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Poésie

Posts Tagged ‘transfigurer’

Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



 

Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments l’œil qu’éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme,
Si tu m’as souri, Dieu ! tout mon être bondit ;
Si, madame, au milieu de tous, vous m’avez dit,
À haute voix : Bonjour, monsieur, et bas : Je t’aime !
Si tu m’as caressé de ton regard suprême,
Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ;
Ta prunelle m’éclaire en me transfigurant ;
J’ai le reflet charmant des yeux dont tu m’accueilles ;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ;
Je cours, je vais, je ris ; plus d’ennuis, plus de maux ;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse !
Mais que ton cœur injuste un jour me méconnaisse ;
Qu’il me faille porter en moi jusqu’à demain
L’énigme de ta main retirée à ma main :
— Qu’ai-je fait ? qu’avait-elle ? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l’on cause,
Personne n’entendant, me disait-elle vous ? —
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée ;
Je m’en vais courbé, las, sombre comme un aïeul ;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,

Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ;
Le chagrin — âge et deuil, hélas ! ont le même air —
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m’y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j’ai vingt-cinq ans ; triste, j’en ai soixante.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Durant un voyage (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

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Durant un voyage, je ne me sens généralement pas bien :
il me manque le caractère immédiat de l’expérience;
je me vois vivre et ce que je vis, il me semble que je le lis dans un livre.
C’est le passé qui transfigure les choses et leur donne couleur et parfum.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Le Destin de l’homme (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Léon Bonnat
    
Le Destin de l’homme s’opère
sous la malveillance éternelle d’une Force mauvaise.

Job sera toujours là, face à Dieu,
pour s’en plaindre.
(…)

On ne triomphe pas toujours du Mal positivement,
comme il advint à Job sortant de son fumier,

mais il arrive que le triomphe soit une lumière sur le malheur
qui l’illumine et transfigure.

(Marie Noël)

 

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Le matin (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Le matin

Matin aux lèvres de rose, être bien-aimé,
chante pour moi.
Chante une chanson, intacte et claire comme la rosée,
comme le verre neuf,
une chanson qui transfigure tout.

***

Morgonen
Älskliga varelse, morgon med rosenläppar,
sjung för mig.
Sjung en sång, tidig och klar som dagg, som ungt glas,
en sång som förvandlar allt.

(Pär Lagerkvist)


Illustration: Salvador Dali

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L’opération poétique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Christian Lamirand
    
L’opération poétique consiste en une inversion
et une conversion du flux temporel ;
le poème n’arrête pas le temps :
il le contredit et le transfigure.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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LES TRANSPARENTS (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Giotto di Bondone
    
LES TRANSPARENTS

Ils sont debout à l’orée de la lumière,
Transparents et bleutés. Parfois la brise
Les soulève au-dessus de la tourmente qui saisit l’arbre,
Près de la plaine où bataille l’année.
Dehors, la torche du soleil consume la lavande
Et le désir de gloire. Eux seuls ne sombrent pas.
Ils savent sous la clarté odorante des roses,
La guêpe en embuscade et que Beauté
Peut être masque de Néant.
L’autre se démène, cherchant qui dévorer.

Ils vont sur le sentier où les pieds se meurtrissent, leurs épaules
Ploient sous la charge invisible. Une lumière
Les transfigure, la paix grandit. Et lui dans le silence
Passant toute bonté : leur coeur vivant brasier
Du seul amour.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Religieuse racine (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018




    
Religieuse
racine.

Te relier
trésor

à nos mots
pauvres
qui brillent

par la rosée
du silence
transfigurés.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Contre-Chants
Traduction:
Editions: Gallimard

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NOS MAINS DANS L’EAU (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
NOS MAINS DANS L’EAU

Nous remuons cette eau. Nos mains s’y cherchent,
S’y effleurent parfois, formes brisées.
Plus bas, c’est un courant, c’est de l’invisible,
D’autres arbres, d’autres lumières, d’autres rêves.

Et vois, même ce sont d’autres couleurs.
La réfraction transfigure le rouge.
Était-ce un jour d’été, non, c’est l’orage
Qui va « changer le ciel », et jusqu’au soir.

Nous plongions nos mains dans le langage,
Elles y prirent des mots dont nous ne sûmes
Que faire, n’étant rien que nos désirs.

Nous vieillîmes. Cette eau, notre espérance.
D’autres sauront chercher à plus profond
Un nouveau ciel, une nouvelle terre.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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La statue (Robert Calmel)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2017



Illustration: Praxitèle
    
La statue

Pourquoi cette statue antique
D’une déesse en marbre blanc
A la nudité impudique
A-t-elle un attrait si troublant?

Je trouve admirable sa pose.
Je resterais à rêvasser
Devant cette oeuvre grandiose
Sans jamais pouvoir me lasser.

L’artiste durant des semaines.
A dû parfaire patiemment
Ce chef-d’oeuvre afin qu’il devienne
Un véritable enchantement.

J’essaie d’imaginer celle
Qui a transfiguré sa main,
Aujourd’hui il ne reste d’elle
Ou’une sculpture au corps divin

(Robert Calmel)

 

Recueil: Pétales d’Or

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