fillette qui ne doit pas jouer avec la serrure

Il ne roule plus le train
regarde il est rouge
il est beau ton coq madame
ce n’est pas une poule
il ne mord pas ton coq madame
parce qu’il n’a pas de dents
parce qu’il n’ouvre pas le bec
le coq
le bec
les poules non plus ne mordent pas
même pas les petites filles
qui ne sont pas sages.

-Elle a trois ans.
-Elle s’exprime bien pour son âge.
-Elle a causé de bonne heure
avant la mort de sa mère
c’est dire.
-Ah vous êtes veuf

Le coq
le bec
le veuf.

La dame au coq
mange un oeuf.

-On l’appelle
Belle.
Mais c’est Annie.

Le coq
le noir
le veuf
la belle
et l’oeuf
et la soif
et le soir.
La morte
la porte
et toujours trop de serrures.

-Que c’est mignon
on ne voudrait pas les voir grandir.
Qui c’est qui s’appelle Annie
Anna Annette Annie ma mie?

-Je m’appelle
Belle
jamais Annie.
Quand je serai grande
je jouerai avec la serrure
je caresserai le coq
je me pencherai par la portière
je casserai un oeuf
je ferai partir le train
et je me marierai en noir
avec papa
pour qu’il ne soit plus coq
pour qu’il ne soit plus bec
pour qu’il ne soit plus veuf.

-Ça pose des questions les enfants.
-Et il faut avoir réponse à tout.

(Armand Lanoux)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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Train à l’horizon (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Train à l’horizon –
ma fenêtre
tremble

***

Train on the horizon –
my window
rattles

(Jack Kerouac)

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ANIMAL DE LUMIÈRE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



ANIMAL DE LUMIÈRE

Je suis, dans cet illimité sans solitude,
un animal de lumière traqué
par ses erreurs, par son feuillage :
vaste est la forêt : ici mes semblables
pullulent, reculent, trafiquent
tandis que je m’isole avec pour toute compagnie
l’escorte que le temps désigne :
les vagues de la mer, les étoiles nocturnes.

C’est peu, c’est vaste, c’est mince et c’est tout.
Mes yeux ont vu tant d’autres yeux
et ma bouche a reçu tant de baisers
et avalé tant de fumée
de ces trains disparus
– ô vieilles gares inclémentes! -,
elle a humé tant de poussière en d’incessantes librairies,
que l’homme que je suis, le mortel, s’est lassé
de ces yeux, ces baisers, ces fumées, ces chemins,
ces livres plus épais que l’épaisseur terrestre.

Et aujourd’hui, au fond de la forêt perdue
il entend la rumeur de l’ennemi et fuit
non point les autres mais lui-même
et la conversation interminable,
le choeur qui chantait avec nous,
la signification de l’existence.

Car une fois, car une voix, une syllabe
ou le passage d’un silence
ou le son de la mer resté sans sépulture
me laissent face à face avec la vérité,
et il ne reste vraiment rien à déchiffrer,
rien qui puisse encore être dit : il n’y avait rien d’autre :
les portes de la forêt se sont refermées,
le soleil circule en ouvrant les feuilles,
la lune monte dans le ciel comme un fruit blanc
et l’homme se conforme à son destin.

(Pablo Neruda)


Illustration: Fra Angelico

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[LE PORT LE HAVRE…] (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



[LE PORT LE HAVRE…]

Le port le havre de Valparaiso
dans ses nippes de terre
me l’a conté : il ne sait pas
naviguer : il subit l’assaut,
l’ouragan,
le séisme, les vagues,
toutes les forces cognent sur
son nez cassé.

Valparaiso, chien de misère
qui aboie parmi les coteaux,
est battu par
les pieds de la terre,
les mains de la mer.
Havre, port qui ne peut partir
pour son destin ouvert au loin
et qui hurle
esseulé
comme un train en hiver
du côté de la solitude,
du côté de la mer inexorable.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Les hommes qui hantent les rêves (Guennadi Gor)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration
    
Les hommes qui hantent les rêves,
Les arbres qui n’ont pas sommeil,
Les fleuves qui ragent et ragent,
Les mains dont on tombe amoureux.
Ah, dévaler boule de feu,
Ou vers la trouée dans la glace.
Ou comme dans un choc de trains
Mourir oiseau contre un oiseau.

***

Люди, которые снятся,
Деревья, которым не спится,
Реки, которые злятся,
Руки, в которых влюбиться.
Мне бы c горы бы сгорая
Или в прорубь c сарая.
Мне бы как поезд об поезд,
Птицей об птицу разбиться.

(Guennadi Gor)

 

Recueil: Blocus
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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