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Poésie

Posts Tagged ‘tram’

À la fenêtre (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018




    
À la fenêtre, je sais qu’il y a des roses,
des roses rouges d’arrière-automne,
les plus hautes du rosier grimpant.

Je n’ose les regarder, elles sont d’un autre monde,
celui qui s’arrête au bord de ma fenêtre.
Je me souviens d’avoir aimé les roses ;
ce souvenir m’est odieux.

Ne pas pouvoir oublier, voilà ce qui me dévore,
et ces roses ne sont là,
fleurs avancées du monde aux portes de l’enfer,
que pour aviver le feu du souvenir !

Au-dessus des roses,
je vois des arbres et des maisons, des arbres
et des maisons quelconques ;
là-bas, la vie continue ;

des femmes se penchent à la fenêtre,
des enfants crient dans une cour, un tram démarre,
une cloche sonne les heures ;
ici, le temps s’est arrêté.

Le tintement de l’horloge, au-dessous de ma chambre,
n’est plus qu’un son bizarre, hallucinant,
dont j’écoute les vibrations, dans mes nuits d’insomnie ;
le sommeil, lui aussi, s’est arrêté.

Il n’y a plus de temps ni de sommeil :
rien qu’une effrayante mémoire.
Petites dents d’une scie aigüe,
les vibrations de l’horloge me font mal au cerveau.

Je voudrais pouvoir les saisir au vol,
comme on fait des mouches irritantes,
et les réduire au silence.

Par-dessus les arbres,
il y a le ciel, visible par petits carrés,
entre les barreaux de ma fenêtre,
toujours hermétiquement close.

(Edmond-Henri Crisinel)

 

Recueil: Alectone
Traduction:
Editions:

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Pour quoi tant de jambe (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Les maisons épient les hommes
qui courent après les femmes.
La soirée serait bleue peut-être,
ne fussent tous ces désirs.

Le tram passe plein de jambes:
jambes blanches noires jaunes.
Pour quoi tant de jambe, mon Dieu, demande mon coeur.
Pourtant mes yeux
ne demandent rien.

(Carlos Drummond de Andrade)

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JOSÉ (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



    

JOSÉ

Et maintenant, José ?
La fête est finie,
la lumière aussi,
la foule est partie,
la nuit a fraîchi,
et maintenant, José?
et maintenant, et toi?
toi qui es sans nom,
qui te moques d’autrui,
qui fais de la poésie,
qui aimes, qui te récries?
et maintenant, José ?

Sans femme te voici,
sans mots te voici,
sans tendresse aussi,
tu ne peux plus boire,
ne peux plus fumer,
cracher ne peux plus,
la nuit a fraîchi,
le jour n’est pas là,
le tram n’est pas là,
le rire non plus,
non plus l’utopie
et tout a fini
et tout s’est enfui
et tout a moisi,
et maintenant, José?

Et maintenant, José ?
Ta douce parole,
ton instant de fièvre,
ta faim et ton jeûne,
ta bibliothèque,
ton gisement d’or,
ta veste en viscose,
ton incohérence,
ta haine — et maintenant?

Tenant en main la clé
tu veux ouvrir la porte,
il n’y a pas de porte ;
tu veux mourir en mer,
mais la mer a séché;
partir pour le Minas,
le Minas n’est plus, las.
José, et maintenant?

Si tu t’écriais,
si tu gémissais,
si tu nous jouais
la valse viennoise,
si tu sommeillais,
si tu te lassais,
et si tu mourais…
Mais tu ne meurs pas,
José, tu es coriace !

Tout seul dans le noir
en ours mal léché,
sans théogonie,
sans la paroi nue
où te reposer,
sans monture noire
qui fuie au galop,
tu marches, José!
José, vers où?

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Je danse (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



je ne pense pas, ne me plains pas, ni me dispute,
Ni dors.
je ne désire ni soleil, ni lune, ni mer,
Ni vaisseau.

je ne sens pas comme il fait chaud entre ces murs,
Comme le jardin est vert;
Et ce cadeau, tant désiré, tant attendu —
je n’attends plus.

Ne me réjouit ni ce matin, ni de ce tram
Le cliquetis joyeux,
je vis sans voir le jour, en oubliant du siècle
L’année et l’heure.

Comme sur une corde fêlée,
je danse — petit danseur.
Je suis l’ombre d’une ombre. je suis lunaire
De deux sombres lunes.

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration

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Je résiste (Giovanni Giudici)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2015



Une autre voix
que j’ignore aujourd’hui me parle et dit :
tu sais bien pourquoi résister. Et je résiste
à un assaut de jours et de rails
d’horloges impies, de trams et de routes.

(Giovanni Giudici)

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Et quand ma mémoire lasse (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2015



Et quand ma mémoire lasse
Comme ces trams d’après minuit
Ne s’arrêtera plus qu’aux stations principales,
Je ne t’oublierai pas.

Je me rappellerai
Le soir tranquille, infini de tes yeux,
Le sanglot étouffé, tombé sur mon épaule
Comme une neige impossible à chasser.

Il fallut bien se séparer
Et je me suis éloigné de toi.
Rien d’extraordinaire,
Seulement, quelque nuit,
Les doigts de quelqu’un se mêleront à tes cheveux,
Mes doigts lointains, qui auront des kilomètres de long.

(Ismaïl Kadaré)

Illustration: Fanny Verne

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