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Poésie

Posts Tagged ‘train’

L’un va tout droit (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Gao Xingjian

 

L’un va tout droit,
L’autre tourne en rond,
Attend le retour à la maison du père,
Attend l’amie du temps passé.
Mais moi je vais — derrière moi le malheur,
Ni droit ni de travers,
Vers nulle part et vers jamais,
Comme les trains qui déraillent.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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BALCON DE GÛADARRAMA (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2017



BALCON DE GÛADARRAMA

Hôtel aux bleus déteints,
aux paupières mi-closes,
gardé par les grillons,
et faiblement
troublé
par les plaintes des trains.

Le train d’une heure…
puis de deux heures…
Celui qui roule vers les plages
emporte mon coeur.

En sa nostalgie de la mer,
ma fiancée boit de la bière
au wagon-restaurant.

La lune, solitaire,
glisse sur le glacier.
La luciole du train
fore le défilé.

Et ma fiancée, oubliée,
s’envole en rêve sur la plage
gris perle du Sardinero.

(Rafael Alberti)

 

 

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Dans le train (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Dans le train.
Le premier plan tourne à toute allure
tandis que l’arrière-plan est proche de la fixité centrale.
Foncer, aller droit,
c’est longer des cercles.

(Laurent Albarracin)

 Illustration

 

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Je voyage (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Dans les puits creusés par la voix
Dans la voix
Dans le nombre entre le chiffre et le chiffre
Dans la pulsion entre le Sens et sa Soeur
Entre la veine du poignet et le cou
Je voyage

Dans le train du sommeil et de l’éveil,
Dans son tremblement qui va à la mort qui vient de l’enfance,
Dans le mouvement qui entre ses roues accélère, ralentit, et se bloque
Qui descend et monte, mouvement de la peau,
des barricades et des frontières dans
Le royaume de la peau, mouvement de lancer, de pousser, de tirer, mouvement
De la destruction, de la véhémence et de l’explosion,
mouvement de la bulle et de la mort juste avant
La mort entre le tonnerre et le signe entre le mot et la gorge
Je voyage

A l’extérieur des formes — l’image et son contraire
Rivages envahis de coquillages
A l’extérieur du coquillage
Je voyage

Je monte, j’explose
Je m’habille du bruit de la mer et du tremblement

Je tangue avec la terreur
Je me libère du repentir, des sermons, du retour
Je me libère de la patience
De mon sang et de l’Histoire qui dort en lui
Je me fragmente, je me dénude, j’inspire tout bas
moi-même contre moi-même
Je me mets à l’extérieur de toute chose et je demande
A la svelte folie de dérober mes cils comme une brise d’ouest

Je coupe, je romps, je me sépare
Je me cache sous mes deux lèvres
Loin loin loin

Dans la lumière dans les ténèbres
Dans le silence dans l’oubli
Dans une langue qui altère la parole
Dans une pluie qui change les saisons
Dans la soif audacieuse et la marche gratuite

Loin loin loin

De ce qui pèse et freine
De ce qui incline, attache, enferme
De ce qui favorise, concilie, enseigne
De ce qui satisfait, apaise, séduit

Loin loin

Là où je deviens l’éclair, la racine flottante la racine
Je voyage


Où le mur et le mur la chaise et le mur le tabac et le mur
sont dans un dialogue perpétuel
Où l’heure est trompe, le journal goéland ou colombe
Où le corps est tapis
Et le pain magicien aux milliers de masques
Et le corps présence et théâtre
Je voyage je voyage

Là — dans l’herbe sèche entre la veine et la veine
Dans la chaise couverte de la nuit
Dans mes livres ces peuples malades qui s’enlacent
et dorment autour de moi
Je voyage

(Adonis)

Illustration

 

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Dormir avec toi (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dormir avec toi

Ecoute le tonnerre, ce bûcheron, traverser la nuit.
Entends ce délire.
Ah ! Serre-moi dans tes jambes nues.
Inonde-moi de chaleur, de lumière.

L’orage monte des draps froissés.
Je ne suis qu’un homme dans les bras de la nuit

Dormir avec toi

Dans la respiration s’ouvrent des sentiers.
Un train de luxe passe dans la sainfoin

Dormir avec toi

Je dors avec toi.
Je dors toujours en toi, plus profondément en toi.

