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Poésie

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Je subis de nouveau (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2019



Je subis de nouveau à cette heure l’un de mes nombreux transferts,
je monte les degrés de mes avatars,
alors que d’autres sans doute attendent.

(Walt Whitman)

Illustration

 

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TRANSFERT (Lutz Bassmann)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




    
TRANSFERT

La feuille d’appel s’est envolée
le soldat rougit il bredouille
des noms imaginaires

La feuille d’appel s’est envolée
trente détenus virevoltent
entre voie ferrée et nuages

Les soldats comptent et recomptent
il est pourtant improbable
qu’un clandestin rôde parmi nous

Le premier qui monte dans le wagon
a l’impression fugitive
qu’il est maître de son destin

L’idiot vérifie qu’il a tous ses doigts
pourtant l’anthropophage
a l’air repu

Les conversations vont bon train
avec la pénurie d’eau
les voix sont plus rauques

Arrêt nocturne interminable
pourtant quand on ferme les yeux
on imagine que le train roule

Arrêt nocturne interminable
le Yakoute imite soudain le cri du hibou
aucune chouette ne lui répond

Avant de s’endormir
le tueur de vieilles et le boucher fou
parlent technique

Le train s’est encore arrêté
l’idiot proteste il a l’impression
qu’on prend du retard

On joue aux échecs sans échiquier
je ne me rappelle plus
si j’ai les blancs ou les noirs

L’idiot voudrait jouer au poker
l’absence de cartes
ruine son projet

On a descendu le mort sur l’herbe
les soldats ne remettent pas en place
son cou brisé

D’après Michka l’éventreur
l’homme est mort dans son sommeil
d’un arrêt cardiaque

Avec le pain
les paysannes offrent du thé
aux soldats

La station est interminable
selon certaines informations
l’officier connaît une femme au village

Cliquetis roulis pénombre
la locomotive siffle avec fureur
on a dû croiser un touriste

Le convoi ne redémarre pas
dans ce village aussi
l’officier a une fiancée

D’après l’ancien des chemins de fer
il n’y a jamais eu de voie ferrée
là où nous sommes en train de rouler

La pluie crépite sur le toit
personne ne plaint la sentinelle
assise à l’extérieur

Deux jours de pluie déjà
la paroi contre mon dos
sent les feuilles mortes

Le Yakoute n’a pas desserré les dents
pendant
les deux mille derniers kilomètres

Les calculs sont approximatifs
l’année dernière à la même époque
c’était mon anniversaire

La discussion dérape encore
les apprentis en viennent aux mains
personne ne les sépare

La porte s’ouvre
pendant un instant on a cru
que les soldats n’étaient pas féroces

On croise des prisonniers inconnus
à contre-jour on ne voit pas
l’état de leur dentition

Le nom du camp est un numéro
c’est plus décourageant encore
que prévu

Pour instaurer la discipline
le commandant
tue quelqu’un au hasard dans le fossé

(Lutz Bassmann)

 

Recueil: Haïkus de prison
Editions: Verdier

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