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Poésie

Posts Tagged ‘train’

J’ai longtemps attendu (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Amedeo Bocchi
    
J’ai longtemps attendu sur le versant sud de la lumière
L’arrivée de l’aimée
Embellie des jours suspendus

J’ai imaginé sa voix
J’ai dessiné la grâce de ses mouvements
Je l’ai invitée dans mes rêves
Je l’ai habillée
Robes et kaftans d’Orient

J’ai marché sur le fil improbable du désir
Une rencontre c’est un peu de hasard
Le temps et le vide
La raison et l’absurde qui sourient

Il faut renoncer à comprendre
Prendre le train de la nuit
Les yeux fermés
Et la lumière au bout du tunnel

J’ai longtemps vécu d’espoir
Embarqué par l’illusion
Un doux mensonge à soi
Une promesse et du vent

Sur les lèvres gercées du temps
Sur le corps meurtri par l’attente
Dans la clarté des évidences
J’ai vu l’aimée
Avancer vers l’horizon où j’ai enfoui mon visage

L’ai-je vue ou imaginée
Je sais qu’elle existe
Je sais son sourire qui affole les regards
Je sais les yeux mouillés de brume
Les mains prêtes pour recevoir

Je sais qu’elle viendra un jour
Ramasser ce qui subsistera de mes solitudes
Elle m’emmènera là où on dépose
Les âmes et les armes.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Ténèbres (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Alfred Kubin
    
Ténèbres Un train a déraillé sur les doigts de notre amour La
sueur humide est cette aurore qu’une main voudrait griffer déchirer
briser comme une vitre Ténèbres Un arbre écartèle ses branches
dans l’air lourd comme un ascenseur bondé aux heures d’affluence
L’égout ironique
Je te désirais

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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ANTIBUCOLIQUE (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



Illustration: Gustav Klimt   
    
ANTIBUCOLIQUE

Un vautour avec un morceau de viande rouge dans le bec
paraissait manger sa propre poitrine.

Des seins tombaient
sur un ventre comme deux serpents.

Un chien jaune léchait les ombres des pierres,
le chien sans maître affamé d’amour.

Dans la plaine, une machine invisible sifflait.
Passait l’Ange des Mystères quotidiens,

voyageant mystérieux et sans valise
dans le train de midi.

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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Ophélie (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Arthur Hughes

    

Ophélie

À la pêche à la ligne avec un bouchon
Qui ressemble à la fleur du jupon d’Ophélie
Avec une chanson au bout de mon hameçon
Y a quelque chose de pourri au royaume des poissons

Quand ils s’étaient couchés dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à chanter
S’était mise à chanter dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait chanté

À la pêche à la blonde avec un regard
Qui ressemble à un train qui a perdu sa gare
Avec un billet pour partir à l’armée
Y a quelque chose de pourri au royaume de Peynet

Quand ils s’étaient quittés dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à pleurer
S’était mise à pleurer dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait pleuré

À la pêche aux médailles avec un pantalon
De la couleur du temps qu’il fait dans les entrailles

Avec une mitraille pour faire la moisson
Y a quelque chose de pourri au royaume des semailles

Quand il était tombé dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à prier
S’était mise à prier dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait prié

À la pêche aux larmes avec le sourire
Des femmes déchirées qui n’ont plus rien à dire
Avec un télégramme venu de quelque part
Y a quelque chose de pourri au royaume des faire-part

Quand elle s’était couchée dans l’herbe de l’étang
Les gens disent que la pluie s’était mise à tomber
S’était mise à tomber dans l’herbe de l’étang
Comme jamais l’été la pluie n’était tombée

À la pêche à la ligne avec un bouchon
Qui ressemble à la fleur du jupon d’Ophélie
Avec une chanson au bout de mon hameçon
Y a quelque chose de pourri au royaume des poissons

(Maurice Fanon)

 

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Que deviennent (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Shoji Ueda 1

Les trains apportent tous les jours de Pologne
leur cargaison de froid sous la bâche de leur neige.
Sur les plumages des corbeaux stationne et sautille avec mon désespoir vague.

Les corbeaux.
La faim des corbeaux blesse l’unité de la neige.
Où dorment l’hiver les corbeaux ?

Et que deviennent — le printemps revenu —
les feuilles mortes des arbres ?

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Shoji Ueda

 

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Voici les cloches de midi (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



    

Voici les cloches de midi
et la route est très contrariée
parce que le train lui a porté
des chairs blanches et des habits gris
avec des souliers noirs qui font du bruit
de quel hiver arrivent-ils ceux-là

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Ceux qui vont mourir (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017




    

Ceux qui vont mourir tout à l’heure à la guerre
se sont mis devant moi
et je ne vois plus la fête
mais j’entends le train qui siffle
et je sens le soleil sur ma tête
peut-être qu’il y a aussi du soleil où ils vont mourir
mais puisque je suis vivant mon devoir
est de chanter baissez-vous
que je puisse voir
la-belle-en-robe-rose-qui-passe-sur-la-route
en-balançant-ses-hanches-sous-son-ombrelle-rose-aussi

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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L’un va tout droit (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Gao Xingjian

 

L’un va tout droit,
L’autre tourne en rond,
Attend le retour à la maison du père,
Attend l’amie du temps passé.
Mais moi je vais — derrière moi le malheur,
Ni droit ni de travers,
Vers nulle part et vers jamais,
Comme les trains qui déraillent.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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BALCON DE GÛADARRAMA (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2017



BALCON DE GÛADARRAMA

Hôtel aux bleus déteints,
aux paupières mi-closes,
gardé par les grillons,
et faiblement
troublé
par les plaintes des trains.

Le train d’une heure…
puis de deux heures…
Celui qui roule vers les plages
emporte mon coeur.

En sa nostalgie de la mer,
ma fiancée boit de la bière
au wagon-restaurant.

La lune, solitaire,
glisse sur le glacier.
La luciole du train
fore le défilé.

Et ma fiancée, oubliée,
s’envole en rêve sur la plage
gris perle du Sardinero.

(Rafael Alberti)

 

 

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Dans le train (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Dans le train.
Le premier plan tourne à toute allure
tandis que l’arrière-plan est proche de la fixité centrale.
Foncer, aller droit,
c’est longer des cercles.

(Laurent Albarracin)

 Illustration

 

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