Je t’enlace, tu me pénètres des dents, des bras.
Tu as le râle des palombes.
Les yeux fermés, je vois ouverts tes yeux.
Y dérivent les rivières

Dormir avec toi

Ne me laisse jamais seul.
Un cheval tourne dans ma tête

Dormir avec toi pour assouvir la vie.

(Jean Malrieu)

 Illustration: Emilia Castañeda

 

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Au passage à niveau (Gilles Guilleron)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Au passage à niveau
les trains
jouent à cache-cache

(Gilles Guilleron)

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La vie ne dure que quinze jours (Casimir Prat)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



La vie ne dure que quinze jours

Si l’on retenait, simplement, dans le désordre et sans vouloir juger de leur importance respective :

les quelques instants où nous sommes tombés amoureux,

les quelques minutes que nous avons passées à rêver
devant tel tableau ou à l’audition d’une certaine mélodie ;

la demi-heure où notre regard s’est trouvé hypnotisé par le poudroiement de la lumière,
une fin d’après-midi, en août, le long du tronc d’un tilleul ;

la durée infinitésimale au cours de laquelle, en plongeant dans un ruisseau de montagne,
notre corps a ressenti ce qu’était vraiment la fraîcheur ;

le soir où nous avons détaché pour toujours notre main du barreau de fer d’un certain portail ;

le matin, en nous levant, quand nous avons constaté tout le sable que nous avions encore gardé dans nos chaussures ;

l’interminable seconde pendant laquelle nos doigts ont effleuré la main ou la joue d’un mort ;

la fin de la matinée où nous avons enfin reconnu notre nom dans la liste des « Admissibles » ;

le temps qu’a exigé pour notre esprit de réaliser que quelqu’un qui nous tournait le dos en définitive pleurait silencieusement ;

l’instant où nous avons lu pour la première fois les pages qui commencent ainsi :
 » Longtemps je me suis couché de bonne heure  » et les avons trouvées au début rébarbatives et sans grand intérêt ;

la nuit où nous avons lu L’île au trésor d’un seul trait ;

le moment d’angoisse que nous avons traversé en pensant qu’à sa descente du train, il (ou elle) ne nous reconnaîtrait pas ;

ce bout de route en voiture, quand, à la couleur des feuilles des platanes qui la bordaient,
il nous a semblé évident que les étés ne seraient plus pour nous les mêmes qu’avant ;

tout cela et quelques autres broutilles,
tous ces moments, dans une vie, si on les additionnait,
ne devraient pas dépasser une petite quinzaine de jours, non ?

( extrait de Le sable entre mes doigts)

(Casimir Prat)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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Des bulles (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2017




Comme un gros barbouillis de feu mâchuré
Le soleil couchant s’attarde sur les nuages qui demeurent.
Monte un sifflement vague des lointains de cette soirée fort calme.
C’est sans doute un train éloigné.

En ce moment précis monte en moi une sorte de vague à l’âme
Et un vague désir placide
Qui apparaît puis disparaît.

De la sorte parfois, à la surface des ruisseaux,
Des bulles se forment sur l’eau
Qui naissent puis se défont
Et qui n’ont pas de sens du tout
Si ce n’est qu’elles sont des bulles d’eau
Qui naissent puis se défont.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Filles-Fleurs (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



Filles-Fleurs

Elles enivraient les abeilles et leurs yeux dansaient
sans jamais toucher la terre. Le vent ne fait pas autre
chose et aucun ne s’en étonne, dans les jardins.
Pourtant, la tige des fleurs est un mystère. Pourtant,
le rire des filles en est un autre, et aussi le sifflet du
train, quand la voie est fermée!
La voie est fermée et la vie éclate, grenade des
amours, lourd grenat des dahlias de l’automne, joie
extasiée de jeunes singes dévorant les géraniums.
Il y eut autrefois des fleurs rampantes qui invitaient
au sommeil, les feux de Bengale parsemaient la rade
par les nuits d’été.
Baptême de la douceur, un monde de velours
succédait enfin aux gueules d’hyènes ricanant dans
l’obscurité.
Et j’ai bu l’alcool des abeilles. Le monde devint un
immense arc-en-ciel que je me mis à gravir, et je me
disais : «Elles ne savent ce qu’elles font, mais elles le
font bien!»

(Maurice Blanchard)

Illustration: Mario Fortuny

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Grondement d’un train (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



 

Grondement d’un train —
Sur l’éternel vert des champs
File la vapeur.

***

A train roars past
The eternal green of fields
In a rush of steam.

(Richard Wright)

Illustration: Claude Monet

 

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