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Poésie

Posts Tagged ‘transport’

Je ne sais (Gabriel-Joseph Guilleragues)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2017




    
Je ne sais, ni ce que je suis,
ni ce que je fais, ni ce que je désire:

je suis déchirée par mille mouvements contraires:
Peut-on s’imaginer un état si déplorable?

Je vous aime éperdument,
et je vous ménage assez pour n’oser, peut-être,
souhaiter que vous soyez agité des mêmes transports

[…]

Adieu, je voudrais bien ne vous avoir jamais vu.
Ah! je sens vivement la fausseté de ce sentiment,
et je connais dans le moment que je vous écris,
que j’aime bien mieux être malheureuse en vous aimant
que de ne vous avoir jamais vu ;

je consens donc sans murmure à ma mauvaise destinée,
puisque vous n’avez pas voulu la rendre meilleure.
Adieu, promettez-moi de me regretter tendrement,
si je meurs de douleur

[…]

cependant je vous remercie dans le fond de mon coeur
du désespoir que vous me causez,
et je déteste la tranquillité, où j’ai vécu,
avant que je vous connusse.

(Gabriel-Joseph Guilleragues)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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ÉLÉGIE (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Edward Hopper _Excursion into Philosophy

ÉLÉGIE

Que le bonheur arrive lentement !
Que le bonheur s’éloigne avec vitesse !
Durant le cours de ma triste jeunesse
Si j’ai vécu, ce ne fut qu’un moment.
Je suis puni de ce moment d’ivresse.
L’espoir qui trompe a toujours sa douceur,
Et dans nos maux du moins il nous console ;
Mais loin de moi l’illusion s’envole,
Et l’espérance est morte dans mon coeur.
Ce coeur, hélas ! que le chagrin dévore,
Ce coeur malade et surchargé d’ennui,
Dans le passé veut ressaisir encore
De son bonheur la fugitive aurore,
Et tous les biens qu’il n’a plus aujourd’hui ;
Mais du présent l’image trop fidèle
Me suit toujours dans ces rêves trompeurs,
Et sans pitié la vérité cruelle
Vient m’avertir de répandre des pleurs.
J’ai tout perdu ; délire, jouissance,
Transports brûlants, paisible volupté,
Douces erreurs, consolante espérance,
J’ai tout perdu : l’amour seul est resté.

(Evariste Parny)

Illustration: Edward Hopper

 

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Ce qu’il me faut (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




    
Ce qu’il me faut

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu’il me faut à moi, c’est un amour qui brûle,
Et comme un dard de feu dans mes veines circule,
Tout rempli d’alcool ;
C’est une courtisane enivrée et folâtre,
Dansant autour d’un punch à la flamme bleuâtre,
Et buvant à plein bol !

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme la fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains.

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent d’un seul doigt vous toucher,- ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau.

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

(Alfred de Musset)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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CINQUIEME BAISER (Pierre-François Tissot)(Jean Second)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




Illustration: Antonio Canova
    
CINQUIEME BAISER

Souvent tes bras d’albâtre et souples comme un lierre.
Passés autour de moi, serrent ton bien-aimé :
Suspendue à mon cou, je te sens tout entière
Presser mon front, mon sein, mon visage enflammé.
Ta bouche qui s’entr’ouvre et ressemble à la rose
Sur la mienne, avec art, s’applique et se compose

Pour mieux donner baiser d’amour…
Tu m’attaques d’une morsure ;
Je venge aussitôt mon injure ;
Ta douleur se plaint à son tour.

Mais bientôt une langue active,
Avec son dard voluptueux.
Livre cent combats amoureux
A ma langue faible et plaintive :

Plus doux que le bruit du zéphir,
Plus frais encor que la rosée
Le souffle humide du plaisir
Coule dans ma bouche embrasée ;

Exhalé de, la tienne, il réjouit mon cœur.
Plus calme et renaissant je respirais à peine ;
De tes lèvres soudain j’ai senti la chaleur
Et morne avide amante aspirer mon haleine
Que desséchait, hélas ! dans mon sein enflammé.
Un feu séditieux par Vénus allumé.

Euclians,rends la vie à l’amant qui t’adore !
Tes vœux sont exaucés : du feu qui me dévore
Déjà tu calmes la fureur :
Comme un parfum qui s’évapore,
Ton souffle humide et bienfaiteur
Rafraîchit tous mes sens et me ranime encore.

