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Tes paroles tranchées, glaçantes (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Béatrice Douvre    
    
Tes paroles tranchées, glaçantes
Et tes yeux comme fous…
L’aveu de ton amour avant
Le premier rendez-vous.

Mais je t’avais été promise
En un siècle lointain,
Vers toi je franchissais les mers,
Poussée par le destin.

Et sans savoir ton nom, ni même
À quoi tu ressemblais,
Comme l’aube surgie de la nuit
Je te reconnaîtrais.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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SONS (Jacob Glatstein)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
SONS

La fille blonde à la harpe
Est pourtant un brigand camouflé.
Avec une lame de verre
Elle tranche les têtes bleues des résonances
Et les laisse en l’air palpitantes,
Agonisantes.

Et toi, et moi,
Qui durant des nuits entières
Avons étreint le sanglot de nos corps,
Vois comme elle se rit de nous,
La fille blonde à la harpe
Qui nous joue un chant de dérision
Jusqu’à l’orée du grand jour,
Jusqu’au coeur profond du jour.

(Jacob Glatstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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« Je suis à Toi » (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019


bouguereau18

A une unique interlocutrice,
celle qui tranche le fil,
nous pouvons sincèrement dire :
« Je suis à Toi ».
Femme parée d’une parfaite jeunesse,
qui nous libère à notre heure,
non à la sienne.

(René Char)

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De la jeunesse à l’âge mûr (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
De la jeunesse à l’âge mûr, il n’est pas de chemin tracé,
Cependant hier un enfant, maintenant un homme tassé,
Inutile de s’exciter, chaque pas fera du passé.

De l’âge mûr à la vieillesse, il n’est pas de route certaine,
Cependant hier voix qui tranche, aujourd’hui tremblante rengaine,
Pas besoin de beaucoup d’effort, c’est la pente qui vous emmène.

Et des derniers jours à la mort, le chemin, peut-on le décrire?
Hier soir quarante de fièvre, aujourd’hui visage de cire,
Impossible d’en rien savoir, les uns dorment, d’autres délirent.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine,
Je salue le déclin de cet été superbe,
La faucille en sifflant comme un serpent
Tranche l’épi serré contre un autre épi.
Les belles filles moissonnent, et leurs jupes
Volent au vent comme des drapeaux de fête.
Il faudrait maintenant un bruit de sonnailles,
Un long regard sous des cils pleins de poussière.
Je n’attends ni caresses, ni mots doux.
Je pressens des ténèbres sans retour.
Mais viens revoir ce paradis : ensemble,
Nous y étions heureux et innocents.

(Anna Akhmatova)

 

 

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UN DIMANCHE DE FIN DE VACANCES (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
UN DIMANCHE DE FIN DE VACANCES

Des choses merveilleuses se passent dans le ciel
et dans le jardin
les petites filles jouent à la poupée
Un garçon saute à la corde
La corde de chanvre détoure une sphère
l’enfant est complètement dedans

Derrière la clôture le vent annonce l’automne
Le sifflement du chanvre
tranche l’air et grésille
comme le silence au-dessus du cimetière des insectes

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Un homme est-il déjà mort de mort pure ? (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



 Illustration: Pascal Renoux
    
Un homme est-il déjà mort de mort pure ?
D’une mort sans autre cause que la mort ?
L’âme serait son crime, plus mystérieusement
qu’un suicide — elle n’aurait besoin d’aucune arme
et ne réclamerait pas de main extérieure… elle seule suffirait.
Oeuf et serpent, elle-même se gobant.

Tendu, le jour où l’arc se relâchera, je partirai pour toujours
dans cet univers insoupçonné où aucun miroir n’arrête l’esprit.

Je serais aussi moins fausse si j’étais moins vraie.

Être soulagée, crier dans ta poitrine, la mienne n’est pas assez grande.
Mais comment te rejoindre ?
Ma tête tranchée flotte dans la nuit.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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INVOCATION (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
INVOCATION

Un poème s’approche,
un poème m’entoure,
le poème s’annonce,
le poème plane
au-dessus des brumes
et ondoie, esprit
que je veux voir s’incarner.
Que mon corps soit en sueur,
que des serpents mordent mon sein,
que mes yeux soient aveugles, sourdes mes oreilles,
tremblantes mes mains,
ma bouche asséchée, ma matrice arrachée,
mon ventre balafré, mon dos flagellé,
ma langue coupée en longes de cuir,
mes seins transpercés par la grêle,
ma tête tranchée,

si seulement les lèvres pouvaient parler,
et le dieu, venir.

***

INVOCATION

There is a poem on the way,
there is a poem all round me,
the poem is in the near future,
the poem is in the upper air
above the foggy atmosphere
it hovers, a spirit
that I would make incarnate.
Let my body sweat
let snakes torment my breast
my eyes be blind, ears deaf, bands distraught
mouth parched, uterus cul out,
belly slashed, back lashed,
tongue slivered into thongs of leather
rain stones inserted in my breasts,
head severed,

if only the lips may speak,
if only the god will corne.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Dix maximes pour la marche (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration:  Bénédicte Muller
    
Dix maximes pour la marche

Qui cherche une soeur gerce de douceur
qui cherche pourquoi herse toujours soi

qui hisse l’ennui la nuit le dévisse
qui tranche ses veines épanche sa peine

qui tue le lundi pue le vendredi
qui pâlit d’un pleur meurt au lit d’un râle

qui patauge en songe jauge le mensonge
qui hèle l’effroi cisèle sa croix

qui freine sa main traîne son chagrin
qui prouve le feu
les cieux le recouvrent.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Il y a des nuits superbes et si douces (Patricia Ahdjoudj)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 

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Il y a des nuits superbes et si douces
des nuits de tamaris fleuris
des nuits au goût de fête sacrée
Il y a des nuits sublimes d’ironie
des nuits à se trancher la gorge
des nuits à s’ouvrir les veines
et libérer la course folle du désespoir
Il y a des nuits d’amour ébréché
quand le cœur tressaille sous la douleur
comme un oiseau aux ailes brisées
Il y a des nuits superbes et si douces
Il y a des nuits d’amour amer

(Patricia Ahdjoudj)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Bao-Pham Thienbao

 

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