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Poésie

Posts Tagged ‘traquer’

TU DAMNES PAR LES IMAGES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019



Illustration: Jean-Jacques Henner
    
TU DAMNES PAR LES IMAGES

Pourquoi les apparences passent-elles?

Si je te touche, belle, tu glaces d’horreur,
Tu montres l’idée nue et, plus cruelle,
Avant que rien m’ait détrompé,
Déjà tu m’as lié à d’autres peines.
Pourquoi crées-tu, pensée, en corrompant?

Pourquoi persévéré-je à t’écouter?

Quel éternel secret
Me hantera toujours en toi?

Je te traque, je te recherche,
Je regravis la pente, sans répit,
Et toujours, inlassable en la tempête
Ou désarmant les rocs,
Tu damnes par les images.

Silences frémissants, élans infinis,
Courses, brûlures jalouses, faux pas,
Rires, tourments, frissons, lèvres inquiètes,
Délirante clameur,
Abandon écumant,
Impérieuse gloire,
Solitude sans nombre,

Votre lumière, je le sais, n’est pas la vraie,

Mais vivrait-on sans tes métamorphoses,
Faute heureuse?

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le gentil chasseur (Richard Brautignan)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
Le gentil chasseur

Oui,
moi aussi,
j’ai traqué l’amour
dans la vallée du coeur.

Oui,
moi aussi,
suis rentré chez moi les mains vides,
parfois en pleurant,
parfois juste en regardant
droit devant moi,
mais ne voyant rien.

***

The Gentle Hunter

Yes,
I, too,
have hunted for love
in the valley of the heart.

Yes,
I, too,
have gone home empty-handed,
sometimes crying,
sometimes just staring
straight ahead,
but seeing nothing.

(Richard Brautignan)

 

Recueil: Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus
Traduction: Thierry Beauchamp / Romain Rabier
Editions: Points

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Cause de détresse (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



 

Cause de détresse

Ton corps est aussi tendu que celui d’un chat
Qui traque sa proie.
Tes pensées tourbillonnent comme des branches de saule,
Prisonnières des vents d’automne.
Ton âme est aussi lourde que la tourbe
Nouvellement extraite de la tourbière.
Ton coeur est aussi sombre que la terre
Détrempée par les pluies d’hiver.

Comprends d’abord la cause de ta détresse.
Ensuite seulement pourras-tu guérir.

(Pensées celtiques)

Illustration

 

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La Poursuivie (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018


 


Tristan  e

La Poursuivie

Je te poursuis encore sur le versant des songes
mais tu glisses de moi comme sable en la main
et comme un coquillage invente son mensonge
la courbe de ton corps esquive ton dessein

Je te traque et tu fuis Je te perds et tu plonges
Les forêts des grands fonds ont d’étranges détours
Je marche sur la mer et mon ombre s’allonge
sous le soleil obscur et dans l’ombre des tours

Aux plages de fraîcheur que déroule le lit
la trace de nos corps s’efface avec le jour
Le lit s’enfle et se gonfle aux brises de la nuit
Tristan la voile est noire et tu mourras d’amour

Tristan la voile est noire Iseult ne t’aime plus
La Belle au Bois s’endort du sommeil de l’hiver
Mourir ou bien dormir le flux et le reflux
me ramènent toujours aux lieux où j’ai souffert

Mais que le chant du coq à l’aube revenue
Mais qu’un rai de soleil qu’un pigeon qu’un appel
que le matin léger me rendent l’enfant nue
me voici de nouveau le complice du ciel

Sur son front la couronne invisible des Soeurs
Tristan la voile est blanche au flot des nébuleuses

(Claude Roy)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

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L’après-monde (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Zdzislaw Beksinski27_beksinski

L’après-monde

Ce que parler veut dire
Ici nul ne le sait.
Alors on se promène
En tuant les oiseaux.

On regarde l’image
Des hommes d’avant nous
Qui s’agitent qui parlent
De choses d’avant nous,

D’insectes qui se cachent
Paraît-il dans leurs corps,
De leurs dieux, de leurs âmes.
Que veut dire tout ça ?

Ces êtres nous amusent
Avec leurs fronts très hauts
Leurs silences, leurs ruses
Courant après leurs mots.

Parfois quelqu’un se crève
Les yeux pour oublier,
Se bouche les oreilles
Car tout cela fait mal,

Ces mondes criminels
Nous traquent dans le temps.
Mais le vent bleu se lève
Sur la planète orange.

Le vent de mort arrive
Et nous creusons la terre.
Demain nous reviendrons
Pour manger les cadavres.

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

 

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Les morts meurent encore (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Les morts meurent encore : et en eux
les vivants. Tout l’espace,
et les yeux, pourchassés
par des objets fragiles, réduits
à leur usage.
Respirer est accepter
ce manque d’air, le souffle unique,
recherché dans les fissures
de la mémoire, dans l’écart qui sépare
cette langue de dissensions, sans laquelle la terre
aurait considéré sous de meilleurs auspices
l’aplanissement des vergers
de pierre. Même le silence
ne me traque pas.

(Paul Auster)

Illustration: George Woolliscroft Rhead

 

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Présent que les mots traquent (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Illustration
    
présent que les mots traquent présent qui resterait me prendrait
dans les yeux que vous comprendriez en m’emmenant

.

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: Salerni
Traduction:
Editions: La lettre volée

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JE SENS QUE JE SUIS (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



    
JE SENS QUE JE SUIS

Je sens que je suis je sais seulement que je suis
Que je foule la terre non moins morne et vacant
Sa geôle m’a glacé de sa ration d’ennui
A réduit à néant mes pensées en essor
J’ai fui les rêves passionnés dans le désert
Mais le souci me traque — je sais seulement que je suis
J’ai été un être créé parmi la race
Des hommes pour qui ni temps ni lieux n’avaient de bornes
Un esprit voyageur qui franchissait l’espace
De la terre et du ciel comme une idée sublime —
Et libre s’y jouait comme mon Créateur
Une âme sans entraves — comme l’Éternité
Reniant de la terre le vain le vil servage
Mais à présent je sais que je suis — voilà tout

***

I FEEL I AM

I feel I am I only know I am
And plod upon the earth as dull and void
Earth’s prison chilled my body with its dram
Of dullness and my soaring thoughts destroyed
I fled to solitudes from passion’s dream
But strife pursued — I only know I am
I was a being created in the race
Of men disdaining bounds of place and time
A spirit that could travel o’er the space
Of earth and heaven like a thought sublime —
Tracing creation like my Maker free
A soul unshackled — like eternity
Spurning earth’s vain and soul debasing thrall —
But now I only know I am — that’s all

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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En vain tendant mes pièges (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Illustration: Odilon Redon
    
En vain tendant mes pièges
en vain mes réseaux
en vain mes aragnes
mes nasses
mes balances

et tentant
le silence
et traquant
le cri

je laisse me toiser
la solitude preste.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Contre-Chants
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laisse laisse se taire (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
laisse
laisse se taire
la mélodie trop claire de tes jambes
étends-toi le mouvement terrestre
ivre à force de veiller
t’accueille au creux de sa paume
la mer hisse les fanions des nuages
et ta nudité t’abrite
de tout ce qui n’est pas nu
humons dans la coupe du soir
le balbutiement des parfums

soudain nous apprenons que dans les feux de brousse
avec les mêmes yeux traqués
fuient les plus forts comme les plus craintifs
réconciliés par l’issue qui les happe
courant dansant galopant
devant le cheval aux sabots de cendre
dont ils ne voient qu’il les encercle
que dans leur folle volte-face

même endormis seuls dans ces lits trop vastes
ou dans l’eau murmurante toujours de l’étreinte
nous dérivons ainsi nativement
naufragés
sans pouvoir retrouver le nom
de l’orage
qui va plus vite

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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