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Poésie

Posts Tagged ‘trame’

Transformation (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021



    

Transformation

Mon souffle coule en un courant rythmique subtil ;
il emplit mes membres d’une puissance divine :
j’ai bu l’Infini comme un vin de géant.
Le Temps est mon théâtre ou mon spectacle de rêve.
Mes cellules illuminées sont la trame flamboyante de la joie
et les fibres frémissantes de mes nerfs sont devenues
de fins courants d’ivresse, opale et hyaline,
où pénètre l’Inconnu, le Suprême.

Je ne suis plus vassal de la chair,
esclave de la Nature et de sa loi implacable ;
je ne suis plus captif des rets étroits des sens.
Mon âme s’étend par-delà tout horizon en une vision sans borne,
mon corps est l’heureux et vibrant instrument de Dieu,
mon esprit un vaste soleil de lumière immortelle.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Jeunesses (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020



Andrée Chedid
    
Jeunesses

On eut beau la flatter
Célébrer ses atours
Ma jeunesse s’engouffra
Dans la gorge du temps

Elle cessa de fleurir
Pour rejoindre sans détresse
La trame usuelle
Qui mène à l’ultime champ

L’été prit le relais

D’autres et d’autres jeunesses
S’aventuraient déjà
En leurs corps flamboyants.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LOIN DES YEUX (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LOIN DES YEUX

Loin des yeux
le coeur constant
continue de battre
dans l’inconscient
d’une chair assoupie

Aux yeux qui vont s’ouvrir
l’affût du réel offre
à vaincre l’apparence
entre refus et audace
pour oser l’affronter

Chaque instant singulier
éclate au quotidien
dans l’éblouissement du neuf
avant de s’effacer
incertain de renaître

L’écrit ou le dessin
sauraient-ils façonner
la trace délébile
de fuyante lumière
dans la trame des jours ?

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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Renaissance (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Nicholas Roerich

    

Renaissance

La félicité divine n’atteint pas si tôt sa plénitude en nous,
tout ne finit pas pour nous en une vie ;
il n’est pas de terme à notre esprit
ni à la joie qu’il recherche.

Nos âmes et le ciel sont d’égale stature
et de naissance immémoriale ;
impérissable semence, moule infini de la Nature,
ils ne furent point façonnés sur terre,

ni à la terre ne lèguent-ils leurs cendres,
mais en eux-mêmes ils perdurent.
Un avenir sans fin affleure sous tes paupières,
enfant d’un passé sans fin.

De vieux souvenirs nous reviennent, de vieux rêves nous submergent,
êtres disparus que nous avons connus,
fictions et portraits ; cadres insaisissables –
ils se détachent, austères et solitaires.

Tous nos espoirs, tous nos rêves, trésors du souvenir,
sont prévisions mal déchiffrées,
mais de quelle vie, de quel lieu? Seul peut le dire
qui mesura les cieux illimités.

Le Temps est une convention tenace ; avenir et présent
vivaient dans le passé ;
ils sont une même image que nos volontés complaisantes
en trois plans ont projetée.

Le passé oublié est en nous immortel,
nos naissances et la fin proche
déjà accomplies. Vers une cime, à bout de souffle,
parfois nos âmes s’élèvent,

d’où notre pensée revient fortifiée ; car en surgit
l’immense océan du Temps
dont la houle infinie s’étend devant nos yeux,
et ses sublimes symphonies ;

et parfois, levant ce voile du mental
l’esprit regarde et voit
les âges disparus dont héritent nos vies
et les siècles à venir :

il voit des royaumes labourés par les vagues refouler l’océan –
là où surgi des troubles profondeurs
se dresse maintenant Himâlaya, il voit la marche formidable
des flots mesurer la moitié du monde ;

ou bien derrière nous, la trame se dénoue
et sur ses fils nous contemplons –
courses anciennes des étoiles, lieux jadis parcourus
dans un temps dont le souvenir s’est effacé.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Autre effet de lune (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



Autre effet de lune

Le caroubier dont la trame se profile
dépouillée, sur l’azur somnolent,
des voix, une broderie
de doigts argentés sur les seuils,

la plume qui s’englue, un piétinement
sur le môle qui s’efface,
et la felouque déjà replie son vol
sous les dépouilles de ses voiles basses.

***

Altro effetto di Luna

La trama del carrubo che si profila
nuda contro l’azzurro sonnolento,
il suono delle voci, la trafila
delle dita d’argento sulle soglie,

la piuma che s’invischia, un trepestio
sul molo che si scioglie
e la feluca già ripiega il volo
con le vele dimesse come spoglie.

(Eugenio Montale)


Illustration

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Il se lavait dehors en pleine nuit (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Il se lavait dehors en pleine nuit.
Le firmament brillait d’âpres étoiles.
La cuve refroidit, pleine à ras bords,
Et le rayon est comme du sel sur la hache.

A double tour on a fermé la grille.
La terre est rude en toute conscience.
On chercherait en vain plus pure trame
Que la vérité de la toile fraîche.

Dans la cuve l’étoile fond comme du sel
Et l’eau froide est de plus en plus noire,
Et plus pure la mort, plus âcre le malheur,
Et la terre plus cruelle et plus vraie.

(Ossip Mandelstam)


Illustration

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Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020




    
Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine
Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,
Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin
Recherchent et livrent une bataille rangée.

Ils ne savent pas que la singulière main
Du joueur qui les tient gouverne leur destin,
Ils ne savent pas qu’une rigueur de diamant
Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.
Le joueur, à son tour, se trouve prisonnier
(D’Omar est la sentence) d’un tout autre échiquier
Bâti de noires nuits et de blanches journées.

Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.
Quel dieu, derrière Dieu, débute cette trame
De poussière et de temps, de rêve et d’agonies ?

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: Les échecs
Traduction:
Editions: Seuil

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Percé de lucarnes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2019


Coeur

Débusque ce battement-de-nous
gravé dans l’énigme

Sacre l’éphémère
Reconnais la rencontre

Explore cette trame-de-nous
où l’univers s’avive

Le coeur percé de lucarnes
remonte les soirs muets.

(Andrée Chedid)

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L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Chaque geste comprend une portion de destin (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Chaque geste comprend une portion de destin
et c’est pourquoi tous exhibent
une dose surprenante de nécessité
qui semble peser de son poids propre.

Néanmoins,
il doit exister une autre unité de mesure
pour calculer avec précision
la quantité de destin de chaque geste.

Et ainsi de chaque mot,
qui est un geste verbal,
de chaque image visible,
qui est un geste fait de la substance même du regard,
de chaque signe qui nous frôle
et qui n’est qu’un fil de la trame de l’air.

Même un accident est un geste du destin,
peut-être une hyperbole du destin,
comme un emportement de son lyrique excès.

Et même le hasard est un geste du destin,
le seul peut-être qui rassemble tous ses pouvoirs,
comme un bouquet détaché dont les fleurs se répandent.

Car le destin lui-même a besoin
de liberté pour improviser.

(Roberto Juarroz)

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