Source de mes transports, baisers délicieux !
Oui, l’Amour, je le jure, est le plus grand des dieux,
De l’Olympe et du monde il est le roi suprême;
Mais la jeune beauté qui m’enchante et qui m’aime,
Dont un baiser me donne ou me ravit le jour.
Est au-dessus des dieux et commande à l’Amour.

(Pierre-François Tissot)(Jean Second)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Comme des fenêtres ouvertes aveuglées de soleil (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




Il y a du silence
dans la musique de la langue
comme dans l’arbre et la pierre
et le feu et le vent,
qui l’entend?

Qui a jamais vu l’informelle substance du silence.
Fertile abîme.
Cordon ombilical du merveilleux
Et si le silence était sans métaphore
notre seul transport dans l’infini

L’art n’est pas le seul langage du silence,
mais l’univers, l’oeil, l’extase et la beauté

Comme des fenêtres ouvertes
aveuglées de soleil

(Michel Camus)

 

 

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Lassitude (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 

Koh Sang Woo 1978 - Korean photographer -   (6)

Lassitude

De la douceur, de la douceur, de la douceur!
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
Doit avoir l’abandon paisible de la soeur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux les soupirs et ton regard berceur.
Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente!

Mais dans ton cher coeur d’or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l’oliphant.
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse!

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu’au jour, ô petite fougueuse!

(Paul Verlaine)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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Citerne tarie (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Citerne tarie

Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.

Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords.
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.

Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.

Tu bats toujours pourtant, coeur pourri, misérable!
Ah! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien!

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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Peut-on véhiculer un savoir qu’on n’a pas éprouvé ? (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



Peut-on véhiculer un savoir qu’on n’a pas éprouvé ?
mais si c’est le transport le problème –
trouve un boulot me disent-ils et achète-toi
une automobile – j’aime autant réunir les pièces
au fur et à mesure : chaise, bureau, maison
et Shakespeare pour manivelle.
Paul, petit moteur, l’amour se porte
si on le tient.

***

Can knowledge be conveyed that isn’t felt?
But if transport’s the problem –
they tell me get a job and earn yourself
an automobile-I’d rather collect my parts
as I go: chair, desk, house
and crankshaft Shakespeare.
Generator boy, Paul, love is carried
if it’s held.

(Lorine Niedecker)

 

 

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À Jenny (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



À Jenny

Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

J’avais, d’une trop aimable amie,
Fait choix pour embellir mes jours,
La croyant simple autant que jolie,
J’espérais être aimé toujours.
Mais ah! quel douloureux moment,
Lorsque je vis que bien souvent,
Le soir un autre amant
S’offrant,
Charmait celle que durant ma vie
J’aurais adoré constamment.
Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

Désormais, je n’aurai plus d’alarmes,
De transports, de soupçons fâcheux;
Mes yeux ne verseront plus de larmes,
Qu’au souvenir de jours heureux.
Oui, je suis sûr que chaque instant,
L’amour est un cruel tourment;
Pour un fidèle et constant
Amant,
Sa belle, à ses yeux, n’a de charmes,
Qu’autant qu’elle aime constamment.
Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

Cependant, si jamais l’infidèle
Revenait à moi quelque jour,
J’oublierais tout; car elle est si belle!
Toujours on pardonne à l’amour.
Mais je crains cet objet charmant :
Pourrais-je croire à ses serments?
Ne suis-je pas dès longtemps
Souffrant?
Je sais que jamais la cruelle
Ne saurait aimer constamment.
Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Le Soir (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016




Le Soir

Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs,
Le char de la nuit qui s’avance.

Vénus se lève à l’horizon ;
A mes pieds l’étoile amoureuse
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre
J’entends frissonner les rameaux :
On dirait autour des tombeaux
Qu’on entend voltiger une ombre.

Tout à coup, détaché des cieux,
Un rayon de l’astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d’un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu ?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme ?

Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère,
Ces secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler ?

Une secrète intelligence
T’adresse-t-elle aux malheureux ?
Viens-tu, la nuit, briller sur eux
Comme un rayon de l’espérance ?

Viens-tu dévoiler l’avenir
Au coeur fatigué qui l’implore ?
Rayon divin, es-tu l’aurore
Du jour qui ne doit pas venir ?

Mon coeur à ta clarté s’enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe à ceux qui ne sont plus,
Douce lumière, es-tu leur âme ?

Peut-être ces mânes heureux
Glissent ainsi sur le bocage.
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d’eux !

Ah ! si c’est vous, ombres chéries,
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.

Ramenez la paix et l’amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

 

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