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Poésie

Posts Tagged ‘transport’

Dis-moi, rose (Rainer Maria Rilke),

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose .
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue.

*

Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose ronde?
Mais quand ton propre élan t’inonde,

tu t’ignores dans ton bouton.
C’est un monde qui tourne en rond
pour que son calme centre ose
le rond repos de la ronde rose.

(Rainer Maria Rilke),

Illustration

 

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Mon coeur s’ouvrit à mille sentiments de plaisir (Abbé Prévost)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Pietro Antonio Rotari _1

Mon coeur s’ouvrit à mille sentiments de plaisir
dont je n’avais jamais eu l’idée.

Une douce chaleur se répandit dans toutes mes veines.
J’étais dans une espèce de transport,
qui m’ôta pour quelque temps la liberté de la voix
et qui ne s’exprimait que par mes yeux.

Mademoiselle Manon Lescaut,
c’est ainsi qu’elle me dit qu’on la nommait,
parut fort satisfaite de cet effet de ses charmes

(Abbé Prévost)

Illustration: Pietro Antonio Rotari

 

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Les caresses (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Les caresses

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais du pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente !

O femme, vainement tu serres dans tes bras
Tes enfants, vrais lambeaux de ta plus pure essence :
Ils ne sont plus toi-même, ils sont eux, les ingrats !
Et jamais, plus jamais, tu ne les reprendras,
Tu leur as dit adieu le jour de leur naissance.

Et tu pleures ta mère, ô fils, en l’embrassant ;
Regrettant que ta vie aujourd’hui t’appartienne,
Tu fais pour la lui rendre un effort impuissant :
Va ! Ta chair ne peut plus redevenir son sang,
Sa force ta santé, ni sa vertu la tienne.

Amis, pour vous aussi l’embrassement est vain,
Vains les regards profonds, vaines les mains pressées :
Jusqu’à l’âme on ne peut s’ouvrir un droit chemin ;
On ne peut mettre, hélas ! Tout le cœur dans la main,
Ni dans le fond des yeux l’infini des pensées.

Et vous, plus malheureux en vos tendres langueurs
Par de plus grands désirs et des formes plus belles,
Amants que le baiser force à crier : « Je meurs ! »
Vos bras sont las avant d’avoir mêlé vos cœurs,
Et vos lèvres n’ont pu que se brûler entre elles.

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais d’un pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente.

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

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Les piranhas du métro (Edwin Morgan)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015



Vous a-t-on déjà dit
Que dans chaque métro
Il y a un siège spécial
Avec un petit trou dedans
Et sous le siège
Un réservoir plein de piranhas
qui n’ont pas été assez nourris
Depuis assez longtemps?
Du fait de la trémulation des rames
Les poissons deviennent très agités
Et finissent par sauter hors du siège.
Les squelettes
Des infortunés voyageurs
Ainsi récupérés
Rapportent une somme honnête
Au service des transports,
Pendus, loin de là,
Dans des facs de médecine.

(Edwin Morgan)

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C’est toi que je préfère, ô ma paisible amante (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2015




Ah non ! je n’aime pas les plaisirs agités,
La folle frénésie et les sens exaltés
Et les gémissements de la jeune bacchante
Quand son corps sinueux qui sur le mien serpente,
Et ses baisers cruels, ses caresses sans frein
Pressent sur mon désir pour en hâter la fin.

C’est toi que je préfère, ô ma paisible amante,
Que tu me rends heureux et que tu me tourmentes
Quand ma prière enfin ayant raison de toi,
Tendre mais sans ardeur tu te donnes à moi,
Quand tu n’écoutes rien et ne réponds qu’à peine,
Froide dans ta pudeur, au transport qui m’entraîne,
T’animant toutefois un peu plus chaque instant,
Partageant pour finir, malgré toi, mon élan.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Que le bonheur arrive lentement ! (Évariste de Parny)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



Que le bonheur arrive lentement !
Que le bonheur s’éloigne avec vitesse !
Durant le cours de ma triste jeunesse,
Si j’ai vécu, ce ne fut qu’un moment.
Je suis puni de ce moment d’ivresse.
L’espoir qui trompe a toujours sa douceur,
Et dans nos maux du moins il nous console ;
Mais loin de moi l’illusion s’envole,
Et l’espérance est morte dans mon cœur.
Ce cœur, hélas ! que le chagrin dévore,
Ce cœur malade et surchargé d’ennui,
Dans le passé veut ressaisir encore
De son bonheur la fugitive aurore,
Et tous les biens qu’il n’a plus aujourd’hui ;
Mais du présent l’image trop fidèle
Me suit toujours dans ces rêves trompeurs,
Et sans pitié la vérité cruelle
Vient m’avertir de répandre des pleurs.
J’ai tout perdu ; délire, jouissance,
Transports brûlants, paisible volupté,
Douces erreurs, consolante espérance,
J’ai tout perdu ; l’amour seul est resté.

(Évariste de Parny)

 

 

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Les hommes dans la rue (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2015



 

James Zwadlo  Pedestrians 5-  [1280x768]

Les hommes dans la rue, vue d’en haut par une fenêtre fermée,
tels qu’à l’écran d’un cinéma, marchant, gesticulant, aphones.
non pas silencieux, noirs, clairs ou gris; deux longs courants d’agitation humaine,
flanquant de chaque côté l’asphalte où se poursuit le croisement plus rapide des transports,
se frôlent, s’en roulent et se pénètrent sans se toucher, l’un à l’autre inutile,
comme si, chaque maison étant une planète, un astre obscur, pétrifié,
les habitants débarquaient dans la rue et poursuivaient
sans se connaître des buts distants et singuliers.

(Franz Hellens)

Illustration: James Zwadlo 

 

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