Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tranquille’

LES HISTOIRES DE TANTE SUZANNE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

old-black-woman

LES HISTOIRES DE TANTE SUZANNE

Tante Suzanne a la tête pleine d’histoires.
Tante Suzanne a son coeur tout plein d’histoires.
Les soirs d’été sous la véranda de la façade
Tante Suzanne serre tendrement un enfant brun sur son sein
Et lui raconte des histoires.

Des esclaves noirs
Qui travaillent à la chaleur du soleil,
Des esclaves noirs
Qui marchent dans la rosée des nuits,

Des esclaves noirs
Qui chantent des chants douloureux sur les bords d’un immense fleuve
Se mêlent sans bruit
Dans le flot continu des paroles de la vieille tante Suzanne,
Se mêlent sans bruit
Entre les ombres noires qui traversent et retraversent
Les histoires de tante Suzanne.

Et l’enfant au visage sombre qui écoute
Sait bien que les histoires de tante Suzanne sont de vraies histoires.
Il sait bien que tante Suzanne
N’a jamais tiré d’aucun livre ses histoires,
Mais qu’elles ont surgi
Tout droit de sa propre existence.

Et l’enfant au visage sombre se tient tranquille
Les soir d’été
Quand il écoute les histoires de tante Suzanne.

***

Aunt Sue’s Stories

Aunt Sue has a head full of stories.
Aunt Sue has a whole heart full of stories.
Summer nights on the front porch
Aunt Sue cuddles a brown-faced child in her bosom
And tells him stories.

Black slaves
Working in the hot sun,
And black slaves
Walking in the dewy night,
And black slaves
Singing sorrow songs on the banks of a mighty river
Mingle themselves softly
In the flow of Aunt Sue’s voice,
Mingle themselves softly
In the dark shadows that cross and recross
Aunt Sue’s stories.

And the dark-faced child, listening,
Knows that Aunt Sue’s stories are real stories.
He knows that Aunt Sue never got her stories
Out of any book at all,
But they came
Right out of her own life.

The dark-faced child is quiet
Of a summer night
Listening to Aunt Sue’s stories.

(Langston Hughes)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CIMETIÈRE MARIN (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2020




    
LE CIMETIÈRE MARIN

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée!
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux!

(Paul Valéry)

 

Recueil: Charmes
Traduction:
Editions:

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Douceur de la nuit (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
La Douceur de la nuit

La Douceur de la nuit pénètre
Au fond de nos coeurs
Et chacun en lui sent naître
Un calme bonheur
Et chacun en lui sent naître
Un calme bonheur

Sous le ciel plein de mille mondes
Nous sommes petits
Mais nos coeurs amis se fondent
Jusqu’à l’infini
Mais nos coeurs amis se fondent
Jusqu’à l’infini

Cette paix qui nous environne
Demain et toujours
Qu’elle soit tranquille et bonne
Jusqu’au dernier jour
Qu’elle soit tranquille et bonne
Jusqu’au dernier jour

(Suzanne François)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TROP A L’ÉTROIT (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



TROP A L’ÉTROIT

Trop à l’étroit dans le malheur, l’ayant
crevé comme une vieille peau

Vieille tunique craque aux coutures,
se déchire et se fend de bas en haut

L’ayant habité à sueur et à sang,
vétuste caverne où s’ébrèche l’ombre du soleil

Ayant épuisé de tristes amours, la
vie en rond, le coeur sans levain

Nous sommes réveillés un matin,
nus et seuls sur la pierre de feu

Et la beauté du jour nous trouva
sans défense, si vulnérables et doux de larmes

Qu’aussitôt elle nous coucha en
joue comme des fusillés tranquilles.

