Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tranche’

Ces gigantesques sillons (Julien Vocance)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



La Mort a creusé sans doute
Ces gigantesques sillons
Dont les graines sont des hommes.

***

Au ras du sol depuis quinze jours,
Mon oeil en connaît les moindres bosses,
Les moindres herbes.

***

Rumeurs de veuves, d’orphelins,
Bourdonnantes, comme un essaim,
Sur ces pauvres corps déteints.

***

La pluie fine et froide, en cinglantes rafales,
Pénètre nos os et nos âmes,
Et les moelles de la terre.

***

Par la fatigue écrasés,
Ils ont les poses écroulées
Des cadavres de la plaine.

***

Les rafales de nos canons
D’une ville à l’horizon
Allument la vision brève.

***

Des croix de bois blanc
Surgissent du sol,
Chaque jour, ça et là.

***

Les obus vampires ont soulevé
Les dalles du cimetière
Dont les croix chancellent.

***

Pour arriver jusqu’à ma peau
Les balles ne pourraient jamais
Se débrouiller dans mes lainages.

***

Dans un trou du sol, la nuit,
En face d’une armée immense,
Deux hommes.

***

Fleur qui respirait la lumière,
Son oeil gît,
La gorge tranchée.

(Julien Vocance)

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La tranche de pain (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

f84e

La tranche de pain

Un enfant seul,
Tout seul avec en main
Une belle tranche de pain,
Un enfant seul
Avec un chien
Qui le regarde comme un dieu
Qui tiendrait dans sa main
La clé du paradis des chiens.
Un enfant seul
Qui mord dans sa tranche de pain,
Et que le monde entier
Observe pour le voir donner
Avec simplicité,
Alors qu’il a très faim,
La moitié de son pain
Bien beurré à son chien.

(Maurice Carême)

Illustration: Pablo Picasso

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’aventure d’un poème (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



    
L’aventure d’un poème

Depuis des mois je suis enceinte
d’un poème.
Je le promène
au marché,
je le remue
à la cuisine.

Comme les vieux tapis
je l’aère au balcon,
secoue la poussière du silence,
efface des pas muets
les empreintes.

Je lui mets les habits de fête
d’instants de joie.

D’autres fois
en sa compagnie
je ramasse des mots
au bord de la mer.
Et quand la nuit
s’avance,
entre ses vers se glisse
une tranche
de pleine lune.

le poème
brise-lames
de la colère
bras ouverts
au chagrin
lampe-tempête
dans les ténèbres.

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La source est roc (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



La source est roc
et la langue est tranchée.

(René Char)

Illustration: Rockwell Kent

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

Entrez donc (François Caradec)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entrez donc

Si vous voulez mais entrez donc
vous reposer quelques minutes
vous rafraîchir prenez un verre
prenez mon lit mais entrez donc
si vous voulez pour un instant
partager avec moi ma tranche de silence
entrez donc essuyez vos pieds
vous ne mettrez pas très longtemps
à m’oublier

(François Caradec)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ambiguïté du témoin (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Jeanie Tomanek scepter

Ambiguïté du témoin

Quelle est cette souffrance qui s’étale,
comme sur une tranche de ce pain doux amer
que l’enfant approche de ses lèvres,
sur l’indolence que l’âme atteint
entre bonheur et douleur?
L’absence ? Non. Entre les pôles qui s’opposent,
magique, une alliance naît,
une tension, en équilibre peut-être.
Ou est-ce la mort lente des illusions,
la risée des sons suggérés
au sein des faux pardons des hypocrites ?
Ou alors est-ce la présence du tiers
qui se reforme, de celui qui assista
plus pressé peut-être que distrait
à notre conversation qui
se perdait entre les silences
jonchés déjà de consensus suspendus
et le sourire des sens déjà en éveil.

Avant de s’éloigner, il mêla
le plus ambigu des sourires à ses regards
qu’allumait le désir. S’il est resté
quelque chose de ce feu, tandis qu’il
s’éloignait, dans une étrange mélancolie,
un tison crépitait dans les cendres.

Tel témoignage est alors une erreur
dans la tendre incohérence de Vénus
si l’espace objectif de ce « lui »
trop vite enfui alors, vide,
se remplit des ombres de ce jeu faussé
de celui qui, entre le « moi » et le « toi » triche sur l’oubli.
Étrange clapotis des ondes amères
ce colloque confond et le toi et le moi
où l’éloquence de l’être est un adieu.

(Piero Bigongiari)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Retouche à l’univers (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017




    

retouche à l’univers

la nappe le couteau le verre
le sourire et Dieu dans la tranche du pain
et sur un dôme de cuiller
le reflet persan du placard ouvert

dans les détroits du bavardage
la voile blanche du silence
vers des îles

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie Retouches
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le feu du corps (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Alex Stevenson Diaz
    
le feu du corps autour de l’âme
notre sombre vertige
derviche que rien n’épuise
ni fers aux chevilles
ni trou dans les vertèbres
ô présence
tu exaltes
tu saccages
chair os sang
nous sommes aussi une tranche d’éternité

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Couper du pain rond (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017




    
Couper du pain rond, villageois,
pour l’odeur pénétrante
de chaque tranche

aussi couper
dans la langue générale
un poème
pour le profond du corps.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Verticale du Secret
Editions: Obsidiane

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un petit insecte perdu sur le mont ultime (Santiago Montobbio)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



Un petit insecte perdu sur le mont ultime.
L’homme n’est pas grand-chose de plus dans la vie, obscur.
Obscur et grièvement blessé et dévoré par le temps et l’oubli.
Feuille sèche, branche cassée, ruisseau asséché, insecte infime,
et des êtres déjà gâchés, minuscules, qui vont main dans la main
entremêlant leur destin au pas des jours.
Cette montagne ultime est le néant ou bien peut-être Dieu,
une monnaie qui tombe toujours sur sa tranche
et se fixe ainsi et demeure
sur les rails du temps.
Là nous nous perdons. Là nous vivons.
L’homme est toujours un dernier feu, secret.

***

El insecto pequeño y perdido por el monte último.
No mucho más es en la vida del hombre, oscuro.
Oscuro y malherido y devorado por el tiempo y el olvido.
Hoja seca, rama partida, arroyo también seco, insecto pequeño
y seres ya gastados, diminutos, van dándose en él la mano
y trenzando con el paso de los días su destino.
Ese monte último es la nada o Dios acaso,
una moneda que siempre cae de canto
y fija así se queda
sobre los raíles del tiempo.
Allí nos perdemos. Allí vivimos.
El hombre es siempre un fuego último, secreto.

(Santiago Montobbio)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :