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Poésie

Posts Tagged ‘traqué’

LES TRAQUÉS (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



LES TRAQUÉS
(fragment)

Où sommes-nous sur le dos du monde ?
Nous avons tant roulé
d’un sabord sur l’autre
et piqué du nez dans l’embrun
que les méridiens sont brisés.

Le froid du vent ne trouve plus d’obstacle
sur le spardeck nu
c’est un torrent d’herbes mouillées qui dévale.

De la nuit, rien ne naît que ce filin
qui tombe dans ma main durcie.
On entend, comme d’un cachot, rôder la vie
et la Vie c’est la mer façonnant nos destins.

Le vie c’est aussi ce filin dans ma main
ce filin rude et froid qui vient d’en haut
du ciel peut-être
et qui vibre dans ma main.

Je le tirais á moi lorsque j’étais enfant
et la cloche éclatait d’orgueil !
Puis la nuit se peuplait d’étoiles vagabondes
qui glissaient en cercle vers moi
et l’église emmurait alors la voie lactée.

Si je tirais la cloche
dans ce vent d’herbes mouillées
viendraient-ils les vieux de mon village
sur la mer illimitée ?

Si j’éveillais le bruit des heures sur nos têtes
l’église de la nuit serait-elle assez grande
pour accueillir tous ces errants que j’ai perdus ?

Mais les heures ne sont plus saluées par des cloches
dans les sillons de nuit la guerre nous a vidés
loin des villages
loin des étoiles qui vagabondent.

Le vent nous reste, avec la mer, avec la nuit,
près de la Mort qu’il faut servir.

La cloche des heures ne sonne plus
mais les glas sont infinis

(Pierre Béarn)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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DANS LES RUES DE PRAGUE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




DANS LES RUES DE PRAGUE

Tu te souviens des rues de Prague,
de leur son dur comme si des tambours de pierre
avaient roulé dans la solitude de celui qui à travers les mers chercha ton souvenir :
ton image au-dessus du pont Saint-Charles était une orange.

C’est alors que nous avons franchi la neige de sept frontières,
partis de Budapest qui ajoutait des rosiers et du pain à son lignage,
jusqu’au moment où les amants — toi et moi —, traqués, assoiffés, affamés,
s’étant reconnus se blessèrent avec les dents et des baisers et des épées.

O jours tranchés par les cimeterres du feu et de la furie
où l’amant et l’amante souffrent sans répit et sans larmes
comme si l’amour était allé s’enterrer dans une lande parmi les orties
et comme si chaque expression se troublait et brûlait, devenait lave.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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Quand la vague a frappé sur la roche indocile (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Quand la vague a frappé sur la roche indocile
qu’éclate la clarté en instaurant sa rose
le cercle de la mer s’amasse en une grappe
et pend en une seule goutte de sel bleu.

Oh radieux magnolia délié dans l’écume,
voyageur magnétique et fleuri dans la mort,
dans l’éternel retour de l’être et du non-être :
sel brisé, éblouissant mouvement marin.

Mon amour, tous les deux, nous scellons le silence,
la mer a beau ruiner ses statues incessantes
et renverser ses tours de folie, de blancheur,

nous, dans la trame de cette étoffe invisible
que font l’eau emballée et le sable éternel,
nous maintenons la tendresse unique et traquée.

***

Al golpe de la ola contra la piedra indócil
la claridad estalla y establece su rosa
y el círculo del mar se reduce a un racimo,
a una sola gota de sal azul que cae.

Oh radiante magnolia desatada en la espuma,
magnética viajera cuya muerte florece
y eternamente vuelve a ser y a no ser nada :
sal rota, deslumbrante movimiento marino.

Juntos tú y yo, amor mío, sellamos el silencio,
mientras destruye el mar sus constantes estatuas
y derrumba sus torres de arrebato y blancura,

porque en la trama de estos tejidos invisibles
del agua desbocada, de la incesante arena,
sostenemos la única y acosada ternura.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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ANIMAL DE LUMIÈRE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



ANIMAL DE LUMIÈRE

Je suis, dans cet illimité sans solitude,
un animal de lumière traqué
par ses erreurs, par son feuillage :
vaste est la forêt : ici mes semblables
pullulent, reculent, trafiquent
tandis que je m’isole avec pour toute compagnie
l’escorte que le temps désigne :
les vagues de la mer, les étoiles nocturnes.

C’est peu, c’est vaste, c’est mince et c’est tout.
Mes yeux ont vu tant d’autres yeux
et ma bouche a reçu tant de baisers
et avalé tant de fumée
de ces trains disparus
– ô vieilles gares inclémentes! -,
elle a humé tant de poussière en d’incessantes librairies,
que l’homme que je suis, le mortel, s’est lassé
de ces yeux, ces baisers, ces fumées, ces chemins,
ces livres plus épais que l’épaisseur terrestre.

Et aujourd’hui, au fond de la forêt perdue
il entend la rumeur de l’ennemi et fuit
non point les autres mais lui-même
et la conversation interminable,
le choeur qui chantait avec nous,
la signification de l’existence.

Car une fois, car une voix, une syllabe
ou le passage d’un silence
ou le son de la mer resté sans sépulture
me laissent face à face avec la vérité,
et il ne reste vraiment rien à déchiffrer,
rien qui puisse encore être dit : il n’y avait rien d’autre :
les portes de la forêt se sont refermées,
le soleil circule en ouvrant les feuilles,
la lune monte dans le ciel comme un fruit blanc
et l’homme se conforme à son destin.

(Pablo Neruda)


Illustration: Fra Angelico

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Chaque jour se refait dans la rosée (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Alexey Golovin dream

Chaque jour se refait dans la rosée et froisse
Dans son poing mal fermé des fantômes en tas.

Dans cette longue nuit où nous entrons à peine
Il n’y a que la terre et ses potences la terre et ses bûchers
Rien que l’homme traqué qui essaye toutes les clés
Et retient l’avenir entre ses mains trop courtes
Et fait sauter le coeur imprenable des pierres
Pour trouver le secret balbutiant de la vie
A la seule lueur de son amour perdu.
La dormeuse soulève sa chevelure,
Elle la dénoue et la nuit s’éclaire,
Elle déplie ses jambes et les nuées s’entrouvrent,
Elle croise les bras sous la nuque
Et son souffle efface la terreur du ciel.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Alexey Golovin 

 

 

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L’ÉPITAPHE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Robert Desnos
    
L’ÉPITAPHE

J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années
Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.
Toute noblesse humaine étant emprisonnée
J’étais libre parmi les esclaves masqués.

J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.
Je regardais le fleuve et la terre et le ciel
Tourner autour de moi, garder leur équilibre
Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes ?
Regrettez-vous les temps où je me débattais ?
Avez-vous cultivé pour des moissons communes ?
Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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En étrange pays (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Catherine Abel eden [1280x768]

En étrange pays

Tu étais là présente parfois double,
En ce pays du jamaisrevenu
Atlas sans méridiens Zone inconnue
Temps sans passé Temps qui n’est plus qu’eau trouble.
Tu étais là. Ramenée en arrière
D’une mer amputée de littoral.
Tu gouvernais ton navire amoral
Vers l’au-delà des vies aventurières.
Tu étais là. Je ne sais depuis quand
De ta mémoire émargée. Péninsule
Où nous étions exilés, nous Consuls
Très surveillés d’au-dessous le volcan.
C’était la zone extrême dévolue
Aux animaux d’une ancienne mémoire
Qui surgissaient portant sur eux les moires
D’une autre mer, d’un monde révolu.
Un soleil maigre à jambes d’antilope
S’imprimait sur le sable à pas légers
Mais tu fuyais de ce site étranger
Comme traquée par son œil de cyclope.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Catherine Abel

 

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La langue dit (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



 

Carl Warner bodyscapes-carl-warner-3

La langue dit :
avant la langue
se place une langue. La langue est trace
traquée de là-bas.
La langue dit : écoute à présent.
Tu prêtes l’oreille : c’était l’écho.

Prends le silence et tâche de le garder.
Prends les mots et tâche de parler ;
au-delà de la langue la langue est plaie
d’où coule et coule l’univers.
La langue dit : il y a. Il n’y a pas. Présence.

Absence. La langue dit : je.
La langue dit : viens on va t’articuler,
te palper, viens dire
que tu as dit.

***

LANGUAGE SAYS

Language says: before Language
there stands a language. Language is tainted traces
from over there.
Language says: Listen, now.
You listen: There has been
an echo.

Take silence and try to be silent.
Take words and try to speak.
Byond language, Language is a wound
from which the world flows and flows.
Language says: Is, Is not, Is,
Is not. Language says: I.
Language says: Let’s speak you,
let’s feel you, come say
you have said.

(Amir Or)

Illustration: Carl Warner

 

 

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Sans joie sans caresse (Ali Hamouda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2016



sans joie sans caresse?
Dans leurs regards traqués brille un feu d’amoureuse rage.

Chant vers toi l’inconnue
entrevue dans le vent ou le train qui vole,
chant à la source des mirages,
aux voix multiples de l’univers dénué de formes et de mots appris.

(Ali Hamouda)

Illustration: Paul Delvaux

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Illégalités (Kiki Dimoula)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2015



Je m’étends et je vis
illégalement
dans des régions dont les autres
n’admettent pas l’existence.

Là je m’arrête et j’expose
mon univers traqué,
là je le propage
avec des moyens amers, indisciplinés,
là je le confie
à un soleil
sans forme ni lumière,
immobile,
qui m’est propre.
Là j’ai lieu.

Mais quelquefois
cela s’arrête.
Alors je me contracte,
et je reviens brutalement
(pour la tranquillité)
à la région
légale et reconnue,
à l’amertume de ce monde.

Et je suis démentie.

***

Illegalities

Illegitimately
I expand and experience
on plains existing
that the others don’t accept

there I stop and present
my persecuted world
there I recreate it
with small insubordinate tools
there I devote it
to a sun
shapeless, lightless
motionless
my personal sun

there I occur

however at sometime
this ends and
I contract and
I violently return
(to calm down)
to the known and acceptable
plain of
the earthly bitterness and

I’m proved to be wrong

(Kiki Dimoula)

Trouvé ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Bernadette Leclercq

 

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