(Anne Hébert)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’âge de raison (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020




L’âge de raison

La ville écrase la forêt
pour y installer son décor
sans songer au bruit que ferait
le chant de tous les oiseaux morts

On cimente les paysages
on bétonne les horizons
Nous voici arrivés à l’âge de raison

Le petit sentier de l’école
est une autoroute à six voies
qui mène à la piste d’envol
où les Boeing hurlent de joie

Il y a du goudron sur la plage
et du gas-oil sur le gazon
Nous voici arrivés à l’âge de raison

On a piétiné les ballades
et les refrains de nos printemps
on en a fait des marmelades
pour les vieillards de dix-sept ans
qui font sauter les pucelages
avec des trognons de chanson
Nous voici arrivés à l’âge de raison

Les décibels nous assassinent
les scooters nous bouffent le coeur
et la télé dans les cuisines
nous explique notre bonheur

Quand on veut rêver, les nuages
ont la forme de champignons
Nous voici arrivés à l’âge de raison

Rien à faire petit bonhomme
mets ta tête sous l’oreiller
Grand-mère a bouffé une pomme
et c’est à nous de la payer

Tiens-toi tranquille reste sage
enfoui au creux de ta maison
et laisse, laisse passer l’âge de raison

(Francis Blanche)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

MA VIEILLE BRANCHE (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Léo Ferré [1280x768]

MA VIEILLE BRANCHE

T’as des cheveux comme des feuilles mortes
Et du chagrin dans tes ruisseaux
Et l’ vent du nord qui prête main-forte
À la mère pluie qu’est toute en eau
Ma vieille branche

T’as des prénoms comme des gerçures
D’azur tout gris dans tes chiffons
Et l’ vent du Nord et ses coutures
Où meurent tranquilles les papillons
Ma vieille branche

T’as l’ rossignol qui t’ fait des dettes
Et les yeux doux en coup d’ brouillard
Ce p’tit chanteur, c’est qu’une girouette
T’as qu’à lui mettre ton vieux foulard
Ma vieille branche

T’as les prés comme un chapeau d’ paille
De quand l’été se faisait tout beau
Et des guignols que l’on empaille
À faire s’en aller tes oiseaux
Ma vieille branche

T’as l’ cul tout nu comme les belles gosses
Arrivées là pour un moment
Mais toi, ma vieille, il faut qu’ tu bosses
Pour arriver jusqu’au printemps
Ma vieille branche

T’as rien pour toi qu’une pauvre frimousse
Un vieux sapin qui t’ fait crédit
Deux, trois p’tites fleurs va-que-j’te-pousse
Et puis l’hiver au bout d’ ta vie
Ma vieille branche d’automne

(Léo Ferré)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JEUX PERMIS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020




    
JEUX PERMIS

Si cela vous plaît
jouez à la gloire
au cerf-volant
à la célébrité
au cerceau
à la renommée
à cache-tampon
Si cela vous plaît
jouez au bonheur
à la marelle
au guignon
à la cervelle
au diablotin
à la merveille
Si cela vous plaît
jouez au souci
à la main chaude
au désespoir
à la bonne franquette
au miracle
au feu follet

Et laissez-nous mourir tranquille
même si cela vous déplaît

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Veuve (Jules Jouy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
La Veuve

La Veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

(Jules Jouy)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Little Venice (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



 

Little Venice

Little Venice

Tout au long de Little Venice
petit canal aux eaux tranquilles
avec son bassin et son île
les barques comme sur la glace
et nous nous embrassant debout contre les arbres

Ma mémoire s’endeuille
ma mémoire s’endort
il y avait alors
des friselis de feuilles
et de douces odeurs

Tout au long de Little Venice
des jours que le temps éfaufile
qui avaient ta forme gracile
indécis lentement s’effacent
mais nous nous embrassons toujours contre nos arbres

Ma mémoire s’endeuille
ma mémoire s’endort
il y avait alors
des friselis de feuilles
et de douces odeurs

Tu avais un gilet de soie et de velours

(Louis Calaferte)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si mes mains pouvaient effeuiller (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020


Je prononce ton nom
Au cœur des nuits obscures,
Lorsque viennent les astres
Boire l’eau de la lune
Et que dorment les feuilles
Des secrètes ramures

Je me sens tout sonore
De passion, de musique,
Folle horloge qui chante
Les heures de jadis.

Je prononce ton nom
En cette nuit obscure
Et je l’entends sonner
Plus lointain que jamais,
Plus lointain que toutes les étoiles,
Et plus plaintif que le bruit de la pluie.

Pourrais-je un jour t’aimer
Comme je fis naguère?
Mon cœur, où est la faute?
Si le brouillard s’éclaire,
Aurai-je une nouvelle
Passion tranquille et pure?
Ah, si mes doigts pouvaient
Vous effeuiller, ô lune!

(Federico Garcia Lorca)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :